VIDEO. Pourquoi l'annulation de «One Day At A Time» suscite-t-elle autant de réactions?

ANNULATION L’annulation de la sitcom « One Day At A Time », intitulée « Au fil des jours » en France sur Netflix a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux…

Anne Demoulin

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Isabella Gomez, Justina Machado, Marcel Ruiz et Rita Moreno sont les stars de «One Day At A Time».
Isabella Gomez, Justina Machado, Marcel Ruiz et Rita Moreno sont les stars de «One Day At A Time». — Netflix
  • Netflix a annoncé ce jeudi l’annulation de la sitcom « One Day At A Time », intitulée « Au fil des jours » en France.
  • « Il n’y avait tout simplement pas assez de spectateurs », explique la firme de Los Gatos.
  • Une explication qui n’a pas convaincu les aficionados du remake de ce classique de la télévision américaine…

« Nous avons besoin de plus de téléspectateurs », avait alerté Gloria Calderón Kellett, la showrunner de One Day At A Time (intitulée Au fil des jours en France) sur Twitter le 20 février. Et d’implorer : « Dites à vos amis de regarder ! »

Cet appel hélas pas suffit, et Netflix a annoncé ce jeudi sur Twitter l’annulation de la sitcom One Day At A Time. « Cette décision ne s’est pas faite facilement - nous avons passé plusieurs semaines à essayer de trouver un moyen de faire une autre saison, mais au bout du compte, il n’y avait tout simplement pas assez de spectateurs », explique la firme de Los Gatos.

Mobilisés en masse sur Twitter, les fans du show ont réussi à faire du hashtag #SaveODAAT un trending topic dans le monde entier, dont la France. Cette annonce a aussi suscité de vives réactions et de la colère à l’encontre de Netflix.

Pourquoi l’annulation de cette sitcom, relativement confidentielle, qui apparaît au premier abord sans prétention et désuète dans sa forme, suscite-t-elle une telle colère ?

Une sitcom sur une famille cubaine

Lancée en 1975, la première version de One Day At A Time est un classique de la télévision américaine initialement créé par Norman Lear – qui est aussi à l’origine du remake disponible sur Netflix depuis 2017, développé par Gloria Calderón Kellett et Mike Royce.

La version originale était une des premières sitcoms à mettre en scène une mère divorcée, avec ses deux filles, qui réussissait à se débrouiller sans l’aide d’un homme. A l’époque, One Day At A Time apparaît comme progressiste parce qu’elle ne représente pas une famille formée autour d’un couple hétérosexuel et de leur progéniture comme dans les autres séries.

Le remake de Netflix met en scène des minorités quasiment invisibles à la télévision et suit le quotidien d’une famille américaine d’origine Cubaine. Penelope Álvarez, dite « Lupita » (Justina Machado) a divorcé et vit à Los Angeles avec ses deux enfants adolescents, Elena (Isabelle Gomez) et Alex (Marcel Ruiz), et sa mère Lydia (Rita Moreno, l’inoubliable Anita de West Side Story). One Day at a Time assumait sa forte identité latino-américaine dès le générique, juxtaposant des images des personnages à des images d’archives des migrants cubains sur des rythmes salsa. Mixant l’anglais, l’espagnol et l’argot cubain, elle compte de nombreuses références à la culture latino-américaine.

L’Amérique compte 55 millions de Latinos sur 327 millions d’Américains. Pourtant, on ne dénombre que 5 séries centrées sur des Latinos (Jane the Virgin, Queen of the South, Narcos, Elena of Avalor et One Day at a Time) sur les 495 séries télévisées produites aux Etats-Unis en 2018. Aucune de ces séries n’est diffusée sur un des Big Four (Fox, CBS, NBC, ABC). Bien sur, on peut voir des talents latinos sur les grandes chaînes de télévision américaine : Jennifer Lopez dans Shades of Blue et America Ferrera dans Superstore sur NBC, Stephanie Beatriz et Melissa Fumero dans Brooklyn Nine-Nine sur la Fox, ou encore Sofia Vergara dans Modern Family sur ABC… mais ces personnages sont davantage des exceptions que la règle.

Une sitcom inclusive

Alors quand il s’agit de représentation de Latinos LGBTQ à la télévision, il faut chercher longtemps pour trouver quelques apparitions. Militante féministe, Elena, la fille de Lupita va progressivement affirmer son homosexualité. Elle va se confronter à l’homophobie et au rejet de certains proches. En seulement trois saisons, Elena s’est imposée comme l’un des trop rares modèles pour les adolescentes confrontées à cette situation. En saison 2, elle se met en couple avec Syd, un des rares personnages de série à s’affirmer à la fois queer et non-binaire.

« Netflix, en tant qu’immigrante, LGBTQ et adolescente latina, il est difficile de trouver une représentation de ce que ma mère et moi-même vivons au quotidien. Annuler One Day At A Time, c’est mettre fin à ce sentiment de ne pas me sentir la seule au monde ainsi », interpelle ainsi sur Twitter une fan de la série.

Et Netflix de répondre : « A quiconque se sent vu ou représenté - peut-être pour la première fois - par One Day At A Time, ne prenez pas cette annulation comme un indicateur que votre histoire n’est pas importante. L’effusion d’amour autour de cette série nous rappelle fermement que nous devons continuer de trouver des moyens de raconter ces histoires ».

Une sitcom qui aborde des thèmes sensibles

Comme de nombreuses sitcoms, One Day At A Time s’appuie sur une construction narrative double, des arcs qui suivent l’évolution de chacun des personnages liés à leur problématique respective, et une intrigue bouclée par épisode.

Lupita, par exemple, a été déployée en tant qu’infirmière en Afghanistan pendant plusieurs années. Cette vétérante de l’armée souffre de dépression et de stress post-traumatique. La sitcom aborde au travers elle la délicate question de la réinsertion des militaires dans la vie civile.

Au fil des épisodes et d’histoires apparemment anecdotiques, la série aborde les questions sensibles comme l’immigration, le racisme, l’homophobie, le sexisme, la discrimination positive, le harcèlement, la situation politique cubaine, la toxicomanie ou encore la dépression… sans rien perdre de sa légèreté et de son piquant. Bref, une dramédie imperceptiblement irrévérencieuse, qui n’a pas eu le succès qu’elle méritait.