VIDEO. Comment «The Good Fight» est-elle devenue la meilleure série anti-Trump?

POLITIQUE La saison 3 de « The Good Fight » est diffusée dès ce jeudi aux Etats-Unis sur le service de SVOD CBS All Access

Anne Demoulin

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Christine Baranski campe 
Diane Lockhart depuis dix ans, d'abord dans «The Good Wife» puis dans «The Good Fight».
Christine Baranski campe Diane Lockhart depuis dix ans, d'abord dans «The Good Wife» puis dans «The Good Fight». — Patrick Harbron/CBS
  • La saison 3 de The Good Fight arrive aux Etats-Unis, les deux premières saisons sont disponibles sur Amazon Prime Video.
  • La série est née de l’élection surprise de Donald Trump et suit le personnage de l’avocate Diane Lockhart ravagée par l’événement.
  • Michelle et Robert King, créateurs de la série, expliquent à 20 Minutes comment ils ont créé cette suite à The Good Wife, qui dépasse l’originale en qualité.

Diane Lockhart rêvait de voir une femme accéder à la fonction suprême. Le personnage secondaire de la série culte The Good Wife, fervent soutien d’ Hillary Clinton, se voyait aussi couler une retraite paisible dans une luxueuse villa du sud de la France. Et patatras ! The Good Fight, dont les deux premières saisons sont disponibles en France sur Amazon Prime Video, débute par l’annonce, devant une Diane défaite, de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis le 8 novembre 2016. L’avocate libérale décide alors de reprendre du service.

En l’espace de deux saisons (la troisième débarque ce jeudi outre-Atlantique sur le service de SVOD CBS All Access et sera disponible prochainement en France sur Amazon Prime Video), The Good Fight s’est imposée comme la plus intelligente série anti-Trump. Cette réussite est celle du couple de showrunners Michelle et Robert King, les papes de la série judiciaire et politique de la télévision américaine, que 20 Minutes a rencontré en juin 2018 au Festival de Télévision de Monte-Carlo.

Une « icône démocrate » comme personnage principal

Dans The Good Wife, Diane Lockhart ne semblait taillée que pour jouer les « second chair » (« second pupitre »), comme dit le jargon juridique américain, derrière Alicia Florrick. « Au moment où l’on terminait The Good Wife, on ne pouvait pas s’imaginer qu’elle serait l’héroïne de notre prochain show », reconnaît Robert King.

Avec l’élection imprévisible de Donald Trump, le monde de Diane s’est effondré, tout comme une partie de l’échafaudage de The Good Fight, bouleversé en cours de route. Le « bon combat » devait initialement être celui de Black Lives Matter, et suivre les tribulations judiciaires d’un cabinet d’avocats afro-américains contre la police de Chicago. Après l’élection, « Diane devenait le personnage le plus complexe à suivre, notamment dans ses déceptions, elle s’est imposée à nous », poursuit-il. « Nous avons de la chance, parce qu’elle est une vraie icône démocrate », renchérit Michelle King.

Une femme de 65 ans comme héroïne

Le personnage principal de The Good Fight est donc une femme à l’approche de la retraite. « On savait que notre actrice principale serait Christine Baranski, donc, ça n’a pas été trop compliqué », estime Michelle King. « Nous apprécions d’avoir un personnage féminin de 65 ans et de pouvoir se pencher sur sa vie sexuelle, sa vie amoureuse, sa carrière et de ne rien avoir à justifier, l’âge n’est pas un sujet dans la série », renchérit Robert King.

Ruinée par un scandale financier façon Madoff et dépitée après la victoire de Donald Trump, Diane Lockhart décide de rejoindre un cabinet dirigé par des Afro-Américains, l’occasion de retrouver Lucca Quinn (Cush Jumbo). « The Good Fight est une pièce d’accompagnement dans la mesure où nous suivons certains personnages de The Good Wife. En même temps, c’est un tout nouveau monde qui procure des émotions différentes », souligne Michelle King. Dans les bagages de Diane, on découvre notamment sa nouvelle protégée et filleule, Maia Rindell (Rose Leslie, Game of Thrones), qui est également la fille du financier responsable de sa faillite. « The Good Wife et The Good Fight posent la même question. Peut-on encore être intègre en permanence dans la société actuelle ? », résume Robert King.

Une critique fine de l’administration Trump

Comme The Good Wife était centrée sur la crise d’Alicia Florrick après la découverte de la liaison de son mari, The Good Fight est centrée sur la crise de valeurs que traverse Diane, après l’élection de l’ex-présentateur de The Apprentice à la Maison Blanche. Elle ne sait plus qui croire et que croire. Trump a-t-il vraiment décidé, comme le dit la télévision, de garder un cochon à la Maison-Blanche ? Quitte à halluciner, la BCBG Diane Lockhart se met même à prendre de la drogue.

« Le show ne montre pas uniquement la folie de l’administration Trump, mais aussi comment la gauche est en train de devenir folle en ayant ce genre de président », analyse Robert King. Grâce à cette réalité qui diverge de ses attentes, la série n’est plus seulement le complément d’un succès antérieur, mais le miroir d’une Amérique, entre populisme agressif et confusion libérale.

Le journalisme, l’infotainment, les fake news, la superficialité des réseaux sociaux, le mouvement #metoo, mais aussi le racisme, les violences et les abus de pouvoirs en tous genres, la série analyse l’actualité sociopolitique américaine sans jamais être trop grave. « Nous ne cherchons pas à provoquer, mais à divertir », défend Michelle King. Alors que The Good Wife était diffusé sur le network CBS, The Good Fight est diffusé sur la plateforme numérique CBS All Access. Le spin-off compte aussi moins d’épisodes que l’original, 10 à 13 épisodes par saison contre 22 pour l’original. « Quand on vous donne beaucoup de liberté, vous avez tendance à l’utiliser. Nous pouvons être plus francs », se réjouit Robert King. Une franchise et un format ramassé qui font de cette série dérivée une oeuvre plus forte que The Good Wife.