«Le nom de la rose»: Pourquoi faut-il regarder la série même si on a vu le film?

ADAPTATION Après le film de Jean-Jacques Annaud en 1986, le best-seller d'Umberto Eco fait l'objet d'une nouvelle adaptation. Une minisérie portée par John Turturro et diffusée ce mardi sur OCS Max...

De notre envoyée spéciale à Rome, Anne Demoulin

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John Turturro et Damian Hardung dans la minisérie «Le Nom de la rose».
John Turturro et Damian Hardung dans la minisérie «Le Nom de la rose». — 11 Marzo Film/Palomar
  • Le best-seller de l'Italien Umberto Eco est sorti en 1980. 
  • Le film éponyme de Jean-Jacques Annaud, sorti en 1986, avec Sean Connery dans le rôle du moine enquêteur Guillaume de Baskerville et Christian Slater dans celui de son novice Adso de Melk, a marqué les spectateurs.
  • Le roman est désormais adapté en minisérie, diffusée dès ce mardi à 20h40 sur OCS Max.
  • John Turturro y campe un Guillaume de Baskerville tout en «nuances». 

La connaissance contre le totalitarisme, la raison contre le fanatisme religieux, la logique contre la mystification… Presque quarante ans après sa sortie en 1980, les thèmes du polar philosophique d’Umberto Eco résonnent plus que jamais avec l’actualité. Le Nom de la rose fait l’objet d’une nouvelle adaptation en 8x52 minutes. Une coproduction italo-franco-allemande, diffusée dès ce mardi sur OCS Max à 20h40, réalisée par Giacomo Battiato pour un budget de 26 millions d’euros. Un pari risqué quand on sait que le film de Jean-Jacques Annaud, avec Sean Connery dans le rôle du moine enquêteur Guillaume de Baskerville et Christian Slater dans celui de son novice Adso de Melk, a marqué les spectateurs. Pourquoi faut-il regarder la minisérie portée par John Turturro, Damian Hardung et Rupert Everett même si on a vu le film ?

Une histoire plus fidèle au livre

« Notre approche est complètement différente », lance le réalisateur et coscénariste Giacomo Battiato, que 20 minutes a rencontré lors d’une table ronde organisée à Rome. « Le film dure deux heures, la série raconte une histoire en huit heures. L’intrigue du film se concentre sur l’enquête, mais Le Nom de la Rose n’est pas qu’un roman policier où un serial killer sévit dans une abbaye qui ressemble à l’hôtel de Shining ! Ce n’est qu’une infime partie de cet immense et fantastique livre qui parle de politique, de religion, de philosophie, de la vie, et d’amour », poursuit-il.

« Je n’ai pas signé mon contrat tant que je n’étais pas certain que le scénario contenait suffisamment d’Umberto Eco », raconte John Turturro, coproducteur exécutif et coscénariste et qui s’autoproclame le « défenseur » du romancier italien sur ce projet.

Une toute nouvelle intrigue

Umberto Eco avait lui-même décidé le transfert des droits de son chef-d’œuvre à 11 mars Film, qui coproduit avec Palomar, Rai Fiction et Tele Munchen Group. Le romancier aurait même validé une première ébauche du scénario avant son décès en 2016. Sa famille a suivi le projet, tourné en anglais et en grande partie à Cinecittà à Rome comme le film de 1986, et pour les décors réels dans les Abruzzes et en Ombrie. Le sémiologue aurait validé une toute nouvelle intrigue autour de l’hérétique Fra Dolcino et sa compagne Margherita Boninsegna, deux personnages historiques cités pas moins de 32 fois dans le roman.

« Je joue deux personnages, Margherita, la compagne de Dolcino, considérée comme hérétique, et leur fille, que nous avons créé de toutes pièces, Anna. Margherita et Dolcino étaient incroyablement en avance sur leur temps, ils estimaient que les hommes et les femmes avaient les mêmes droits et que l’Eglise se devait d’être pauvre », raconte Greta Scarano.

Une nouvelle interprétation

John Turturro succède à Sean Connery dans le rôle du moine enquêteur Guillaume de Baskerville. « J’aime Sean Connery mais je n’ai jamais vu le film. Je me suis dit : pourquoi devrais-je ? Comment cela peut-il m’aider ? Je voulais avoir une rencontre pure avec l’auteur Umberto Eco. J’ai basé mon personnage sur le livre », déclare l’acteur qui ajoute, non sans humour « j’ai eu une poupée James Bond quand j’étais enfant, comment cela aurait-il pu m’aider ? ».

L’Américain campe un Guillaume de Baskerville moins espiègle que celui de l’Ecossais, mais plus cérébral et toute en « nuances » avec « les contradictions d’un homme d’action et de pensées, d’un homme de foi et de science, d’un homme qui a torturé des gens et qui y a renoncé, d’un homme qui vécu des expériences avant de devenir moine ».

A ses côtés, Damian Hardung joue un Adso de Melk impeccable, Michael Emerson, un abbé époustouflant, Tchéky Karyo, un pape machiavélique. Rupert Everett est méconnaissable en Bernard Gui. Seul Stefano Fresi n’arrive pas à éclipser l’incroyable performance de Ron Perlman, inoubliable Salvatore dans le long-métrage.

Une esthétique radicalement différente

Si Giacomo Battiato se dit « admiratif » du travail de Jean-Jacques Annaud. Ses choix esthétiques sont complètement différents de ceux du cinéaste français. Alors que Jean-Jacques Annaud filmait des monstres dans une atmosphère obscure, Giacomo Battiato fait le pari de la couleur. « Un des éléments les plus intéressants du Moyen Âge est la couleur. Le Moyen Âge n’est pas du tout sombre comme on le dit », défend-il. Une approche qui va ravir tous les médiévistes, mais aussi les fans de Game of Thrones