VIDEO. Bruce Greenwood: «"The Resident" montre à quel point le système médical est cassé»

INTERVIEW La série médicale vit un nouvel âge d’or, avec en tête l’excellente « The Resident » portée par le charismatique Bruce Greenwood en chef cynique et intraitable

Propos recueillis par Vincent Julé

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Bruce Greenwood est Dr. Randolph Bell dans la série «The Resident», aussi surnommé «HODAD» pour « Hands of Death and Destruction»
Bruce Greenwood est Dr. Randolph Bell dans la série «The Resident», aussi surnommé «HODAD» pour « Hands of Death and Destruction» — Guy D'Alema / FOX
  • Avec «Les Bracelets rouges», «Good Doctor», «New Amsterdam», la série médicale vit un nouvel âge d'or, dix ans après la fin d'«Urgences»
  • Diffusée le mardi soir sur Warner TV, «The Resident» offre un regard inédit sur le système médical américain, et la dynamique médecine versus business.
  • L'acteur canadien Bruce Greenwood incarne le docteur Bell, chef de la chirurgie, prêt à tout pour cacher ses erreurs et ses manipulations 

Des Bracelets rouges, bientôt de retour sur TF1, au record de longévité de Grey’s Anatomy en passant par le succès de Good Doctor, la série médicale vit actuellement un nouvel âge d'or, dix ans après la fin d’Urgences. Parmi les nouveautés, The Resident, diffusée tous les mardis sur Warner TV, est peut-être la plus originale, presque révolutionnaire. Elle offre un regard inédit sur le système hospitalier américain, à la fois service et business, et les deux ne font pas toujours bon ménage.

A la vocation et au sacrifice des internes répond le cynisme et la cupidité des pontes, incarnés dans la série par le docteur Bell, chef de la chirurgie, qui, dès la première scène, tue un patient par erreur et demande à son staff de le couvrir. Il est brillamment interprété par Bruce Greenwood, acteur fétiche du cinéaste canadien Atom Egoyan (Exotica, De beaux lendemains), trois fois président des Etats-Unis à l’écran, et star des séries courtes mais cultes L’Homme de nulle part et John from Cincinnati. Malgré une carrière riche de quatre décennies, Bruce Greenwood reste méconnu du grand public, et son talent largement sous-estimé, une erreur que The Resident pourrait réparer et qui vaut bien une interview avec 20 Minutes.

« The Resident » n’est pas la première fois que vous portez une blouse blanche, vous avez été le docteur Seth Griffin dans la série « Hôpital St Elsewhere ».

C’était il y a trente ans déjà, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais je portais ce qu’on appelle… un mulet ! Je ne pensais pas être crédible en tant que docteur avec cette coupe, encore moins faire carrière, mais j’ai réussi à m’en sortir. (rires) Mes cheveux sont aujourd’hui plus courts et plus gris, et si j’étais interne dans St Elsewhere, je suis maintenant chef de la chirurgie. C’est comme si Seth Griffin était devenu Randolph Bell, comme si son narcissisme et son ego avaient été nourris pendant plusieurs décennies et qu’ils étaient au maximum de leur pouvoir de nuisance.

Il existe déjà plusieurs séries médicales, qu’est-ce qui vous a attiré dans « The Resident » ?

Il faut également savoir qu’une série de network est un gros engagement, on parle de vingt-deux épisodes par saison. Cela a été un choix difficile, délicat. Mais j’aimais la dynamique de l’argent versus la médecine, des soins versus les coûts. Et jouer un personnage dont l’heure de gloire est passée, tellement sûr de lui qu’il ne se rend pas compte de sa propre déchéance, je me suis dit que ce serait intéressant, stimulant.

Au début de la série, vous êtes présenté comme le big boss, le grand méchant, mais c’est finalement plus compliqué que ça…

La raison pour laquelle Dr. Bell est entré dans le « business » de la médecine, n’est pas le business mais la médecine. Il a un esprit scientifique, un désir d’aider les gens, mais avec les années, les décennies, le business lui a fait perdre de vue son éthique. De même que son amour d’opérer a diminué avec ses capacités, et il ne l’accepte pas. Il est prêt à tout pour le cacher.

Difficile encore de savoir si sa trajectoire sera l’histoire d’une chute ou d’une rédemption. Je comparerais le personnage à avion hors de contrôle. Il arrive parfois à se stabiliser, puis perd à nouveau le contrôle, le plus souvent à cause de son énorme ego. J’espère qu’il se rendra compte qu’il doit apprendre à le maîtriser avant qu’il ne soit trop tard.

Combien de fois je me suis dit, ok, Dr. Bell est cuit, Bruce Greenwood va quitter la série…

Ah ah ! C’est ce qui est formidable avec les séries. Elles réussissent à mettre leurs personnages sur des rails alors qu’un train fonce sur eux, et les faire sauter au dernier moment. Mais, pour garder cette image, Dr. Bell finira éventuellement par être percuté. Reste à savoir s’il survivra ou pas, cela dépendra des auteurs et de l’histoire qu’ils veulent raconter. Il a fait beaucoup de choses condamnables, immorales, une rédemption est-elle possible, et doit-on lui accorder ?

« The Resident » montre l’envers du décor peu reluisant des hôpitaux, qu’il ne s’agit pas seulement de sauver des vies mais aussi de politique, d’argent…

Je ne sais pas quelle est la situation en France, mais en Amérique du Nord, que ce soit au Canada et son système de santé public ou aux Etats-Unis avec le lobby pharmaceutique, tout le monde a déjà dû faire face à des problèmes d’argent à l’hôpital. Ou comment en voulant éviter de dépenser un dollar, on met en péril la vie des patients. Au Canada, il n’y a pas assez d’argent et les gens doivent attendre, parfois trop longtemps, tandis qu’aux Etats-Unis, les médecins sont récompensés par les grosses compagnies pour faire payer les patients. Le système est cassé.

La saison 2 s’attaque par exemple aux implants médicaux défectueux [avant que n'éclate le scandale des «Implant Files»]. Il y a une étrange législation des années 70 qui veut que lorsque vous créez un dispositif, les futures versions ou mises à jour n’aient pas besoin d’être testées. Car le premier l’était. Imaginez, un implant conçu il y a des décennies mais jamais retesté. Bien sûr, l’idée est de l’améliorer, mais rien ne dit qu’il marchera. Ces nouveaux implants n’auront ainsi jamais vu l’intérieur d’un corps, jusqu’à ce que moi, vous ou un membre de votre famille ne serve de cobaye. C’est également le sujet du documentaire Les blessures de la médecine sur Netflix.

Avec « The Resident », « Good Doctor », « New Amsterdam « et toujours « Grey’s Anatomy », l’hôpital n’est-il pas l’endroit le plus politique à la télé aujourd’hui ?

Il l’est peut-être en effet, mais je pense qu’il faudrait également jeter un oeil aux universités. Un ami m’a raconté tout le bullshit politique qu’il doit avaler tous les jours, c’est impressionnant. La communauté scientifique n’est, elle aussi, pas à l’abri des mensonges, manipulations, etc. Mais s'il l'on dit que l’hôpital peut être un endroit hostile, toxique, il est bon de rappeler que ceux qui y travaillent sont le plus souvent très attentionnés et surmenés. J’ai arpenté leurs couloirs l’année dernière pour raisons familiales, je peux témoigner.

La série n’est pas très bien accueillie par les autorités médicales ou les étudiants, elle est accusée de ne pas être « réaliste ».

Parce que c’est une série télé. (rires) Je pense qu’aucune série médicale n’est aussi réaliste qu’elle voudrait l’être.

Vous avez joué non pas une, ni deux, mais trois fois le président des Etats-Unis !

Je ne sais pas si c’est un record, mais après JFK dans Thirteen Days, le président de Benjamin Gates, je voulais vraiment, pour la troisième, que ce soit une parodie. Sinon, j’aurais décliné. Mais jouer une caricature dans Kingsman était très drôle. On dit souvent que j’incarne une certaine figure d’autorité, c’est pourquoi on m’a proposé le rôle autant de fois. J’annonce d’ailleurs officiellement ma candidature pour 2020, ce ne pourra pas être pire que l’actuel président.