«Dirty John», la série sur le harcèlement qui nous place du côté des femmes

COUPLE La série débarque sur Netflix le 14 févier

Anaïs Bordages

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Eric Bana et Connie Britton dans «Dirty John»
Eric Bana et Connie Britton dans «Dirty John» — Bravo

Après les livres, les films ou encore les BD, ce sont désormais les podcasts à succès qui ont droit à leur adaptation en série télé. On a eu en novembre dernier la série complotiste Homecoming, adaptée par Sam Esmail… Et voici désormais Dirty John, créée et écrite par Alexandra Cunningham, ancienne productrice et scénariste de Desperate Housewives.

Dans le podcast, des journalistes du LA Times enquêtaient sur John Meehan, un escroc violent et abusif qui a réussi à mentir et manipuler de nombreuses femmes pour se faire entretenir par elles. L’histoire se focalisait en particulier sur sa relation avec Debra Newell, sa dernière victime, qui l’a épousé et a acheté une maison pour lui au bout de quelques semaines de relation. L'enquête, très bien menée, expose une affaire sordide, et tellement effarante qu’on a du mal à y croire. Mais à l’écran, elle se transforme en véritable fable horrifique sur le harcèlement et la manipulation au sein du couple.

La série, encore meilleure que le podcast

La série commence par la rencontre entre Debra et John. Elle, femme d’affaires accomplie, lui, charmant séducteur se disant chirurgien. On sait immédiatement que John est toxique, et que Debra ferait mieux de s’en éloigner : après tout, c’est dans le titre de la série. Mais Eric Bana, parfaitement ambivalent dans le rôle, a tellement de charme qu’on parvient à imaginer comment n’importe qui aurait pu tomber dans son piège.

Contrairement au podcast, qui déroulait juste les faits de l’enquête et les témoignages, la série a le loisir de développer ses personnages à travers des bribes de dialogues et des flashbacks qui permettent de mieux apprécier la complexité de la situation. Le tout servi par un excellent casting : en plus d’Eric Bana, on retrouve aussi l’incroyable Connie Britton (Friday Night Lights, American Horror Story) dans le rôle de Debra, et Jean Smart dans le rôle de la grand-mère ayant elle aussi été confrontée à la violence misogyne. Juno Temple et Julia Garner, quant à elles, incarnent à la perfection les filles de Debra qui assistent, horrifiées, à l’impuissance de leur mère.

Une série qui privilégie le point de vue des femmes

Avec sa réalisation très basique, Dirty John n’atteint jamais les sommets de Big Little Lies, autre très bonne série sur la violence domestique. Mais comme l’œuvre de Jean-Marc Vallée, elle fonctionne à la fois comme un divertissement addictif et comme une étude plus nuancée sur le caractère fourbe et insidieux de la violence masculine. Même si l’histoire de John et Debra est hors-norme, elle évoque des expériences universelles pour toute personne qui a déjà été harcelée. John ment à Debra, la manipule, la fait douter, l’intimide, la surveille, l’isole de sa famille et de ses proches… Et quand Debra se rend au commissariat et se rapproche d’une avocate dès ses premières suspicions, s’extirper de son mariage avec John se révèle rapidement plus difficile que ce qu’elle avait imaginé.

La série aborde aussi la culpabilité que ressentent les victimes dans des situations de harcèlement et d’abus : comment n’ai-je rien vu ? Comment ai-je pu laisser passer ça ? Mais  contrairement à You, la série Netflix qui adopte la perspective d’un harceleur misogyne et tente de comprendre son raisonnement, Dirty John reste fermement ancrée du côté des femmes. Comme la créatrice Alexandra Cunningham  le disait à Vulture : « Je ne veux absolument pas chercher à expliquer pourquoi John est comme il est. » Ainsi, la série porte peut-être le nom du harceleur, mais c’est le point de vue de ses victimes qu’elle privilégie, nous offrant au final un beau portrait de résilience et de survie féminine.