Masochisme: Bordélique, regarder Marie Kondo sur Netflix m'a pourri mon 1er janvier

ANGOISSE Le 1er janvier, Netflix a mis en ligne une nouvelle émission autour de Marie Kondo, le nouveau gourou du rangement…

Clio Weickert

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La pro du rangement Marie Kondo.
La pro du rangement Marie Kondo. — Seth Wenig/AP/SIPA
  • Le 1er janvier, Netflix a mis en ligne une nouvelle émission autour de Marie Kondo, le nouveau gourou du rangement.
  • Un peu maso, « 20 Minutes » a décidé de s’y mettre dès le Nouvel an.

Parce que le 1er janvier n’est finalement ni plus ni moins qu’un gros dimanche, il s’accompagne parfois d’une belle déprime. Un petit cafard relatif à la quantité d’alcool absorbé la veille (avec modération hein), au degré de rigolade de la soirée du réveillon, et bien entendu, au bilan de l’année écoulée. Pour les plus vulnérables d’entre nous, il n’est pas rare de ressentir des vagues de bouffées d’angoisse, des vertiges, de la honte et une furieuse envie de changer d’identité, de pays, de vie. Ne faites pas semblant de ne pas comprendre, ça arrive même aux meilleurs.

Et alors que j’aurais dû m’en tenir à des litres d’eau, du citrate de bétaïne, un gros burger et des pseudos « bonnes résolutions », j’ai tenu la promesse que j’avais faite à mon chef (celui qui m’avait déjà forcé à ranger mon bureau), de regarder Tidying Up With Marie Kondo, une nouvelle émission tout juste mise en ligne sur Netflix, qui vante les mérites de la méthode KonMari sur le rangement. Pourquoi avoir accepté ? Par masochisme et parce que l’heure de mon entretien annuel approche. Ce que j’en retiens ? Qu’un 1er janvier, personne (même les plus méchants), ne devrait s’infliger de regarder une émission sur Marie Kondo.

« C’est du propre » à la Netflix

Pour être honnête, j’ai failli renoncer à plusieurs reprises. La flemme, mais aussi parce que TF1 ne m’a pas vraiment aidé. Quelle personne normalement constituée résiste à La boum 1, La boum 2 et Dirty Dancing le jour du Nouvel an ? Mais à 21 heures, rongée par la culpabilité et les remords, je me suis résignée, la mort dans l’âme, à me rendre sur Netflix. C’est ça d’avoir une conscience professionnelle un peu trop développée. La bonne surprise, c’est que je n’avais pas compris qu’il s’agissait d’une émission en plusieurs épisodes d’une quarantaine de minutes, et non d’un documentaire interminable. Et que représentent 36 minutes à l’échelle d’une vie finalement ? Avec du recul, beaucoup quand il s’agit de Marie Kondo.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, Marie Kondo est la reine du rangement. Un gourou, presque. Elle et sa méthode KonMari règnent en maître sur la planète des gens organisés qui rangent leurs tee-shirts par couleurs et font leur lit tous les matins. « La méthode KonMari consiste à d’abord trier et ensuite ranger de façon à créer un espace qui nous inspire de la joie », m’expliquait en 2017 Véronique, « consultante KonMari certifiée ». Et depuis ce 1er janvier donc, la Japonaise a son propre show Netflix. Le concept ? Venir en aide à de pauvres âmes en peine totalement débordées par leur fouillis, les conseiller pour remettre en ordre leur maison, et leur vie. En d’autres termes : C’est du propre, à la sauce Netflix. Pour les amnésiques, c’était une émission diffusée sur M6 en 2005 où deux petites dames venaient à la rescousse de familles submergées par le désordre et la crasse.

« Je suis surexcitée, j’adore le désordre ! »

Mais si Danièle Odin et Béatrice de Malembert formaient un duo assez comique, Marie Kondo transpire l’angoisse (désolé Marie). « Je suis surexcitée, j’adore le désordre ! », la voit-on déclarer dans le générique de début du premier épisode. Malgré cet amour commun pour le chaos, je me doute très vite que nos avis sur la question divergent. Son projet ? « Procurer la joie dans le monde » grâce au rangement. Le mien ? Me complaire dans le bordel, un choix de vie relativement assumé.

Après un petit portrait de présentation, sourire aux lèvres, toute de rose poudré vêtue, impeccablement installée dans un canapé aux lignes épurées dans un petit monde tout doux, où rien ne dépasse, Marie Kondo se lance dans sa première mission : sauver la famille Akiyama. Wendy et Ron vivent aux Etats-Unis, adorent les décorations de Noël, leurs enfants et leur chat Mushu. Et le mot amazing. Leur problème ? Une accumulation de babioles en tout genre et des tonnes de vêtements. Et contrairement à la coach en rangement, le désordre « stresse » Wendy. Il faut reconnaître que la famille frise le syndrome de Diogène (une forme extrême d’accumulation compulsive). Soit la came ultime de Marie Kondo.

Troubles obsessionnels compulsifs?

La pro du rangement débarque avec une interprète, fait le tour du propriétaire avec des étoiles plein les yeux, se pâme devant les piles de vêtements, comme subjuguée par le challenge. Jamais un être humain ne semble avoir jamais été si heureux. Après une petite prière collective « pour se présenter à la maison », Marie Kondo dispense ses grands enseignements : demander à ses vêtements si on les veut encore dans notre vie, ou à une guirlande lumineuse « si elle nous apporte de la joie ». Si oui, on garde, si non, on recycle ou on jette. Six semaines plus tard, et après plusieurs visites de la coach pour les faire avancer par étapes, les Akiyama viennent à bout du chantier, s’estiment « heureux », devant une Marie « émue ». Voilà.

Et pour le téléspectateur du 1er janvier ? L’ennui total. L’intérêt de C’est du propre, c’était que souvent, il y avait du cracra et des amoncellements de poubelles spectaculaires. Notre voyeurisme malsain se voyait alors fortement récompensé. Tidying Up With Marie Kondo déborde de bons sentiments, de regards bienveillants et enchaîne les séquences plates rythmées par de la musique d’ascenseur. Qui a envie de voir une famille trier son linge ? Qui sont ces gens qui trouvent l’extase dans l’armoire bien rangée des autres ?

Mais au-delà du fait de m’être ennuyée comme un rat mort, je me suis surtout fait du souci pour Marie Kondo. Quand on y réfléchit un peu, développer une obsession n’est jamais bon signe. Et encore moins pour le rangement. Ne s’agirait-il pas de troubles obsessionnels compulsifs dévorants ? A-t-elle elle-même développé le syndrome de Diogène ? Ou pire, des extraterrestres auraient-ils pris possession de son corps pour balayer la planète et conquérir le monde ? S’alimente-t-elle encore ?

Angoisses, vertiges, envie de changer de planète… En résumé, beaucoup trop de questions et de contrariétés pour un Nouvel an. Note pour l’année prochaine : un simple bon gros burger c’est bien aussi.