Jimmy (Raphaël Quenard) et Sheila (Tiphaine Daviot), les internes de «HP».
Jimmy (Raphaël Quenard) et Sheila (Tiphaine Daviot), les internes de «HP». — Lincoln TV

FOLIE

VIDEO. «HP», une dramédie médicale parfaitement barrée

La nouvelle série Signature d’OCS « HP » suit une interne en psychiatrie dans un service en sous-effectif…

Après Hippocrate, encore une série française qui va fiche une blessure narcissique aux séries médicales américaines ! HP, diffusée dès ce jeudi à 20h40 sur OCS et sacrée meilleure série format 26' au Festival de la Fiction TV de La Rochelle, suit les déboires de Sheila, une interne trop scolaire qui a décidé de se spécialiser en psychiatrie, dans un service en sous-effectif. Pourquoi cette dramédie en 10x22 minutes sonne-t-elle si juste ?

« HP » se demande qui sont les fêlés ?

Le délire est né sur les bancs de la Femis d’une envie commune de Sarah Santamaria-Mertens et Angela Soupe, les créatrices de la série, de parler de l’hôpital psychiatrique. La première, en raison de « proches internés », la seconde, en raison de sa belle-sœur interne en psychiatrie. La série aborde une question fondamentale : « Quelles sont les limites entre la folie et la normalité ? Et à quel moment on bascule ? », résume Sarah Santamaria-Mertens. « La limite entre la folie et la normalité est extrêmement floue et fluctuante selon les sociétés et les époques. Etre équilibré, c’est être en accord avec la société à un instant "T" », enchaîne Angela Soupe.

« HP » brouille les pistes

Au départ, l’héroïne, Sheila (Tiphaine Daviot), se réfugie dans son DSM (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) et dans les grilles d’évaluation des patients. « Elle est construite en opposition avec la psychiatrie, science extrêmement floue et intuitive. Sheila est très normée, bonne élève et pense avoir des convictions très fermes. Elle fait trop confiance à la théorie et pas assez à son feeling », explique Angela Soupe. En croisant la route de Chantal, persuadée d’être Beyoncé, du King, le plus vieux patient du service, qui se prend pour un roi, de Jimmy, l’autre interne en psychiatrie, accro aux pilules, ou encore VDB, le professeur de psychiatrie à l’air hagard, elle va vite comprendre qu’il faut mettre ses livres de côté et s’appuyer sur son instinct pour devenir une bonne psychiatre.

L’équilibre d’HP repose sur le brouillage des pistes entre patients et soignants. « La figure du psychiatre est intéressante. Tous ceux que l’on a interrogés sont passionnés par leur métier et en parlent de façon drôle. On s’est rendu compte que n’importe qui ne peut pas faire ce métier et que pour devenir psychiatre, il fallait une faille fondatrice », soutient Angela Soupe.

« HP » est une dramédie naturelle

HP est une série borderline à l’instabilité émotionnelle importante. « Ma belle-sœur, interne en psychiatrie, m’a raconté une de ses journées, où elle avait eu une patiente qui se prenait pour Beyoncé, un patient qui ne parlait qu’avec son pied et où le soir, elle avait décroché un pendu. Elle racontait ça de façon drôle et en même temps, était profondément marquée. C’est cet ascenseur émotionnel là, qui fait passer du rire aux larmes, qui m’a attiré dans le sujet », se souvient Angela Soupe.

L’humour repose ici sur un subtil décalage. « On n’a pas cherché à écrire une comédie sur l’HP, mais en s’intéressant au sujet, il est apparu que la comédie surgissait naturellement dans cet univers-là, à notre grand étonnement ».

« HP » est réaliste, donc politique

Malgré une évidente différence d’économie de moyens, HP partage avec Hippocrate la manie du réalisme. Les créatrices ont mené l’enquête et interviewé des internes en psychiatrie et des psychiatres. « On voulait être dans le vraisemblable », lance Sarah Santamaria-Mertens. Chaque patient fictif trouve ainsi son origine dans ces entretiens. « Un consultant psychiatre a relu les scénarios pour voir si cela lui paraissait cohérent », poursuit Sarah Santamaria-Mertens.

« La réalité des HP, ce sont des locaux vétustes, plus encore que dans les autres spécialités », raconte Angela Soupe. Comme Hippocrate, la série pointe en filigrane le manque de moyens des hôpitaux français. « On n’a pas voulu porter de message à la base, mais on se retrouve à en porter un, souligne Angela Soupe. L’hôpital est en crise, c’est donc normal qu’il devienne une arène qui attire les scénaristes. »