«Deutsch-les-landes»: Au tournage et à l’écran, une périlleuse cohabitation franco-allemande

COPRODUCTION Après le désastre « Marseille » pour Netflix, Amazon Prime Video fait le pari de sa première série française, « Deutsch-les-Landes », une comédie franco-allemande clichée…

Anne Demoulin
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Marie-Anne Chazel campe la mairesse du village fictif de Jiscalosse dans «Deutsch-les-Landes».
Marie-Anne Chazel campe la mairesse du village fictif de Jiscalosse dans «Deutsch-les-Landes». — Amazon Studios

Avec Deutsch-les-Landes, Amazon Prime Video fait le pari d’une première série made in France (ou plutôt « Hergestellt in Frankreich ») et d’une coproduction franco-allemande. Dans cette comédie en 10x25 minutes disponible ce vendredi sur la plateforme américaine, Marie-Anne Chazel campe Martine, la mairesse d’un village fictif des Landes, Jiscalosse, qui convainc un chef d’entreprise allemand d’installer son entreprise dans le coin pour renflouer les caisses de la ville. L’arrivée de quelque 200 Allemands dans la petite commune marque « le début d’une cohabitation plus ou moins facile, mais j’espère toujours drôle entre Français et Allemands », résume Marie-Anne Chazel.

La cohabitation à l’écriture

Sur le tournage, la réalité a rejoint la fiction. Fruit de la collaboration entre la société française Newen et les allemandes Bavaria Fiction et Deutsche Telekom, Deutsch-les-Landes est marqué par la dualité. La série a été coréalisée par le Français Denis Dercourt et l’Allemande Annette Ernst. Elle a été écrite par des scénaristes français et allemands, dont Alexandre Charlot et Franck Magnier, les plumes de Bienvenue chez les Ch'tis. « D’excellents auteurs des deux côtés, mais qui ne parlent pas du tout la langue de l’autre », souligne Denis Dercourt. Un script écrit par un Allemand était ensuite traduit en français ou en anglais, relu et « polishé » par un Français. « C’était un peu fastidieux », avoue Denis Dercourt.

La cohabitation sur le tournage

Le casting est binational. « La cohabitation avec les Allemands s’est mieux passée que dans la série, s’amuse Marie-Anne Chazel. On est tombée sur de très bons acteurs, ravis d’être en France, très carrés, très disciplinés, comme des Allemands. » Le casting français a joué en français avec des acteurs qui répondaient en allemand. Facile pour les bilingues comme Sylvie Testud et Roxane Duran qui a « grandi avec Le Petit Prince et Fifi Brindacier » et se sent « Européenne avant tout », mais plus galère pour Marie-Anne Chazel qui ne parle pas une « broque d’allemand ». « On est des acteurs avant tout. On exprime des sentiments, des émotions, on fait rire… Et ça, on le chope dans les intonations, dans les yeux. C’est très amusant », salue-t-elle.

La cohabitation de l’humour

Miser sur une comédie écrite et tournée en deux langues était un sacré challenge. « L’humour allemand est plus clownesque que le français, de notre côté on rit plus de l’absurde, du quiproquo », estime Sylvie Testud. « Pour le comique de situation, c’est facile. Pour le comique autour des mots, très difficile », résume Denis Dercourt. « Dans la version doublée, on a dû adapter certaines blagues qui ne font rire que les Allemands, et ils ont dû faire de même de leur côté », poursuit-il. En outre, les parties tournées en allemand ont été doublées en français, et vice versa. « C’était techniquement très délicat », souligne le réalisateur. Hélas, à l’écran, cela efface les incompréhensions linguistiques et crée quelques bizarreries.

La cohabitation à l’écran

Le résultat est décevant. Les épisodes enquillent les clichés datés, les allusions douteuses aux deux Guerres mondiales, les personnages caricaturaux, les intrigues plates sur une bande-son insupportable. « On nous parle de stéréotypes, de caricatures, oui, mais c’est comme ça aussi qu’on l’a vécu sur le tournage », défend quant à elle Marie-Anne Chazel. Les fans des admirables I Love Dick, Forever ou The Marvelous Mrs. Maisel, séries produites jusque-là pour Amazon Prime Video, l’auront hélas « Jiscalosse ».