Pourquoi «Hippocrate» va ringardiser les autres séries médicales?

SERIE MÉDICALE «Hippocrate», la série française adaptée du film de Thomas Lilti et diffusée ce lundi sur Canal +,  va bouleverser les codes de la série hospitalière…

Anne Demoulin

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Louise Bourgoin campe Chloé, une interne expérimentée, dans «Hippocrate».
Louise Bourgoin campe Chloé, une interne expérimentée, dans «Hippocrate». — Hassen Brahiti/31 Juin Films/Canal+
  • Après un film du même nom, Thomas Lilti adapte Hippocrate en série pour Canal +.
  • Cette série hospitalière suit des personnages inspirés de vrais internes en médecine que le showrunner a côtoyés quand il était lui-même médecin.
  • Par son réalisme, sa dimension sociale et le romanesque de ses situations, Hippocrate donne un coup de vieux à toutes les autres séries médicales.

Thomas Lilti, le médecin devenu un cinéaste reconnu avec son second long-métrage Hippocrate, porté par Vincent Lacoste, signe la série dérivée de son second film. Les huit épisodes d’Hippocrate, diffusés à partir de lundi à 21 heures sur Canal +, suivent le quotidien d’une toute nouvelle équipe d’internes à l’hôpital de Garches. Une série crue, réaliste, rythmée, drôle et touchante qui dresse le portrait sans concession des conditions de travail et des manques de moyen dans les hôpitaux publics français. Hippocrate a tout ce qu’il faut pour ringardiser les autres séries médicales.

« Tous ces personnages existent »

Après le long-métrage Hippocrate, Thomas Lilti, que 20 minutes a rencontré lors d’une table ronde à Paris, avait encore envie de « raconter l’hôpital », mais aussi de « montrer une jeunesse au travail, passionnée et conquérante ». Sa nouvelle équipe d’internes se compose de l’inexpérimentée Alyson Lévèque (Alice Belaïdi), du fils d’un ponte, Hugo Wagner (Zacharie Chasseriaud), de la quatrième année Chloé Antovska ( Louise Bourgoin) et d’Arben Bascha (Karim Leklou), un FFI (Faisant Fonction d’Interne) franco libanais.

« Les FFI sont ultra-présents et font tourner les hôpitaux. Hugo est un fils de médecin, comme près d’un étudiant sur deux en seconde année de médecine. Il ne sait pas exactement ce qu’il fait là, pour lui, c’était la voie toute tracée. Mes personnages principaux sont des femmes parce que c’est la réalité, près de 60 % des étudiants en médecine le sont : Allyson est issue de la classe moyenne, le fruit de la méritocratie, Chloé représente l’excellence, l’ultra-douée. Tous, ils existent », résume Thomas Lilti.

« Seuls aux commandes »

Le point de départ est fort : « Je voulais que mes internes soient seuls aux commandes d’un service hospitalier. Au moment du virus Ebola, le personnel soignant avait été mis en confinement », se souvient le showrunner. Les quatre internes se retrouvent donc à gérer seuls un service de médecine interne, alors que les pontes et autres médecins confirmés se retrouvent mis en quarantaine.

Dans les séries hospitalières, « la question se résume souvent à "qui va pécho qui ?". La force d’Hippocrate, c’est qu’on ne parle pas uniquement de l’hôpital, mais aussi de la société française », estime Karim Leklou. « La série permet de traiter la dimension sociale et politique, qui me tient à cœur, mais beaucoup plus en dessous que le film, et de s’attacher vraiment aux personnages et à la dimension romanesque », considère le showrunner.

« L’aide à la personne dépasse le cadre de la thérapeutique et du diagnostic, c’est la dimension sociale, c’est le secret médical, etc. Chaque cas pathologique sert à dire quelque chose sur nos personnages. J’avais envie de raconter quelque chose de la réalité de la vie d’un interne », poursuit-il. La comédie et l’humour ne sont pas reste « pour décompresser dans les moments de tension », souligne Thomas Lilti.

« Ne pas trahir la réalité »

La série partage avec le film, son réalisme. « L’important pour moi, c’est d’être fidèle à l’idée que j’ai de l’hôpital, et de ne pas, pour des raisons romanesques ou spectaculaires, trahir la réalité pour essayer de rentrer dans les cases de la fiction », explique Thomas Lilti.

Un réalisme que l’on doit au showrunner, qui se définit lui-même toujours comme un médecin. « J’ai fait dix ans d’études et j’ai passé vingt ans de ma vie à faire ce métier », raconte-t-il. « Il parle d’un sujet qu’il connaît par cœur. Thomas est médecin, dès qu’on avait besoin de faire un geste médical, il nous montrait comment faire. Nous étions comme ces internes », commente Alice Belaïdi.

« Pas de brushing »

La série a été tournée dans une aile désaffectée d’un véritable centre hospitalier à Aulnay-Sous-Bois. « On a joué avec du vrai personnel soignant, les infirmiers qui nous ont donné plein de conseils et appris plein de choses », se félicite Louise Bourgoin. « A l’hôpital, on nous confondait parfois avec le vrai personnel », se souvient Alice Belaïdi.

Pour préparer ces acteurs, Thomas Lilti leur a montré un montage d’extraits d’Urgences afin de leur montrer ce qui était crédible, mais aussi ce qui ne l’était pas. « J’ai fait mes études de médecine pendant qu’Urgences était diffusée à la télévision dans les années 1990. On en était tous assez friands parce que c’était la première série qui portait un regard réaliste dans les soins, la prise en charge des malades, les termes techniques, les gestes », se rappelle le showrunner. « Ces personnages arrivent dans des situations d’urgence avec des brushings impeccables, du rouge à lèvres. On n’y croit pas », souligne aussi Alice Belaïdi.

Hippocrate n’est pas une série hospitalière habituelle. « Il y a une originalité dans le propos et le traitement. D’habitude, dans les séries hospitalières, les mecs ont des brushings parfaits et n’ont pas de cernes… Il y a ici un truc vraiment documentaire, mais aussi du romanesque. Le contexte social est fort et il n’y a pas de vision héroïque des médecins », salue Karim Leklou. Du coup, lorsqu’on regarde un épisode de Grey’s Anatomy ou de The Good Doctor après avoir vu Hippocrate, « plus rien n’est crédible », comme le dit justement Zachary Chasseriaud.