«Ad Vitam»: «Si je pouvais être immortel et pas acteur, je serais immortel et pas acteur», confie Yvan Attal

INTERVIEW Rencontre avec Yvan Attal qui campe un flic désabusé âgé de 120 ans dans la série « Ad Vitam », dont Arte diffuse ce jeudi les deux derniers épisodes…

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Dans «Ad Vitam», Yvan Attal incarne Darius, un flic désabusé de 120 ans.
Dans «Ad Vitam», Yvan Attal incarne Darius, un flic désabusé de 120 ans. — Ivan Mathie
  • Arte diffuse ce jeudi les deux derniers volets de la minisérie, mêlant anticipation et polar, « Ad Vitam ».
  • Signée Thomas Cailley (« Les Combattants »), cette minisérie en six volets propose une réflexion sur l’allongement de la durée de la vie.
  • Ce thème a particulièrement inspiré Yvan Attal, acteur principal de la série, qui a répondu aux questions de « 20 Minutes ».

Ad vitam nous emmène dans un futur proche où l’humanité pense avoir vaincu la mort grâce à la « régénération », une sorte de bain de jouvence high-tech qui permet de rajeunir les cellules. Dans cette brillante minisérie en six volets mêlant anticipation et polar, signée Thomas Cailley et dont Arte diffuse les deux derniers volets ce jeudi à 20h55, Yvan Attal campe Darius, un flic désabusé de 120 ans. Rencontre avec l’acteur Yvan Attal, qui joue ici pour la première fois dans une série télévisée.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans Ad Vitam ?

J’ai été séduit par le scénario, le sujet que la minisérie abordait m’a intrigué, la manière dont c’était écrit, faire une chose de science-fiction, tout ça m’a excité.

Comment avez-vous approché votre personnage, Darius ?

Avec les moyens qu’on m’a donnés ! Je suis parti du postulat que ce personnage a 120 ans et qu’en même temps, il a l’apparence d’un gars de 50 ans, c’est-à-dire la mienne… On réfléchit à ce que c’est d’avoir une longue vie, lourde, un peu ralentie. Darius est surtout un type qui est resté toute sa longue vie dans le même bureau et qui n’a pas eu la curiosité d’aller voir ailleurs.

C’est un challenge de jouer cette dichotomie entre son âge réel et son apparence ?

Non, il n’y avait pas de challenge. Le challenge était éliminé dès le départ. Vous avez 120 ans, mais votre apparence, votre vitalité, etc. Bref, tout ce qu’un homme de 50 ans a, sauf que vous avez 120 ans. Donc, comment parle-t-on de dedans ? Il faut que le scénario donne l’occasion de parler de dedans, je ne peux pas parler de dedans tout seul.

Auriez-vous envie de vivre dans un monde doté de la « régénération » comme Ad Vitam ?

Oui ! Je suis très angoissée par la mort, donc spontanément je dis oui. Dans Ad Vitam, il ne s’agit pas d’immortalité, mais plutôt d’une éternelle jeunesse. Elle raconte ce à quoi on assiste tous les jours : les gens veulent rajeunir. Ils se mettent des crèmes, se font tirer la peau ou remonter les seins… Mais dans une société où on ne distingue plus les parents des enfants, quelle place pour la jeunesse ? La minisérie veut raconter cela.

C’est ce que symbolise le tandem formé par votre personnage, Darius, et Christa, campée par Garance Marillier ?

Elle lui redonne une certaine jeunesse et il lui redonne le goût de la vie. C’est ce que ce tandem raconte. Il s’agit de la réconciliation entre un adulte, quelqu’un qui est en train de perdre sa jeunesse, et une jeune femme qui ne croit plus à grand chose.

Vous dites être angoissé par la mort, vous intéressez-vous à des mouvements comme le transhumanisme ?

Bizarrement, non. Je suis angoissé par la mort, mais c’est une angoisse qui reste malgré tout superficielle, cela ne me hante pas à un point où j’irais chercher des réponses. La mort est la chose la plus concrète au monde. Il n’y a qu’une seule vérité, c’est qu’un jour, on va clamser. C’est la chose la plus concrète, mais aussi la plus abstraite et la moins admissible. Alors, il reste de temps en temps une bouffée d’angoisse, mais ce n’est pas pour autant que je vais m’allonger pour parler de cela !

Faire l’acteur, c’est quelque part devenir immortel…

Oui, mais en même temps, je vous dis la vérité, ce n’est pas pour autant que cela me soulage ! (Rires) Si je pouvais être immortel et pas acteur, je serai immortel et pas acteur.

De nombreux acteurs estiment que le rythme de tournage d’une série est plus intense que sur un film…

Ce sont des bêtises. Les gens disent, c’est de la télé, il faut aller vite alors qu’on va vite aussi au cinéma. Il n’y a pas de différence en réalité. Que l’on fasse l’acteur au théâtre, à la télévision ou au cinéma, les questions sont les mêmes. La manière d’y apporter des réponses varie, non pas à cause du fait qu’on soit au cinéma, à la télé ou au théâtre, mais en fonction des gens avec qui on travaille et du matériel qu’on a dans les mains. Votre travail d’acteur, c’est toujours le même.

Comment s’est passée votre collaboration avec Thomas Cailley ?

Affreusement ! Je blague, elle s’est bien passée. Mais, pour dire la vérité, je reste quand même déçu parce qu’on peut attendre à la lecture d’un scénario et les moyens qu’on a pour le réaliser. On lit et puis, il y a la réalité de l’économie française. On n’est pas, malheureusement, dans l’économie des metteurs en scène américains qu’on admire. On ne les admire pas forcément parce qu’ils ont plus de talent que nous, mais parce qu’ils ont plus de moyens pour montrer le talent qu’ils ont.

De plus en plus d’acteurs et de réalisateurs de cinéma se tournent pourtant vers les séries, la télévision n’est-elle pas plus créative que le cinéma ?

Pas en France où le cinéma reste bien plus créatif que les séries françaises. Je ne suis pas un gros spectateur de séries, et encore moins de séries françaises. On a toujours dix ans de retard sur les Américains. Des pays comme Israël fournissent des séries extraordinaires, qui s’exportent ou sont reprises sous la forme de remake dans le monde entier. La série grandit par rapport au cinéma, oui, chez les Américains, parce que le modèle économique change. Les modes de consommation changent : il faut dépenser 10 euros pour aller voir un film de deux heures alors qu’on peut regarder une série qui dure trois ans gratos chez soi ! Les films dont les sujets ou le traitement ne sont pas totalement commerciaux ont une probabilité d’exister de moins en moins grande. Le modèle économique fait que la création passe à la télévision. Les gens de télévision ne sont pas plus créatifs, souvent, les plus créatifs à la télévision sont des gens qui viennent du cinéma. Ce n’est pas un hasard.

Seriez-vous prêt à tourner une série pour une plateforme comme Netflix ou Amazon ?

J’ai rencontré des gens de Netflix et d’Amazon. Après, il faut que le projet vous intéresse vraiment, il faut que vous ayez envie de vous plonger là-dedans. C’est sûr que c’est excitant d’aller toucher à autre chose, de se demander comment on raconte une histoire en trois ans, et plus en deux heures. Oui, j’adorerai faire une série, mais il faut que le sujet m’intéresse.