Robin Wright sur le plateau de la saison 6 de House of Cards, sous la direction de Franck Pugliese
Robin Wright sur le plateau de la saison 6 de House of Cards, sous la direction de Franck Pugliese — Netflix

INTERVIEW

«"House of Cards" n’est pas une série sur le pouvoir, c’est une série sur le couple»

Les showrunners de la sixième et dernière saison de la série culte de Netflix se confient sur la manière dont ils y ont choisi de clore la saga, sans Kevin Spacey…

Frank Underwood est mort. Netflix a choisi de révéler le pot-aux-roses bien avant la mise en ligne de la sixième et ultime saison de House of Cards, sa série star, celle qui a fait connaître au monde entier le service de streaming aujourd’hui leader absolu du genre. Pourquoi révéler cet élément central de l’intrigue ? Tout simplement parce que l’absence de Kevin Spacey, acteur principal de la série, embourbé dans des plaintes pour viols et harcèlements sexuels, est forcément absent de cette saison.

Aux manettes de la série pour la deuxième saison, Melissa Gibson et Franck Pugliese ont la lourde charge de conclure une série mythique dont la dernière saison est disponible sur Netflix.

Comment avez-vous décidé de faire mourir Frank Underwood ?

Franck Pugliese (long silence) : Hé bien… Nous avions décidé, bien avant les problèmes que vous connaissez, que cette saison serait centrée sur le personnage de sa femme, Claire et sa présidence. Les circonstances nous ont conduites à un choix radical. Je crois que c’est pour le meilleur.

Melissa Gibson : On ne fait pas disparaître un personnage pareil d’un claquement de doigt. Mais nous ne voulions pas que l’absence de Frank focalise l’attention, nous voulions vraiment laisser cette saison à Claire.

On met du temps à vraiment comprendre comment Frank est mort et tout au long de sa saison son fantôme plane. Quelque part il est encore là ?

M.G. : Bien sûr. House of Cards n’est pas une série sur le pouvoir, c’est une série sur le couple. Depuis le début, on suit un couple, étrange, fascinant, qui fait des choix étonnants. Et dans ce couple, même si Frank Underwood était le plus présent aux débuts, Claire a pris une place forte au fil des saisons.

F.P. : On comprend, surtout dans cette dernière saison, comment fonctionne ce couple, et comment il dysfonctionne. Depuis que Claire s’est adressée aux téléspectateurs, avec ce regard face caméra qui était auparavant la prérogative de son mari, tout a changé. Elle nous a dit, les yeux dans les yeux : « J’ai toujours su que vous étiez là. »

Dans cette saison, à un moment, elle nous jure de nous dire « toute la vérité ». Contrairement à Frank ?

F.P. : Le mensonge est un élément central de House of Cards. Dans cette saison, on touche à une certaine vérité du personnage de Claire. On va comprendre ses choix, qui elle est vraiment.

M.G. : Claire nous dit sa vérité, son histoire. Elle est plus honnête que la plupart des personnages parce qu’elle n’hésite pas à explorer ses faces sombres

Diriez-vous qu’elle est la véritable star de la série ?

M.G. : Non, il y a deux personnages principaux. Mais l’un était dans la dissimulation et un charme sombre, l’autre, qui se retrouve seule avec nous, va se livrer. Cette saison est une forme de testament.

Claire Underwood est une présidente féministe qui choisit de s’entourer exclusivement de femmes dans un geste de défi. Cette saison a-t-elle été inspirée par le mouvement MeToo ?

F.P. : Nous sommes tous le fruit de notre environnement. Bien sûr, nous avons vécu dans le monde que l’on connaît ces derniers mois et avons été marqués par les événements politiques et sociaux. Mais notre série raconte aussi sa propre histoire. Les décisions de Claire sont cohérentes avec le cheminement des dernières saisons. Nous ne faisons pas une histoire pour réagir à l’actualité.

M.G. : Claire est une femme forte mais je ne pense pas que ce soit un personnage exemplaire pour les femmes d’aujourd’hui, si ce n’est dans sa complexité assumée.

Avez-vous ressenti une pression à l’idée de conclure une saga mythique qui a marqué l’histoire de Netflix notamment ?

M.G. : Nous voulions faire les choses bien et achever un récit. Il fallait tout de même que chaque épisode soit haletant. On ne fait pas un requiem.

F.P. : Terminer une série, c’est un grand honneur mais nous avions surtout à l’esprit de faire une belle saison. Ces personnages méritaient vraiment un bel adieu.