«Victor Hugo, ennemi d'état», une fiction historique contemporaine

BIOPIC La minisérie de France 2, « Victor Hugo, ennemi d’Etat », diffusée ces lundi et mardi à 21 heures, relate la vie intime, politique et affective de l’auteur des « Misérables » de 1848 à 1861…

Anne Demoulin
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Yannick Choirat et Isabelle Carré dans «Victor Hugo, ennemi d'Etat».
Yannick Choirat et Isabelle Carré dans «Victor Hugo, ennemi d'Etat». — Denis Manin / Quad Télévision/Point du jour/FTV
  • France 2 diffuse ce lundi et ce mardi, à 21 heures, les quatre épisodes de sa mini-série « Victor Hugo, ennemi d’Etat ».
  • Le scénario retrace la vie et les engagements de l’écrivain entre 1848 et 1861.
  • « C’est le moment idéal pour réécouter les discours politiques [de Victor Hugo] », estime l’actrice Isabelle Carré qui évoque les résonances contemporaines de cette fiction.

En 1848, Victor Hugo est une gloire, une sensation littéraire et un royaliste. En 1851, il est devenu un traître, un fugitif dont la tête est mise à prix et un républicain. La minisérie en 4 épisodes Victor Hugo, ennemi d’Etat, diffusée ce lundi et ce mardi à 21 heures sur France 2, relate la vie affective mouvementée, les combats politiques épiques de la plus grande figure littéraire du XIXe siècle au cours de la tumultueuse période de la Seconde République jusqu’au coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte. En quoi cette fiction historique est profondément contemporaine ?

Une fiction très documentée

Cette fiction en 4x52 minutes, réalisée par Jean-Marc Moutout, l'un des réalisateurs du Bureau des légendes, devait initialement être un documentaire. « Il fallait que France Télévisions s’empare de ce grand homme de notre Histoire qui a incarné tous les combats de la République, mettre en récit sa vie, ses engagements qui résonnait tant dans l’actualité », a expliqué Catherine Alvaresse, directrice de l’unité documentaires et magazines culturels de France 2, lors d’une conférence de presse.

Finalement, « pour porter cette histoire et la rendre accessible au plus grand nombre et montrer la modernité et l’engagement de Victor Hugo et le romanesque de sa vie, la fiction nous est apparue vraiment la forme la plus appropriée », poursuit Catherine Alvaresse. Aux manettes de ce projet, une association inédite, celle de la productrice de fiction Iris Bucher (Quad Télévision) pour le romanesque et du producteur de documentaire Luc Martin-Gousset ( Point du jour) pour l’aspect historique.

Si Les Misérables ou Notre-Dame de Paris ont fait l’objet de nombreuses adaptations au cinéma, à la télévision ou sur scène, la vie de l’écrivain n’a jamais été portée à l’écran, à l’exception du téléfilm La Bataille d’Hernani en 2002. Pourquoi ? « Victor Hugo est trop grand, trop complexe, multiple. On ne sait pas par quel bout le prendre », résume Iris Bucher. Et pourtant, « Victor Hugo est un personnage avec des failles, bref, un vrai personnage de fiction. On n’a rien inventé, tout était là, il fallait juste s’emparer de ce qui existait », s’enthousiasme-t-elle.

Une période très mouvementée

Initialement, cette fiction devait être un téléfilm de 90 minutes. Mais, « pour comprendre l’opposition entre Louis Napoléon Bonaparte et Victor Hugo, il fallait remonter jusqu’en 1848, sinon on ne comprend pas pourquoi Victor Hugo, qui a porté Louis Napoléon Bonaparte, vient s’opposer à lui en 1851 », détaille Luc Martin-Gousset. La minisérie est née.

« Quand on lit le recueil des lettres échangées entre Victor Hugo et Juliette Drouet, on se rend compte qu’il y a une période absolument incroyable de 1848 à 1851 où tout est bousculé, où tout est mis à mal, à la fois ces convictions politiques, sa vie intime », poursuit Iris Bucher. « La révolution est à la fois affective, politique et littéraire », enchaîne Luc Martin-Gousset.

A cette époque, Victor Hugo (Yannick Choirat) a une vie intime très dense avec son épouse, Adèle (Nade Dieu, Marie dans Un Village Français), sa maîtresse Juliette Drouet ( Isabelle Carré) et une deuxième maîtresse qui compte également beaucoup pour lui, Léonie d’Aunet. « L’une ignore l’existence de l’autre et cela crée beaucoup de remous », s’amuse Iris Bucher.

Sur le plan littéraire, il vient de commencer « Les Misères », qui deviendront, Les Misérables, son chef-d’œuvre. « Victor Hugo et Juliette Drouet avaient une relation intellectuelle complète. Ce qui compte pour elle, c’est qu’il aille au bout de ses romans, la politique prenait trop de place », analyse Isabelle Carré. Sur le plan de la vie politique, ses convictions évoluent radicalement. « C’est un vrai plaisir de travailler sur un personnage qui passe de la droite à la gauche au fur et à mesure de sa vie, ce n’est pas si fréquent », s’amuse Luc Martin-Gousset. « Quand j’ai lu le scénario, je me suis rendu compte que ce qui allait m’accrocher, c’était vraiment sa part politique, son engagement politique et l’écho que pouvaient avoir tous ses discours aujourd’hui », confie Yannick Choirat.

Un engagement toujours d’actualité

« Cette fiction est bien au goût du jour. Nous sommes à une époque où, au niveau politique, tout est un peu bouleversé. C’est le moment idéal pour réécouter ses discours politiques », estime Isabelle Carré. Dans le même temps, « on ne fait pas d’hagiographie, on déboulonne la statue. A travers ses discours, on montre ses contradictions, ses failles », se réjouit Yannick Choirat.

L’abolition de la misère, la lutte contre la peine de mort, le droit de peuples, l’éducation gratuite, l’interdiction du travail des enfants, l’émancipation des femmes, la création des Etats-Unis d’Europe… Les combats de Victor Hugo sont toujours d’actualité. « Quand on réécoute son discours sur la misère, quand on relit Le Dernier Jour d’un condamné, c’est tellement d’actualités, ça résonne tellement avec aujourd’hui », souligne Catherine Alvaresse. De quoi redonner « à la politique, ses lettres de noblesse », conclut Isabelle Carré.