VIDEO. «The Romanoffs»: Quand le créateur de «Mad Men» se prend les pieds dans ses ambitions

ANTHOLOGIE « 20 Minutes » livre son verdict après avoir visionné les trois premiers volets de l’anthologie des « Romanoffs » qui seront disponibles ce vendredi sur Amazon Prime Video…

Anne Demoulin
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La nouvelle série de Matthew Weiner, le créateur de «Mad Men», s'intitule «The Romanoffs».
La nouvelle série de Matthew Weiner, le créateur de «Mad Men», s'intitule «The Romanoffs». — Amazon Prime Video
  • Les premiers épisodes des « Romanoffs », la nouvelle série de Matt Weiner, le créateur de « Mad Men » seront disponibles ce vendredi, sur Amazon Prime Video.
  • « 20 Minutes » a pu visionner les trois premiers volets de l’anthologie.
  • Matt Weiner s’intéresse aux descendants légitimes ou prétendus de la famille Romanov et s’offre un budget de 50 millions de dollars. Reste que les trois premiers épisodes sont loin de répondre aux ambitions affichées de leur créateur et à nos attentes.

Trois ans après la fin de son chef-d’œuvre, Mad Men, et onze mois après que l’une des scénaristes du show, Kater Gordon, l’a accusé de harcèlement sexuel, Matt Weiner est de retour ce vendredi sur Amazon Prime Video avec une anthologie en huit épisodes de 60 à 90 minutes, intitulée The Romanoffs. Une série ambitieuse à la hauteur de son ambition ?

Un concept ambitieux

« Je voulais vraiment montrer chaque semaine une histoire différente que vous n’avez pas besoin de rattraper », a expliqué Matt Weiner lors d’une conférence de presse organisée à Londres par Prime Video. « Il y a trop de séries et on ne peut jamais être parfaitement à jour, a-t-il ajouté. J’étais aussi intéressé par le fait de faire quelque chose de différent, c’est un nouveau challenge en matière d’écriture. » Chaque épisode est bouclé et « on peut les regarder dans n’importe quel ordre », s’est-il encore enthousiasmé.

Matt Weiner, d’origine russe du côté de sa mère, s’est intéressé non pas à l’histoire tragique des membres de la famille impériale russe Romanov, assassinés dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 à Iekaterinbourg, mais au mythe lié à ce massacre et à la supposée survie de la princesse Anastasia. Matt Weiner s’intéresse ainsi aux descendants légitimes ou prétendus de la famille Romanov : « la page Wikipedia recense plus de 110 personnes qui clament descendre de cette dynastie. »

A chaque épisode une nouvelle histoire avec de nouveaux personnages. « J’aimais la dynamique de ce passé partagé », poursuit-il. Chaque épisode se concentre sur « des personnages qui n’ont aucun lien entre eux, mais partagent une sorte de caractère commun ». A travers ces histoires, le créateur ambitionne de « saisir ce qui fait qu’on appartient à une famille. Est-ce génétique, culturel ou lié à notre éducation ? »

Une production ambitieuse

Avec un budget de 50 millions de dollars, les huit épisodes de The Romanoffs ont été tournés dans sept pays et en six langues différentes. A l’écran, on reconnaît le style soigné de l’équipe de Mad Men : le directeur de la photographie, Chris Manley, la costumière Janie Bryant, les chefs décorateurs Chris Brown et Henry Dunn, les directrices coiffure et maquillage Theraesa Rivers et Lana Horochowski. Matt Weiner s’est entouré d’un casting cinq étoiles dont Marthe Keller, Christina Hendricks, Isabelle Huppert, Noah Wyle, John Slattery, Diane Lane, Louise Bourgoin ou encore Paul Reiser.

Un résultat mitigé

Amazon diffusera les deux premiers épisodes dès le 12 octobre, puis un épisode chaque vendredi, mais seulement en version originale. Hélas, le premier volet, The Violet Hour, qui met en scène une vieille dame riche, irascible et raciste (Marthe Keller) qui rejette son aide à domicile compétente mais musulmane (Inès Melab), a des allures de caricature de Minuit à Paris.

Le second épisode, The Royal We, comédie romantique noire qui suit un couple à la dérive, magistralement campé par Kerry Bishé (Halt & catch fire) et Corey Stoll (House Of Cards), se laisse voir, malgré quelques lourdeurs liées à l’hommage trop appuyé à 12 Hommes en colère de Sidney Lumet.

Le troisième volet qui s’attarde sur une actrice (Christina Hendricks) évoluant sur le tournage d’une minisérie sur les Romanov, réalisée par une femme insupportable (Isabelle Huppert), semble plus correspondre aux (grandes) attentes des fans du créateur de Mad Men. On imaginait que de tels ancêtres et une histoire aussi tragique allaient engendrer une galerie de personnages torturés, fragiles, excentriques et égocentriques, habités par un désir de s’inscrire dans une lignée ou de se rebeller contre cet héritage. Le lien, la parenté légitime ou prétendue à la famille Romanov, semble trop ténu. Espérons que de ce qui apparaît, pour le moment, comme une juxtaposition d’histoires disparates et inégales naîtra un portrait de famille, peu ordinaire.