Pourquoi la série «Maniac» est un délire de cinéphiles?

EASTER EGG La minisérie «Maniac», disponible depuis le 21 septembre sur Netflix, multiplie les références au 7e art...

Anne Demoulin

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Emma Stone et Jonah Hill dans «Maniac».
Emma Stone et Jonah Hill dans «Maniac». — Michele K. Short/Netflix

Un magasin de bonbons à destination des cinéphiles. Inspirée d’une série norvégienne, imaginée par le romancier Patrick Somerville et réalisée par Cary Joji Fukunaga, l’homme derrière la caméra de la saison 1 de True Detective, la minisérie en 10 épisodes, Maniac, disponible sur Netflix depuis le 21 septembre, est un trip aussi halluciné qu’hallucinant. Un voyage psychédélique au sein du 7e art…

La réunion de deux stars de cinéma

Les destins des deux protagonistes, Annie et Owen, sont étrangement liés, à l’instar de leurs interprètes, Emma Stone et Jonah Hill. Les deux stars se retrouvent réunies pour la première fois depuis SuperGrave de Greg Mottola, sorti en 2007.

Maniac raconte l’histoire d’Annie Landsberg (Emma Stone), jeune femme dépressive, et d’Owen Milgrim (Jonah Hill), en proie à des troubles paranoïaques et schizophrènes, qui participent à un essai pharmaceutique, mené par les docteurs James Mantleray (Justin Theroux) et Azumi Fujita (Sonoya Mizuno), supervisé par un superordinateur, inspiré par les travaux en psychologie de la mère de James Mantleray, le Dr. Greta Mantleray (Sally Fields).

Chaque prise de comprimé entraîne le spectateur dans des mondes parallèles, un voyage psychédélique dans les cerveaux, étrangement liés, d’Annie et Owen, qui n’est pas sans rappeler Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry. En jouant avec des mondes imaginaires, Maniac est une exploration de la psyché du cinéma.

Des mondes parallèles comme une anthologie du cinéma

Chaque prise de comprimé emmène le spectateur dans un autre univers. L’épisode 4 dans lequel Annie et Owen forment un couple qui vole un lémurien, est un hommage à Arizona Junior, le second film des frères Coen, sorti en 1987, dans lequel un couple (campé par Nicolas Cage et Holly Hunter) décide de voler un enfant aux heureux parents de quintuplés.

L’épisode 5 dans lequel Annie et Owen sont un couple d’escrocs qui participent à une séance au mystérieux manoir Neberdine dans les années 1940 est un pastiche d’un film noir des années 1940.

Dans l’épisode 7, nos deux héros vivent des aventures séparées, alors qu’Owen fait partie d’une famille mafieuse, qu’on dirait tout droit sortie d’un film de Quentin Tarentino, Annie se retrouve dans la peau d’un elfe tout droit sortie d’un film d’heroic fantasy. Impossible de ne pas songer au Seigneur des anneaux.

L’épisode 9 où Annie et Owen se retrouvent dans une histoire d’espionnage qui se déroule aux Nations Unies, est une parfaite carte de visite pour Cary Joji Fukunaga, le réalisateur du prochain James Bond. Le réalisateur s’amuse à pasticher ici le chef-d’œuvre de Stanley Kubrick, Dr Folamour.

De multiples références et clins d’œil au cinéma

La série est truffée de références cinématographiques. Dans le premier épisode, l’ordinateur rétro d’Owen et sa cabine des années 1990 ressemblent au bureau de The Matrix. Comme Neo, Owen entrera bientôt dans une nouvelle réalité.

Les McMurphy que redoutent tant les docteurs James Mantleray et Azumi Fujita font référence à Randall P. McMurphy, le héros campé par Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. L’ordinateur fait évidemment penser à Hal, la démoniaque machine de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Le minuscule portrait d’Owen, suspendu à côté du gigantesque portrait de famille, évoque l’univers de Wes Anderson.

De nombreuses références aux films de science-fiction des années 1980, d’abord avec l’ambiance rétrofuturiste générale de la série, des effets spéciaux en animatronique, le procédé phare de l’époque, mais aussi avec des indices visuels plus spécifiques. La table de la salle commune des cobayes est la copie de la table de dîner d’Alien. Les insignes des uniformes ULP ressemblent aux insignes Nostromo que portent les personnages d’Alien.

Dans le délire visuel de Cary Joji Fukunaga, il y a même de l’autocitation. Dans l’épisode final, on aperçoit un mug qu’on a déjà vu dans True Detective.

Maniac est un voyage, non pas dans les mémoires d’Owen et Annie, mais dans nos mémoires de cinéphiles devenus sériphiles. De quoi rendre fou les utilisateurs de Reddit !