Les «grotesques» rencontres du 3e type de «Coincoin et les z'inhumains»

OVNI Arte diffuse ce jeudi la suite de la série burlesque «P’tit Quinquin», avec toujours aux manettes le Nordiste Bruno Dumont…

Anne Demoulin
Bernard Pruvost et Alane Delhaye dans «Coincoin et les z'inhumains».
Bernard Pruvost et Alane Delhaye dans «Coincoin et les z'inhumains». — Roger Arpajou

Le p’tit Quinquin a grandi et se fait désormais appeler Coincoin. Fort du succès critique et public de sa série burlesque et jubilatoire P’tit Quinquin​, Bruno Dumont  est de retour pour une saison 2, intitulée Coincoin et les z’inhumains et diffusée à partir de ce jeudi à 20h55 sur Arte. L’occasion d’embarquer dans une nouvelle folle aventure policière, fantastique, existentielle et encore plus ovniesque.

Un étrange magma extraterrestre

Eul’pitch ? A l’approche du carnaval, le p’tit Quinquin, devenu Coincoin, fout toujours « eul’brin ! » dans son village du littoral boulonnais avec son copain l’Gros et son amoureuse Ève, qui l’a abandonné́ pour une fille, Corinne. Il découvre dans un pré de mystérieuses flaques puantes tombées du ciel. Un magma extraterrestre sur lequel l’improbable duo formé par le commandant Roger Van der Weyden et son fidèle Rudy Carpentier mène l’enquête, tandis que de nouvelles manifestations « inhumaines » surviennent. Le début de d’« apocalyssse » ?

« Il fallait trouver une histoire suffisamment farfelue et en même temps, qui parle du réel », a commenté Bruno Dumont à l’occasion d’une projection presse. Le réalisateur souhaitait emmener ses personnages dans « quelque chose de franchement exagéré, barré, et fantastique ». « Le mystère de cette sorte de “Glu”, l’élément extraterrestre, est venu très vite, il fallait que ça vienne d’ailleurs. Cet extraterrestre rayonne, il parle d’autrui et des autruis qui sont aussi là », explique le cinéaste.

Une caricature de notre regard sur les migrants

L’élément extraterrestre permet à Bruno Dumont d’interpeller le regard que l’on porte sur l’altérité. « La série est tournée dans les Hauts-de-France, et il y a une réalité politique, celle des migrants, que traverse le Nord, parce qu’ils sont là, estime le réalisateur. La série est traversée par un esprit de fantaisie, ce qui n’empêche pas la profondeur et la gravité. »

Et Bruno Dumont explore cette gravité par l’utilisation du grotesque : « Je pars d’une réalité et je grossis les traits. Cela permet de se voir mieux, de rire, de voir l’absurdité de certaines situations, leurs complexités, leur nullité, etc. On est à la limite de la bien-pensance, le grotesque me permet d’aller au-delà du bienséant. Moi ce qui m’intéresse dans ces questions-là, c’est le regard qu’on porte sur les migrants. » La série n’est pas sérieuse, mais dit des choses graves. « Ce qui m’intéresse, c’est montrer le ridicule », affirme encore le cinéaste.

Un carnaval de l’apocalypse

Et pour accentuer encore le comique grotesque, Bruno Dumont explore un thème cher au Nord, le carnaval. « Le carnaval, c’est l’inversion des valeurs, la transgression, c’est d’aller dans le désordre comme une soupape pour supporter l’ordre », explique-t-il. La série propose ainsi d’enlever nos masques et de regarder le genre humain avec toutes ses contradictions.

« On est des "z’inhumains", on est des humains, on a une partie inhumaine en soi, on peut être des monstres, mais on peut aussi être le contraire. Les "z’inhumains" ne sont pas forcément ailleurs, ils sont ici, et c’est ça que ça dit finalement », explique Bruno Dumont.

« L’élément extraterrestre a une sorte d’irradiation assez étrange et mystérieuse tout à fait passionnante sur autrui, sur l’autre, sur moi, sur l’ailleurs et sur la fin du monde, », considère-t-il. La dimension fantastique rayonne sur le carnaval de Coincoin et les z’inhumains qui devient « une façon grotesque de connecter le haut avec le bas, l’invisible avec le visible ». Et Bruno Dumont de nous emmener dans une sorte de Día de muertos aussi foutraque qu’irrésistible.