Freddie Highmore: «J'ai changé grâce à "Good Doctor", et j'espère que les spectateurs changeront aussi»

RENCONTRE La nouvelle série médicale, succès d'audience aux USA, débarque mardi soir à 21 heures sur TF1...

Propos recueillis par Vincent Julé

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Freddie Highmore est Shaun Murphy, un chirurgien autiste, dans la série «Good Doctor» sur TF1
Freddie Highmore est Shaun Murphy, un chirurgien autiste, dans la série «Good Doctor» sur TF1 — Sony Pictures Television

Du succès des Bracelets rouges à l’increvable Grey’s Anatomy, la série médicale ne s'est jamais aussi bien portée, et a su se renouveler. La preuve avec Good Doctor, surprise de la saison dernière aux Etats-Unis et événement de la rentrée sur TF1, qui met en scène un docteur autiste. Plus précisément, Shaun Murphy est un jeune chirurgien atteint du syndrome d’Asperger et du syndrome du savant. Son créateur n’est autre que David Shore, à qui l’on doit un autre (anti) héros, Dr House. Quant à son interprète, il s’agit de l’acteur anglais - et francophone - Freddie Highmore, vu dans Charlie et la chocolaterie, Arthur et les Minimoys et la série Bates Motel. 20 Minutes a réussi à obtenir une consultation avec lui.

A peine Bates Motel terminée, vous enchaînez avec Good Doctor, un autre rôle difficile, intense. Avez-vous hésité ?

Je me suis plutôt demandé : est-ce possible d’être plus chanceux ? Trois jours après la fin du tournage de Bates Motel, j’avais trouvé un nouveau projet, avec un personnage aussi profond et fascinant, et avec lequel je vivrai pendant plusieurs années. Quand j’ai lu ce que préparaient les auteurs, menés par David Shore, la décision a été facile à prendre.

Avez-vous eu peur de faire un mauvais portrait de l’autisme à l’écran, d’être contre-productif ?

Tous sans exception, nous avons tous ressenti une grande responsabilité. Je ne dirai pas que nous avions peur, mais je savais que le personnage me demanderait plus de recherches que n’importe quel autre. David Shore et moi avons eu beaucoup de conversations sur Shaun, sur comment son autisme se manifesterait en lui, à l’écran. Nous avons également échangé des articles, des livres, des documents, et nous avons un consultant sur le sujet à temps plein avec nous.

C’était très important de faire les choses bien. Mais « faire les choses bien » signifiait aussi ne pas oublier que cette histoire est celle d’un individu, de Shaun Murphy, et non celle de toutes les personnes atteintes d’autisme. Il y a cette phrase qui revient dans la communauté autiste : quand tu as rencontré une personne atteinte d’autisme, bah tu as rencontré une personne atteinte d’autisme. Cela a été libérateur, nous avions une infinie de possibilités pour lui, et pour les autres personnages.

Le rôle demande de l’investissement, de l’équilibre, restez-vous par exemple dans le personnage entre les prises ?

Tous les personnages vous affectent d’une manière ou d’une autre. Pour Shaun, je ne reste pas dans le personnage entre les prises, non, mais il a déjà déteint sur moi. Son optimisme rejaillit sur moi au quotidien, pas que je sois de nature pessimiste, mais j’ai quand même ce petit cynisme à l’anglaise (rires). Et Shaun m’aide à le tempérer, il fait de moi une meilleure personne. J’ai changé grâce à lui, et j’espère que les spectateurs changeront grâce à la série et aux questions qu’elle soulève.

Good Doctor est sur la manière dont Shaun évolue, change, s’adapte, mais également sur comment il affecte son entourage, comment il questionne nos idées reçues et notre vision du monde. Parmi les stéréotypes sur les autistes, il y a l’idée qu’ils sont inadaptés socialement, et c’est vrai que Shaun est en conflit avec la communication, les interactions, mais il est aussi très perceptif, il pose des questions d’ordre quasi philosophiques, et il a bien souvent raison.

Peut-on voir Shaun comme la réponse positive au docteur House ?

C’est plus une question pour David Shore, mais vous avez raison, et c’est aussi mon cas, après Norman Bates. A tuer des gens pendant cinq saisons, il était temps de les sauver (rires). Mais plus j’y réfléchis, plus je me dis que Shaun et House sont également assez proches, ils posent la même question : être le meilleur dans son boulot signifie-t-il être mauvais en relations humaines ? Si à première vue, Shaun apporte son génie médical à l’hôpital, il devient clair au fil des épisodes que c’est son optimisme, sa morale, qui va aider l’hôpital à être meilleur.

La série médicale est l’un des genres préférés du public, avez-vous déjà regardé Urgences, Grey’s Anatomy ou la nouveauté The Resident ?

Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir The Resident, j’ai bien sûr déjà vu des épisodes d’Urgences et Grey's Anatomy, mais vous savez quoi, cela va peut-être paraître idiot, mais j’ai du mal à me dire que Good Doctor est une série médicale. Même si nous passons nos journées dans un hôpital, et que nous sommes un formula show, l’histoire est vraiment portée par les personnages, le cas de la semaine est moins intéressant en lui-même que par les conséquences qu’il a sur les personnages.

Good Doctor participe également à plus de diversité à la télévision américaine.

Tout à fait. Le succès de la série vient aussi du fait que les gens se reconnaissent dans Shaun, je parle des personnes atteintes d’autisme, mais aussi de leurs proches, de tout individu qui s’est déjà senti différent, discriminé, ou qui n’a pas eu l’opportunité de prouver son potentiel. La série ne parle que de ça.

Prêt pour 15 saisons comme Urgences et Grey’s Anatomy ?

Ah ah, j’ai déjà survécu à la première. On peut se dire rendez-vous dans 15 ans ? Qui sait. Mais pour le moment, je peux vous dire que c’est le meilleur job du monde. Nous avons une saison 2 à faire, et nous allons tout donner. J’ai d’ailleurs pris des responsabilités cette année, j’écris le premier épisode de la saison, et je vais en réaliser un autre. J’aime être investi dans le processus de création.

De Jean-Jacques Annaud à Luc Besson, vous avez tourné avec plusieurs réalisateurs français.

C’étaient des expériences formidables. Vous pouvez ajouter Une grande année de Ridley Scott, même si c’était avec une équipe américaine, nous avons passé beaucoup de temps dans le sud de la France. J’y venais souvent avec mes parents en vacances. J’aimerais revenir, mais il faudrait que je trouve un projet en français, plutôt un film, car j’ai déjà mon compte à la télé avec Good Doctor. A moins que l’on organise un échange, que Shaun fasse un stage dans un hôpital français. En voilà une bonne idée.

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