VIDEO. «The Bold Type» saison 2, toujours plus féministe, politique et engagée dans l'Amérique de Trump

SERIE Les dixième et dernier épisode de la deuxième saison de « The Bold Type » a été diffusé mardi aux Etats-Unis et est disponible sur Amazon Prime Video. Gros plan sur une série qui capte l’air du temps et les préoccupations actuelles…

F.R.

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Sutton, Jen et Kat dans la saison 2 de «The Bold Type».
Sutton, Jen et Kat dans la saison 2 de «The Bold Type». — Freeform/Philippe Bosse

ALERTE SPOILERS ! Attention, cet article révèle des éléments clés des intrigues des saisons 1 et 2 de The Bold Type.

« Faire une bonne série, c’est amusant ! Faire une série où vous aimez votre personnage et vos partenaires, c’est encore mieux ! Faire une série qui fait bouger les choses, c’est la cerise sur le gâteau ! Cette série répond aux préoccupations actuelles. Nous avons eu la chance d’avoir un timing parfait », se réjouissait Melora Hardin lorsque 20 Minutes l’a rencontrée en juin au festival de télévision de Monte-Carlo.

La comédienne qui, dans The Bold Type, incarne Jacqueline Carlyle, la charismatique rédactrice en chef du magazine féminin Scarlet résume bien l’impression que laisse la saison 2, dont le dernier épisode a été diffusé mardi aux Etats-Unis et est visible en France via Amazon Prime Video.

 

Sous un emballage a priori léger, la série capte quelque chose de l’air du temps, de la génération des millenials et de la condition féminine. A travers ses trois héroïnes principales – Jen, la journaliste ; Kat, la community manager ; Sutton, l’assistante – tout autant collègues de travail qu’amies, la première saison diffusée durant l’été 2017 abordait principalement des thèmes liés aux relations amoureuses, à la sexualité et aux violences faites aux femmes, anticipant, sur ce dernier point, la libération de la parole des femmes dans la foulée du scandale Harvey Weinstein.

Tabous

Si les avis divergent, même au sein de 20 Minutes, sur la dimension féministe de The Bold Type, il convient de reconnaître qu’elle a traité de sujets rarement abordés (pour ne pas dire tabous) dans des séries grand public, à l’instar de la frigidité. Elle a aussi raconté une histoire d’amour lesbienne entre Kat, qui parvient peu à peu à assumer son homosexualité, et Adena, une artiste musulmane voilée – dont le visa arrive à expiration. Rien que le fait de montrer ces deux femmes s’embrasser revêt une portée politique certaine dans l’Amérique de Donald Trump.

La saison 2 diffusée cet été a changé de showrunner – Amanda Lasher (Gossip Girl) a succédé à Sarah Watson, partie en raison de « divergences créatives » - mais poursuit dans le sillon « engagé ».

The Bold Type est une série « engagée » dans le sens où la plupart des intrigues et sous-intrigues apparaissent comme des commentaires à l’actualité récente dont elles se font l’écho (le débat sur le port d’armes, le body positivism, le racisme…) ou comme des démonstrations pédagogiques sur des sujets aussi divers que la mutation génétique BCRA qui augmente le risque de cancers ou le concept de « privilège blanc », qui alimente un long échange entre Kat et Jen.

Loin de Sex and The City

Loin de la Carrie Bradshaw de Sex and The City, dont les chroniques apparaîtraient sans doute bien futiles aujourd’hui, Jen écrit ses articles en portant l’intime vers l’universel. Le scénario a tendance à lui faire effectuer le même cheminement à chaque nouvel article sur lequel elle travaille : elle part d’une idée de sujet qu’elle a du mal à développer en raison d’un cas de conscience ou d’un chamboulement personnel, puis trouve un nouvel angle en s’inspirant de son vécu et finit par raconter son expérience.

Par exemple, lorsqu’elle découvre que Sutton cache un fusil dans sa chambre, ce qui la révulse, elle ne parvient pas à rédiger un article sans parti pris expliquant le rapport qu’entretient son amie avec cette arme. Les relations entre les deux jeunes femmes se tendent et aboutiront à une vive dispute.

Jen fait alors progressivement son introspection et finit par signer un article plus nuancé intitulé « J’aime tout chez ma meilleure amie – sauf son fusil ». Sutton a quant à elle effectué entre-temps une remise en question personnelle en s’interrogeant sur son attachement à son arme… qu’elle a fait fondre et transformée en… boucles d’oreille.

« On voit leur amitié traverser des moments délicats lorsque leurs points de vue divergent », avançait Amanda Lasher en juin auprès de Variety au sujet des protagonistes de The Bold Type.

Et d’ajouter : « Mais au bout du compte, elles s’aiment, donc même lorsqu’elles sont en désaccord ou que quelque chose ne se passe pas bien, elles sont capables de s’accorder le bénéfice du doute. Elles ont une relation d’entraide très forte, tout en étant capables de s’en mettre plein la gueule de temps en temps. De la même manière que tous ces débats actuels bordéliques et compliqués, ces amies doivent naviguer dans tout ça, parce que c’est réel et conforme à ce qu’elles sont – et à ce que nous sommes. » Ou comment, là encore, la série délivre une leçon de vie à une Amérique divisée et dont le message fait aussi sens de notre côté de l’Atlantique.