VIDEO. «Sex and the City» fête ses 20 ans: Comment Carrie Bradshaw est devenue infréquentable?

COUP DE VIEUX « 20 Minutes » a revu « Sex and the City » vingt ans après... Résultat ? Carrie Bradshaw nous apparaît désormais comme antiféministe, biphobe, à la limite du racisme et de la grossophobie…

Anne Demoulin

— 

Sarah Jessica Parker dans la série «Sex and The City».
Sarah Jessica Parker dans la série «Sex and The City». — REX FEATURES/SIPA
  • La mythique série Sex and the City fête ses 20 ans.
  • Alors que Carrie Bradshaw passait pour une héroïne progressiste à l’époque, un téléspectateur de 2018 aura beaucoup de mal à adhérer à ce personnage.
  • A travers plusieurs exemples, nous montrons que la série brasse des clichés sexistes, racistes et homophobes.

Le 6 juin 1998 débarquait sur HBO la série Sex and the City. A l’époque, la célibattante new-yorkaise Carrie Bradshaw ( Sarah Jessica Parker) et ses amies, Samantha, l’attachée de presse nymphomane ( Kim Cattrall), Charlotte, la BCBG coincée (Kristin Davis), et Miranda, l’avocate psychorigide (Cynthia Nixon) chamboulaient la représentation de la femme à la télévision.

Ces héroïnes télé, les premières à discuter de sexualité féminine avec un ton aussi décomplexé, nous apparaissaient comme des modèles d’émancipation féminine, fortes et indépendantes. Alors que Friends fait grincer des dents bon nombre de millenials qui la jugent sexiste, grossophobe et homophobe, 20 Minutes a revu quelques épisodes de Sex and the City.

Et si Carrie Bradshaw était devenue aussi démodée qu’une paire de Manolo Blahnik de la saison passée ?

Carrie Bradshaw à la recherche du prince charmant

Que ce soit la carriériste Miranda, la célibattante Carrie, la femme libérée Samantha ou la BCBG Charlotte, le but ultime des héroïnes de Sex and the City est de trouver l’homme de leurs rêves. Carrie qui court en tutu après un taxi à la recherche de Mr Right (et devra se contenter de Mr Big), c’est une petite fille qui rêve de trouver le prince charmant. La série, et la quête personnelle et identitaire de Carrie, s’arrête avec ses retrouvailles avec Mr Big. Sex and the City véhicule donc, hélas, l’idéal patriarcal selon lequel la vie d’une femme n’est pleinement réalisée que lorsqu’elle trouve chaussure à son pied. Pire, tout au long des 94 épisodes de la série, Carrie tolère les comportements souvent irrespectueux de Mr Big, au nom de l’Amour avec un grand A. Les psychologues appellent ça de la dépendance affective.

Carrie Bradshaw subit les diktats de la beauté

Carrie, Charlotte, Miranda et Samantha sont esclaves des diktats de la beauté féminine. La minceur extrême est vitale pour les femmes de Sex and the City. Quand Miranda prend du poids à la suite de sa grossesse, elle frôle la crise existentielle. Quand Samantha prend du poids à la suite d’une période d’abstinence sexuelle, ses amies paniquent et lancent une remarque grossophobe : « Chérie, qu’est-ce que tu t’es fait ? » Les femmes dodues, à l’exception d’une femme noire, sont absentes de la série. Sex and the City impose la vision du corps de la femme standardisé.

Carrie Bradshaw est une victime de la mode

L’amour du shopping fait partie de la personnalité de Carrie, mais son obsession pour les Manolo Blahnik et les belles fringues prend régulièrement des proportions démesurées. Quand elle rencontre Bill Kelley, le maire de New York (John Slattery), Carrie révèle qu’elle se fiche de la politique et n’a jamais mis un bulletin dans l’urne.

Son bureau de vote le plus proche ? Sans doute, celui qui est « à côté de chez Barney’s », affirme-t-elle. La série véhicule ainsi l’idée qu’une garde-robe bien fournie préoccupe bien plus les femmes que la politique. Dans le premier film Sex and The City, Mr Big montre à Carrie son nouveau dressing parce que c’est bien évidemment un placard géant qui rend les femmes heureuses et épanouies…

Carrie Bradshaw, une femme pas si libérée

Certes, en parlant des sex toys et de plaisir féminin, Sex and the City a été pionnière, mais Carrie Bradshaw n’est pas la femme libérée que l’on croit. Même si la libertine Samantha Jones est convaincue que les femmes « peuvent faire l’amour comme les hommes » et chérit sa liberté sexuelle, Carrie se demande « A partir de combien de partenaires, c’est trop? ». Pire encore, dans un épisode, elle s’interroge :   « Sommes nous romantiquement défiées ou sommes nous des salopes ? ». Carrie véhicule le poncif qu’une femme qui collectionne les aventures est une catin, tandis qu’un homme qui multiplie les conquêtes est un Don Juan.

Carrie Bradshaw est étroite d’esprit

Si l’homosexualité masculine est présente dans Sex and the City grâce au meilleur ami de Carrie, Stanford, elle y est souvent montrée de façon caricaturale. Carrie n’est pas du tout ouverte d’esprit quand il s’agit d’homosexualité féminine et de bisexualité.

Quand elle découvre que Samantha a une relation avec Maria, une artiste brésilienne, elle lui balance : « Tu te lèves un jour et pouf tu te réveilles en devenant lesbienne ? ». Et de poursuivre avec un commentaire douteux : « Figurez-vous que je suis une chaussure. J’ai toujours voulu en être une et voilà, c’est le cas ! »

Dans l’épisode « Boy, Girl, Boy, Girl » (saison 3, épisode 4), la célèbre chroniqueuse a une aventure avec Sean, un jeune bisexuel. « Ce qui était bizarre, c’est qu’il était complètement ouvert à ce sujet. Genre : “Salut, je suis bisexuel” comme s’il disait “Salut, je viens du Colorado” », commente-t-elle à cette occasion. « Quand est-ce que cela est arrivé ? Quand est-ce que les sexualités sont devenues si confuses ? », déplore-t-elle. Avant d’entériner un gros cliché : «Je ne suis même pas sûr que la bisexualité existe, je pense que c’est juste une escale sur le chemin de Gay Town ». Une vraie biphobe !

Carrie Bradshaw fait des blagues racistes

Il y a vingt ans, les médias américains reprochaient déjà à Sex and the City son manque de diversité. La comédie de HBO n’est absolument pas représentative du cosmopolitisme de la Grosse Pomme. Dans un seul et même épisode, Samantha parvient à dire : « Il n’y a pas de blancs, de noirs ou que sais-je, il n’y a que des conquêtes » et à évoquer la « grosse bite de noir » de son partenaire. De son côté, Carrie s’amuse régulièrement à imiter l’accent ghetto… Malaise.

Si à sa sortie en 1998, Sex and the City est apparu comme un produit progressiste, vingt ans après, il faudrait sérieusement avoir abusé des Cosmopolitan pour trouver Carrie Bradshaw fréquentable.