Series Mania: «Sur "Game of Thrones", on repousse les limites à chaque épisode», confie Jeremy Podeswa

INTERVIEW Le réalisateur de l’incroyable final de la saison 7 de « Game of Thrones » a évoqué son métier et ses souvenirs de tournage de la saga de HBO à « 20 Minutes » dans le cadre de Séries Mania…

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Kit Harington et Kristofer Hivju (Jon Snow et Tormund Giantsbane) dans la saison 7 de la série «Game of Thrones».
Kit Harington et Kristofer Hivju (Jon Snow et Tormund Giantsbane) dans la saison 7 de la série «Game of Thrones». — HBO

Le viol de Sansa, la résurrection de Jon Snow et le final de la saison 7 avec l’incroyable dragon de glace, c’est lui. Le réalisateur canadien Jeremy Podeswa, qui a mis en scène six épisodes des sept premières saisons de Game of Thrones, est l’un des invités du festival Séries Mania, qui se déroule à Lille jusqu’au 5 mai.

Six Feet Under, Band of Brothers, The Newsroom, True Detective ou encore Boardwalk Empire, Jeremy Podeswa est l’un des réalisateurs fétiches de HBO. On lui doit aussi la réalisation de quelques épisodes des meilleures séries de la concurrence : Dexter, The Walking Dead, Nip/Tuck, Homeland ou encore The Handmaid’s Tale. L’homme au CV long comme le bras a expliqué à 20 Minutes comment il réussissait à s’épanouir artistiquement en tant que réalisateur d’épisodes de séries.

 

Le réalisateur canadien Jeremy Podeswa.

 

Comment êtes-vous devenu réalisateur de séries ?

Je dirais presque par accident ! C’est quelque chose que je n’avais pas prévu. J’ai commencé par écrire et par réaliser des films indépendants. Après mon second film, on m’a proposé de tourner quelque chose pour la télévision, quelque chose d’assez unique à l’époque, Six Feet Under. C’était une série télé, faite comme un film indépendant : avec la voix très forte d’un auteur, un ton et une structure inhabituels. Je me suis dit : « On peut faire ça à la télé ! C’est incroyable ! » HBO m’a donné la possibilité de mettre en scène des choses que je n’aurais jamais pu faire autrement. Mes films étaient des drames très personnels contemporains et là, on me demandait de réaliser une épopée dans la Rome antique avec Rome ou une grande série complexe sur la seconde Guerre Mondiale comme The Pacific. La gamme des choses qu’on m’a proposées était tellement excitante, je me suis donc laissé embarquer sur ce chemin sans avoir prévu d’y aller.

Comment choisissez-vous les projets sur lesquels vous travaillez ?

Le choix dépend de avec qui je vais travailler et du matériel. Je choisis des séries sur des sujets qui m’intéressent ou si la grammaire visuelle est excitante. Il m’arrive aussi d’accepter de travailler avec des personnes que j’admire et respecte vraiment comme Alan Ball pour Here & Now, Terence Winter pour Boardwalk Empire ou David Benioff et D. B. Weiss pour Games of Thrones. Ces gens sont brillants, coopératifs et ont beaucoup à offrir. Travailler avec eux est une expérience créative heureuse.

Comment réussit-on à s’intégrer au sein de l’équipe d’une série déjà constituée ?

C’est quelque chose que l’on apprend avec le temps. C’est précisément le boulot d’un réalisateur de série, de savoir s’adapter et d’être flexible. Il faut s’adapter aux acteurs, aux techniciens, à une nouvelle façon de filmer, une nouvelle grammaire visuelle. Pour m’intégrer, j’essaye de mettre les gens à l’aise. Cela nécessite un peu de finesse et de patience. J’essaye de les connaître et leur demande : « Comment aimez-vous bosser ? », « Comment je peux vous aider ? ». Je dis toujours que ce n’est pas un métier pour tout le monde ! Il faut savoir filmer, mais aussi avoir de la psychologie. Au début, ça me rendait nerveux, avec le temps, je me dis : « OK, voyons voir ce qui va se passer ». Après, on fonce !

Quelles sont vos marges de liberté et de créativité sur une série ?

Je bosse avec des gens très sophistiqués qui attendent de moi de l’innovation. Ils veulent que j’apporte quelque chose de frais et de nouveau à la série et pas que je sois l’esclave d’un modèle. Mon travail ne consiste évidemment pas à détruire l’ambiance de la série mais je peux apporter du neuf, chercher les limites tout en respectant son identité. Chaque épisode comporte de nouveaux challenges, scènes, lieux de tournages. Le showrunner constitue les fondations de la série, mon rôle est de les secouer un peu. Sur Game of Thrones, on repousse les limites à chaque nouvel épisode. On se doit d’être au point, parce qu’on prend mille décisions par jour.

En parlant de « Game Of Thrones », pourquoi ne réalisez-vous aucun des épisodes de la dernière saison ?

A l’origine, il ne devait y avoir que sept saisons de Game Of Thrones. HBO a décidé de diviser en deux la septième saison, soit 13 épisodes. J’ai travaillé sur les sept premiers, du coup, je n’ai pas eu le temps de travailler sur les six derniers. Vous savez, chacun des six derniers épisodes est vraiment conçu comme un grand film !

Quel est votre meilleur souvenir sur le tournage de « Game of Thrones » ?

Il y en a tellement ! C’est difficile d’en choisir un. Vous tournez une scène incroyable dans un lieu splendide et vous êtes juste content d’être en vie, ou alors vous assistez à une scène magnifiquement interprétée et vous vous sentez privilégié.

Des directeurs de la photo aux acteurs en passant par les costumiers, les gens qui bossent sur "Game of Thrones" ont un tel niveau d’expertise, que souvent, il m’arrivait de les regarder et juste d’être content de faire partie de cette équipe. »

Et votre pire souvenir ?

On a aussi souvent galéré sur cette série parce qu’on s’est retrouvé souvent dans la neige, la boue et le froid glacial. Et là, on se dit : « Qu’est-ce que je fous là ? ». Je me souviens d’une scène sur un pont avec Euron Greyjoy qu’on a tournée à l’extérieur de Belfast. Il faisait terriblement froid et on ne s’entendait pas bosser à cause des machines à vent et à pluie. On était tous dans un état pitoyable. Finalement, la scène est incroyable ! Et c’est pour atteindre ça qu’on se force à bosser dans des conditions épouvantables.