«Casa de Papel» saison 3: «On va connaître les liens entre Berlin et le Professeur», promet le créateur Álex Pina

INTERVIEW « 20 Minutes » a tiré les vers du nez au créateur de la série phénomène espagnole « La Casa de Papel » pour savoir ce que nous réserve la saison 3…

Anne Demoulin

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Álex Pina, le créateur de «La Casa de Papel» au Forum Series Mania à Lille le 2 mai 2018.
Álex Pina, le créateur de «La Casa de Papel» au Forum Series Mania à Lille le 2 mai 2018. — A. Demoulin/20 Minutes
  • Álex Pina, le créateur de La Casa de Papel, aété invité par Séries Mania dans le cadre du forum européen des projets, un lieu où se rencontrent les créateurs et les décideurs de l’industrie pour créer les meilleures séries européennes de demain.
  • Le créateur espagnol a «toujours aimé l’idée d’un braquage parfait».
  • Il a accepté de dévoiler quelques éléments de la saison 3, actuellement en préparation. 

Le Forum de Séries Mania est le lieu où se rencontrent les créateurs et les décideurs de l’industrie pour créer les meilleures séries européennes de demain. C’est là que 20 Minutes a pu rencontrer Álex Pina, le créateur de La Casa de Papel, la série en langue non-anglaise la plus regardée dans le monde sur  Netflix, selon Ted Sarados, le responsable Contenus de la firme de Los Gatos. Alors que Netflix vient d’annoncer une saison 3, on a essayé de lui tirer les vers du nez pour en savoir plus. Attention spoilers !

Comment est née l’idée de La Casa de Papel ?

J’ai toujours aimé l’idée d’un braquage parfait, mais on avait déjà tout volé ! On avait volé des diamants, de l’or, de l’argent… Il fallait donc penser à quelque chose de nouveau. On a réfléchi et on est remonté à l’endroit où se fabrique l’argent : la maison de la monnaie. L’idée de départ est née comme ça.

La Casa de Papel est un phénomène partout dans le monde, sentiez-vous que vous teniez un succès ?

Non ! Je n’ai jamais eu la perception qu’on pouvait avoir un tel succès ! On a créé cette série pour une chaîne espagnole. Et puis, il s’agissait de reproduire pour la télévision un genre cinématographique connu mais avec un temps beaucoup plus long. Cent trente-six heures de braquage, c’est long ! La chaîne avait peur que les téléspectateurs s’ennuient ! On avait beaucoup de problèmes à gérer avant même de commencer à songer à un succès de cette ampleur.

Les personnages de La Casa de Papel chantent Bella Ciao, la série a-t-elle une dimension politique ?

On a voulu faire un divertissement où le message politique apparaissait de façon subliminale. On ne voulait pas le mettre trop en évidence. Mais comme ça se passe là où la monnaie est fabriquée, le Professeur évoque la fabrication de la Monnaie, le Mouvement 15-M, la crise en Espagne et en Europe. A travers les personnages et le vol, il y a une évocation du scepticisme, qui existe dans le monde entier, vis-à-vis des banques centrales et des gouvernements. Ce scepticisme apparaît dans beaucoup de pays qui vivent la déception du système comme le Brésil, l’Argentine, l’Espagne et aussi l’Italie, mais on n’a pas voulu le rendre manifeste.

La Casa de Papel a été conçue comme une série bouclée, comment avez-vous abordé l’écriture de la saison 3 ? Écrivez-vous en ce moment ?

On a effectivement réalisé une série bouclée. Quand Netflix a vu le succès et le potentiel exponentiel de cette série, alors qu’il n’y avait pas eu de campagne de publicité au départ, ils nous ont demandés une saison 3. On a dit qu’il fallait y réfléchir parce que ce n’est pas évident. Nos héros sont partis dans des paradis avec des sommes astronomiques dans les poches. Comment faire pour créer quelque chose de cohérent ? Il fallait un moteur, une raison émotionnelle pour tous les réunir. Il fallait aussi trouver pour le braquage un fait encore plus énorme que celui de la maison de la monnaie. On a pris quelques mois pour réfléchir. On leur a parlé de notre idée et ils ont adoré. On pense qu’on fait quelque chose de cohérent. Nous sommes en train d’écrire en ce moment, et le tournage est prévu pour l’automne.

Que pouvez-vous nous dire sur cette troisième saison ?

Il va y avoir quelques flash-back avec des retours sur certains événements de la saison 2 et des faits qui se sont produits bien avant aussi. Il y a aussi des éléments et des personnages complètement nouveaux et différents. On garde donc plusieurs niveaux de temporalités, on creuse le passé et fragmenter le temps comme dans les saisons passées.

En saura-t-on plus sur les liens exacts qui unissent Berlin et le Professeur ?

Vous verrez ça dans la troisième saison ! Oui, on va connaître les liens entre Berlin et Le Professeur. Il y aura des retours dans différents niveaux du passé avant l’attaque. Cela permettra aux spectateurs qui connaissent les personnages de mieux comprendre ce qui s’est passé avant et d’y voir plus clair sur la relation entre Berlin et le Professeur.

Netflix vous a laissé carte blanche ?

Ils sont ravis de poursuivre cette aventure. Ils n’ont pas promu la série au départ mais ils veulent nous laisser toute liberté pour que cette série reste identique à elle-même. Ils sont aussi là pour nous aider, nous expliquer ce qui marche et comment conserver l’ADN de la série tout en faisant quelque chose de différent mais avec autant de force.

Avez-vous plus de pression en écrivant cette saison 3 ?

Effectivement ! Quand on produit pour l’Espagne, on peut s’attendre à 3 millions de téléspectateurs, mais Netflix compte 125 millions d’abonnés. Plus que le nombre de personnes, ce qui met surtout la pression est de ne pas décevoir le public qui a vu les saisons précédentes. Il s’agit de rouvrir une série bouclée, qui a eu beaucoup de succès. Le nouveau public, c’est important, bien sûr, mais les fans de la première heure, qui ont tellement aimé la série et ses personnages, nous importent beaucoup. On veut garder cette force.

Depuis La Casa de Papel, recevez-vous reçu beaucoup de propositions de Hollywood ?

Oui ! On vit dans une véritable bulle explosive où toutes ces séries supplantent le cinéma et la littérature. Hollywood est à l’affût de tous les talents qu’ils peuvent trouver avec la mondialisation. On est, bien sûr, sollicité par les Etats-Unis. Il va falloir avancer avec énormément de prudence.