Homosexualité: Dans «Fiertés», Philippe Faucon filme le moment où la vie intime devient un combat

AFFIRMATION La série d'Arte raconte trente ans de lutte pour les droits homosexuels au travers la trajectoire intime d’un homme, Victor…

Anne Demoulin

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La minisérie de Philippe Faucon, «Fiertés» suit le destin de Victor (Benjamin Voisin ici dans le premier épisode, puis Samuel Theis dans les épisodes 2 et 3)
La minisérie de Philippe Faucon, «Fiertés» suit le destin de Victor (Benjamin Voisin ici dans le premier épisode, puis Samuel Theis dans les épisodes 2 et 3) — Arthur Farache Sauvegrain-Scarlett Production Arte
  • La minisérie de 3X52 minutes, Fiertés, diffusée ce jeudi sur Arte raconte quelque trente ans de lutte pour les droits homosexuels au travers le destin d’un homme, Victor.
  • Cette série a été réalisée et coécrite par Philippe Faucon, récompensé par le César du meilleur film en 2016 pour Fatima.
  • Au-delà de l’homosexualité, la série questionne la filiation et la transmission.

Un mot pluriel pour une histoire singulière. La minisérie de 3X52 minutes, Fiertés, diffusée ce jeudi sur Arte, raconte quelque trente ans de lutte pour les droits homosexuels au travers le destin d’un homme, Victor (Benjamin Voisin puis Samuel Theis, vu notamment dans Un village français) et des siens. A la différence de 120 Battements par minute, la fiction de Philippe Faucon, dont le beau Fatima reçut en 2016 le César du meilleur film, n’est pas une grande fresque du militantisme politique mais s’attache à raconter l’intime lorsqu’une vie, pour être vécue, devient un enjeu social et politique.

Trois épisodes, trois lois, trois droits…

Trois épisodes pour trois lois : celle de 1982 qui dépénalise l’homosexualité après l’élection de François Mitterrand, celle de 1999 sur le PACS et celle de 2013 sur le mariage pour tous. « Ce principe existait dès le traitement initial écrit par José Caltagirone et Niels Rahou », explique Philippe Faucon.

« On a eu l’idée de Fiertés après les événements de 2013 autour du mariage pour tous. Cela transcendait la sphère publique et politique. C’était très violent personnellement pour beaucoup d’homosexuels de voir une partie de la société s’élever, protester, se réunir, perdre du temps à marcher dans la rue, et lutter contre des droits qui devaient être acquis par tous », souligne le coscénariste Niels Rahou.

« La loi Taubira a fait l’objet de 9.000 amendements et de 136 heures de débat. La loi Veil, à titre de comparaison, a fait l’objet de quelques centaines d’amendements et de 30 heures de débats », rappelle Philippe Faucon. « Il y avait quelque chose de pertinent dans le fait de rappeler cette histoire au travers une fiction et l’évolution d’un couple d’hommes », estime Philippe Faucon.

… Pour trois moments d’un récit intimiste

Le récit se construit en trois actes, autant de moments cruciaux de la vie de Victor. « Cette série parle de la famille et de l’homosexualité en tant qu’identité, de ce parcours qu’on traverse pour essayer de devenir quelqu’un, assumer et se révéler en tant que personne », détaille Samuel Theis.

Avec la question de l’homosexualité, celle de la filiation traverse toute l’œuvre. Le premier épisode se concentre sur les premiers émois de Victor, son coming out et la difficulté pour son père, Charles (Frédéric Pierrot), chef de chantier éclairé qui vote François Mitterrand, à accepter l’homosexualité de son fils.

« Charles se croit ouvert, porteur d’une histoire, de traditions de luttes, de reconnaissances de droits. Il porte en réalité un certain nombre de préjugés dont il n’a pas conscience », considère Philippe Faucon. « On n’avait pas envie de stigmatiser la famille catholique aisée. L’homophobie n’a pas de foyer établi. Il y a un contraste entre les idéaux de cette famille et la réaction de Charles », raconte le coscénariste José Caltagirone. « La façon dont Charles réagit en 1981 est encore la manière dont beaucoup de pères réagissent en 2018, rappelle Niels Rahou. Charles n’est pas un méchant, mais un parent qui a peur pour son enfant ».

« C’est avant tout une histoire de famille et une histoire d’amour », souligne José Caltagirone. Celle de Victor et de Serge, joué par Stanislas Nordey. « Serge est une ligne claire dans la série, mais il porte par ailleurs cette ombre en lui qu’est la maladie », note ce dernier. De son côté, « Victor est pétri de contradictions. Il est homosexuel, a envie de s’assumer et a plutôt envie de rester invisible. Il n’est pas un militant dans l’âme et ne se retrouve pas dans les positions politiques de son compagnon », raconte Samuel Theis. La caméra du réalisateur, toujours posée à bonne distance, capte alors l’essence de toutes ces Fiertés non-dites, celles qu’éprouve un père pour son fils, un fils pour son père ou d’un compagnon pour son conjoint. Une minisérie poignante, subtile et sincère.