Series Mania: «Personne ne croyait dans "Dix pour cent"», se souvient Dominique Besnehard

INTERVIEW »20 Minutes» a rencontré le créateur et producteur de «Dix pour cent», Dominique Besnehard, qui fait aussi une apparition dans un épisode inédit de «Capitaine Marleau»...

Propos recueillis par Anne Demoulin

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Dominique Besnehard sur le tapis rouge du festival Series Mania.
Dominique Besnehard sur le tapis rouge du festival Series Mania. — Sarah ALCALAY/SIPA
  • Dominique Besnehard, ancien agent des stars, est à l’origine de la série Dix pour cent, qu’il produit.
  • Il est aussi à l’affiche d’un épisode inédit de Capitaine Marleau présenté à Séries Mania.
  • Il prépare actuellement deux nouvelles séries.

Sa vie professionnelle a inspiré l’agence fictive artistique ASK. Dominique Besnehard, agent des stars, délégué général du Festival du film francophone d'Angoulême est à l’origine de la série Dix pour cent, qu’il produit également. Cette figure incontournable du petit et du grand écran a foulé le tapis rouge du Festival Series Mania à Lille où il est notamment à l’affiche, en tant qu’acteur, d’un épisode inédit de Capitaine Marleau intitulé Double jeu. L’ancien imprésario le plus emblématique de France a discuté séries autour d’une table ronde avec une poignée de journalistes, dont 20 Minutes.

Que pensez-vous du festival Séries Mania ?

Il y a deux festivals de séries en France et j’ai opté pour celui de Laurence Herszberg. Elle a lancé Séries Mania il y a huit ans à Paris et elle est légitime. Je suis très content que cet événement se déroule à Lille parce que j’adore cette ville. Franchement, on ne va pas tout donner à la même ville ! Cannes a déjà le Festival International du Film et le MipCom. De là à ce qu’ils me volent mon Festival du film francophone d’Angoulême ! Je trouve que ce qu’ils ont fait est presque illégitime…

Comment expliquez-vous l’appétence du public pour les séries ?

Les gens peuvent désormais voir les séries quand ils veulent et au rythme qu’ils souhaitent sur plein de supports différents, comme l’a rappelé Laurence Herszberg lors de la cérémonie d’ouverture. Vous allez me dire, le cinéma aussi, mais je pense que les gens ont envie d’addiction.

Ça ne tient pas que sur le mode de consommation mais aussi à la qualité des histoires, non ?

Les histoires qu’on raconte aujourd’hui sont peut-être plus innovantes, plus violentes aussi. La façon de filmer a évolué aussi. Ce qu’on a un peu perdu en France, ce sont les adaptations de grandes œuvres comme Le Comte de Monte-Cristo de Josée Dayan. Il manque sur le service public de séries de prestige sur le patrimoine. Il y a eu longtemps des adaptations de Maupassant et on s’est dit : « On en a trop vu » et là, il n’y a plus rien du tout.

Assiste-t-on à une défaite de l’écriture en France ?

On trouve des acteurs, des metteurs en scènes, des techniciens, mais pour les auteurs, c’est plus difficile. J’ai un projet de série sur le monde de la nuit et les danseuses, j’avais trouvé un auteur que l’on n’a pas gardé parce que ce n’était pas assez fort.

Les Français manquent d’audace ?

Un manque de talent. Vous savez pour Dix pour cent, Fanny Herrero et toute son équipe sont très cultivés : ils ont une culture cinématographique et télévisuelle et le sens du dialogue. Il faut continuer sur le patrimoine et innover dans les sujets traités. On a mis sept ans pour Dix pour cent parce que personne n’y croyait. On me disait : « C’est une série pour les bobos, ça n’intéressera jamais la France profonde ». Aujourd’hui, je ne fais pas un pas dans une ville de province sans qu’on me parle de Dix pour cent. Je n’ai jamais baissé les bras, comme je ne baisserai pas les bras pour cette série sur le monde de la nuit. J’aimerais aussi faire une série sur l’Europe qui s’appelle Bruxelles, ma belle que m’a amenée une jeune scénariste. Pour le moment, on me dit : « Pourquoi parler de l’Europe alors que les gens n’aiment pas l’Europe ».

De plus en plus d’acteurs de cinéma jouent dans des séries…

Quand j’étais agent, les acteurs qui faisaient des séries étaient très mal vus, on ne les prenait pas au cinéma. A l’époque, il s’agissait de feuilletons qui duraient comme Julie Lescaut ou Les Cordier, juge et flic. Ces programmes populaires manquaient peut-être un peu de surprise, bien que, j’ai été l’agent de Véronique Genest et certains épisodes de Julie Lescaut étaient vraiment audacieux avec des enquêtes assez fouillées. L’Amérique est venue avec des séries comme Friends et Desperate Housewives. Et aujourd’hui, on a toujours un peu de retard… Mais aujourd’hui, un acteur en France qui a une série est presque plus heureux qu’avec un film d’auteur. Il a raison parce que les films d’auteur sortent dans peu de salles.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans l’épisode inédit de Capitaine Marleau présenté à Séries Mania ?

Josée Dayan, c’est comme ma sœur. Je l’adore, je la trouve absolument unique ! Elle me l’a proposé parce que quand j’étais son agent, j’ai tourné avec elle. Elle me disait : « Comme ça tu seras obligé de venir me voir sur le tournage ! ». C’est comme ça que je me suis retrouvé dans Les Misérables. Et puis Capitaine Marleau est un phénomène énorme. Ma mère qui a 95 ans regarde Je lui ai demandé : « Pourquoi ? ». Elle m’a répondu : « Parce que j’ai l’impression de voir Bourvil ». Corinne Masiero a son phrasé, on sent ses origines du Nord. On ne respecte malheureusement plus les accents. Fernandel avait l’accent du midi mais dans Plus belle la vie, personne n’a l’accent Marseillais ! Je pense que ça touche les gens.

Comment s’est passé le tournage avec Corinne Masiero ?

Elle est démente ! C’est une femme très chaleureuse. J’ai tourné deux scènes seulement. Elle m’a dit : « Tu sais, moi, j’improvise mais je terminerai par la réplique écrite et tu pourras dire ton texte ». Je me suis bien amusé !

En parlant de caméo, qui verra-t-on dans la saison 3 de Dix pour cent ?

Jean Dujardin, Monica Bellucci, Béatrice Dalle, Gérard Lanvin et Isabelle Huppert. Julien Doré et JoeyStarr reviennent également.

Dix pour cent est devenu « the place to be » pour les acteurs français…

La première saison, ça a été un peu compliqué. La deuxième, ça s’est bien passé. Pour la troisième, ça n’a pas été compliqué non plus à part avec une actrice dont je tairais le nom. Il faut beaucoup d’autodérision pour jouer son propre rôle. Béatrice Dalle et Monica Bellucci ont vraiment montré un grand sens de l’humour sur elles-mêmes. Au final, on a vraiment un casting très fort. C’est plus facile depuis que Dix pour cent est diffusé sur Netflix parce que tout le monde la voit. Et souvent, les acteurs ont des amis américains qui leur parlent de leur participation. La série va aussi être adaptée au Québec sous un titre provisoire que j’aime beaucoup Les Anges gardiens.

Que pouvez-vous dévoiler sur cette saison 3 ?

Je peux dire qu’il y a un accouchement dans l’agence. Andrea est tombée enceinte dans une soirée un peu chaude où ils étaient trois… Et vous découvrirez qui est le père du bébé !