«Mad Men», «Twin Peaks», «Game of Thrones»... Les génériques de séries livrent leurs secrets dans un documentaire sur Canal+

DOCUMENTAIRE Il n'y a jamais eu autant de séries et donc de génériques, et Canal+ leur consacre un documentaire passionnant jeudi soir à 21h55...

Propos recueillis par Vincent Julé

— 

Image extraite du générique culte de la série «Mad Men»
Image extraite du générique culte de la série «Mad Men» — AMC

En VHS, DVD ou sur Netflix, tout le monde l’a déjà fait. Après dix-huit épisodes de Friends, ou deux de House of Cards, on zappe le générique que l’on connaît par coeur. « Par coeur. » De par son effet de répétition et de préliminaire, le générique fait partie intégrante d’une série, et du rapport que le téléspectateur entretient avec elle, qu’il brille par sa quasi-absence (Lost, This is Us) ou qu’il soit une oeuvre à part entière (Game of Thrones, True Detective). Après les fins de séries, le journaliste spécialisé Olivier Joyard leur consacre son nouveau documentaire, complet et passionnant, diffusé jeudi à 21h55 sur Canal +. Il en livre quelques secrets pour 20 Minutes. Ne zappez pas.

Un générique, ça existe encore ?

« Il peut paraître en danger à l’ère du binge watching et des plates-formes de streaming, mais il n’y a jamais eu autant de séries et donc de génériques. On ne les voit pas toujours, surtout lorsqu’ils se limitent à un carton ou qu’ils peuvent être ignorés, mais ils sont encore bien vivants. Un documentaire aurait pu être fait à la grande époque des génériques de Mad Men et Dexter, c’est vrai, mais je ne pense pas qu’il y ait de bon ou mauvais moment pour réaliser un documentaire sur les séries, qui restent, selon moi, sous-analysées en France. »

Un générique, c’est l’esprit d’une série

« Dans les années 80, il fallait encore qu’il y ait les personnages, les interprètes, les symboles forts de la série, le tout sur une musique pop entraînante. Mais c’est devenu plus libre, plus métaphorique. Comme le dit une de mes intervenantes, une universitaire, dans une séquence que j’ai dû couper : le générique a un « effet de seuil », selon la formule consacrée du critique Gérard Genette. A l’instar des couvertures de livres, il s’agit d’une porte d’entrée, une préparation, des préliminaires. Sa fonction est de rendre compte des grandes thématiques d’une série, de son esprit, que ce soit les douze secondes vertigineuses de Lost, ou le générique trippant de Halt and Catch Fire. Votre cerveau est refaçonné, vos défenses tombent, c’est le moment des retrouvailles. »

Un générique, c’est aussi de la musique

« De James Newton Howard sur Urgences à Angelo Badalamenti pour Twin Peaks, de grands compositeurs et artistes ont travaillé sur les génériques de séries. Mais il y a aussi des artisans, moins connus mais tout aussi essentiels, comme Snuffy Walden à qui j’ai donné la parole et une guitare. Il a signé les musiques d’A la Maison Blanche et Friday Night Lights, deux séries cultes. Il explique par exemple comment un morceau composé pour le troisième épisode d’A la Maison Blanche est devenu au final le thème de la série.

Quant à Friday Night Lights, elle est intimement associée à sa musique, et par extension à celle du film originale, composée par le groupe Explosions in the Sky. Lorsque la journaliste américaine Mo Ryan a commencé à m’en parler, j’ai eu l’idée de lui faire écouter en direct. Cela donne ce moment émouvant, qui montre qu’un générique devient une trace, une évocation, où le son est aussi, voire plus important que l’image. »

Un générique, c’est un objet politique

« The Wire s’intéressait à une facette différente de l’Amérique à chaque saison, et son générique s’en faisait écho en évoluant d’une année à l’autre, et en mélangeant des images de la série et des images d’archives. La série Transparent est aussi une revendication politique et sociale avec son personnage trans.

Or, le réalisateur du générique est lui-même trans, et a profité de l’occasion pour revenir sur la présentation des trans depuis les années 60. Il mélange images de la série, d’actualité mais aussi de sa propre vie. Le générique occupe sa fonction de pur générique, mais peut-être aussi vu comme un petit film, une archive. Un générique nous rappelle qui sont les créateurs, qui a le pouvoir. »

>> A lire aussi : Il rejoue des génériques de séries télé cultes à la guitare