Adèle Haenel « devrait saisir la justice », selon la ministre de la Justice, Nicole Belloubet

VIOLENCES « La justice nous ignore, on ignore la justice », avait expliqué l’actrice

20 Minutes avec AFP

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Adèle Haenel au Festival du film d’Angoulême 2019
Adèle Haenel au Festival du film d’Angoulême 2019 — Lionel GUERICOLAS/MPP/SIPA

« La justice nous ignore, on ignore la justice. » C’est avec ces mots qu'Adèle Haenel a expliqué pourquoi elle ne portera pas plainte contre le réalisateur Christophe Ruggia, qu'elle accuse d'« attouchements » et de « harcèlement sexuel ». Interrogée sur France Inter, la Garde des Sceaux Nicole Belloubet affirme que l’actrice « devrait saisir la justice » : « Elle a tort de penser que la justice ne peut pas répondre à ce type de situations. Je pense au contraire, surtout avec ce qu’elle a dit, qu’elle devrait saisir la justice, qui me semble être en capacité de prendre en compte ce type de situations ».

La comédienne de 30 ans s’est longuement confiée à Mediapart sur des faits d’agression sexuelle sur mineure, lorsqu’elle était âgée de 12 à 15 ans, qui ne sont pas prescrits. Elle a aussi expliqué n’avoir jamais songé à porter plainte, regrettant « une violence systémique faite aux femmes dans le système judiciaire », et estimant la justice « doit se remettre en question pour être représentative de la société ». Mme Belloubet a rappelé que le gouvernement tente de faciliter le dépôt de plainte, « notamment en permettant aux femmes de déposer plainte dans les hôpitaux, en permettant la plainte en ligne ».

« Il y a une nécessité de poser la question à la justice »

Les accusations de l’actrice ont provoqué la radiation immédiate de Christophe Ruggia de la Société des réalisateurs de films (SRF). L’intéressé, avec qui Adèle Haenel a tourné son premier film Les Diables, a reconnu par le biais de ses avocats une « emprise involontaire » en tant qu’adulte et metteur en scène, mais « nie catégoriquement » les accusations de violences sexuelles.

Dans ce contexte, « il y a presque une nécessité de poser cette question à la justice, pour que les choses soient traitées clairement et objectivement », a insisté la ministre Belloubet. « Elle en sortira renforcée et la situation de la personne qui est mise en cause également », a-t-elle assuré, tout en jugeant « difficile » que le parquet se saisisse de lui-même de l’affaire.