Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia d’« attouchements » et de « harcèlement sexuel » dans une enquête de Mediapart

VIOLENCE FAITE AUX FEMMES Adèle Haenel a joué dans le film « Les Diables » de Christophe Ruggia, elle avait 12 ans

V. J.

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Adèle Haenel, César de la meilleure actrice, le 20 février 2015.
Adèle Haenel, César de la meilleure actrice, le 20 février 2015. — B.GUAY/AFP

Pas d’effet #MeToo dans le cinéma français ? Après les accusations de viol de Sand Van Roy contre Luc Besson, une autre actrice prend la parole. Adèle Haenel accuse Christophe Ruggia, réalisateur du film qui l’a révélée Les Diables, de « harcèlement sexuel » et « d’attouchements », lorsqu’elle était âgée de 12 à 15 ans, dans une longue enquête de Mediapart. La comédienne multi-césarisée y raconte « la honte », « la colère », l’apaisement « pour traverser tout cela », puis la colère à nouveau, « plus constructive », après avoir vu le documentaire Leaving Neverland sur Michael Jackson.

Dénoncer le système de silence

« Je suis vraiment en colère, raconte-t-elle à Mediapart. Mais la question, ce n’est pas tant moi, comment je survis ou pas à cela. Je veux raconter un abus malheureusement banal, et dénoncer le système de silence et de complicité qui, derrière, rend cela possible. La poursuite du silence était devenue insupportable, le silence joue toujours en faveur des coupables. » Adèle Haenel dénonce ce qu’elle « considère clairement comme de la pédophilie et du harcèlement sexuel », de l'« emprise » du cinéaste sur le tournage des Diables aux «attouchements sur les cuisses, le torse», et «les baisers forcés dans le cou» qui ont suivi et auraient eu lieu dans l’appartement du réalisateur et lors de festivals. Elle avait alors entre 12 à 15 ans, et lui entre 36 et 39 ans.

« La justice nous ignore, on ignore la justice »

L’actrice des Combattants et de Portrait de la jeune fille en feu ne va pas porter plainte devant la justice, une justice qui selon elle « condamne si peu les agresseurs » : « La justice nous ignore, on ignore la justice. » Contacté par Mediapart, Christophe Ruggia a fait savoir par l’intermédiaire de ses avocats qu’il « réfutait catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d’attouchement sur cette jeune fille alors mineure ».