Affaire Harvey Weinstein: L'avocat du producteur va plaider pour l'abandon des poursuites

JUSTICE Selon son avocat Ben Brafman, de graves erreurs ont été commises par un détective chargé de l’enquête...

20 Minutes avec AFP

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Hervey Weinstein le 9 juillet 2018 devant la cour suprême de New York.
Hervey Weinstein le 9 juillet 2018 devant la cour suprême de New York. — AFP

Harvey Weinstein peut-il s’extirper des griffes de la justice ? C’est ce que va essayer de faire son avocat Ben Brafman en plaidant jeudi, devant le juge de Manhattan, pour l’abandon des poursuites contre l’ex-producteur de cinéma. Selon lui, de graves erreurs ont été commises par un détective chargé de l’enquête. Accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles par plus de 80 femmes, dont Angelina Jolie ou Ashley Judd, Harvey Weinstein a beau assurer que tous ses rapports sexuels étaient consentis, il est devenu l’incarnation des abus perpétrés impunément par des hommes de pouvoir, dénoncés par le mouvement #MeToo.

Abandon d’un chef d’accusation

Mais depuis son inculpation en mai puis juillet pour des fellations forcées en 2004 et 2006 et pour viol en 2013, sur trois femmes différentes, son avocat, parmi les plus aguerris du barreau new-yorkais, a marqué des points. En octobre, Ben Brafman a obtenu l'abandon d'un des six chefs d'inculpation : celui correspondant à la plainte de Lucia Evans, une ex-aspirante actrice qui affirmait que Weinstein l’avait contrainte à une fellation en 2004. Les procureurs ont renoncé à poursuivre cette accusation, après qu’il est apparu qu’un détective chargé de l’enquête n’avait rien dit aux procureurs d’un témoignage contredisant le récit de Lucia Evans aux policiers, celui d’une amie qui l’avait entendue dire qu’elle avait en fait accepté la fellation pour obtenir un rôle.

Des messages effacés

Brafman fait valoir que le détective, Nicholas DiGaudio, a commis d’autres erreurs. Il a notamment suggéré à une autre accusatrice, Mimi Haleyi, qui accuse Harvey Weinstein de fellation forcée en 2006, d’effacer de son téléphone portable les messages potentiellement embarrassants pour elle, contrairement aux instructions des procureurs. L’accusation aurait aussi manqué de divulguer à la défense de très affectueux messages envoyés à Weinstein par Mimi Haleyi après son agression supposée, introduisant le doute sur un rapport forcé.

Un dossier affaibli ou toujours solide ?

Mais selon les procureurs, l’accusatrice a bien remis tout le contenu de son portable aux enquêteurs, et les erreurs du détective, écarté depuis, ont affecté uniquement le cas de Lucia Evans. Quant aux e-mails, ils soulignent que rien ne les obligeait à les dévoiler à la défense à ce stade. Il n’empêche : depuis octobre, beaucoup spéculent sur l’affaiblissement du dossier des procureurs, les mêmes qui furent obligés de jeter l’éponge face à Dominique Strauss-Kahn - également défendu par Ben Brafman - dans l’affaire du Sofitel en 2011.

Pour Bennett Gershman, professeur à l’université Pace et ex-procureur, c’est précisément pour éviter une contamination des autres chefs d’inculpation que les procureurs ont renoncé à poursuivre les accusations de Lucia Evans. Selon lui, il ne fait « aucun doute » que le juge maintiendra les poursuites. Le parquet dispose toujours d’un dossier « solide » avec les deux accusatrices restantes, quels que soient leurs échanges avec Weinstein après leur agression. Ben Brafman se battra alors pour empêcher l’accusation de citer comme témoins d’autres femmes disant avoir subi les assauts sexuels d’Harvey Weinstein, mais ayant renoncé à le poursuivre au pénal.