Mort de la reine Elisabeth II : Une reine devenue icône de la pop culture, « but why » ?

EMBLEME Mode, musique, films, séries, objets dérivés… Comment la reine Elisabeth II a savamment construit son image d’icône de la pop culture au cours de son long règne ?

Anne Demoulin
« La reine Elizabeth II du Royaume-Uni » par Andy Warhol, 1985, dévoilée lors d'une vente aux enchères de la maison Phillips, à Londres, en juin 2022.
« La reine Elizabeth II du Royaume-Uni » par Andy Warhol, 1985, dévoilée lors d'une vente aux enchères de la maison Phillips, à Londres, en juin 2022. — James Veysey/Shutterstock/SIPA
  • La reine d’Angleterre, Elisabeth II, est décédé ce jeudi à l’âge de 96 ans, après soixante-dix ans de règne.
  • Des Sex Pistols aux Simpson en passant par The Crown, la monarque a inspiré de nombreux artistes.
  • Aux côtés de James Bond et Paddington, elle a participé elle-même à la construction de son image d’icône de la pop culture.

Une des rares figures reconnaissables dans le monde entier s’est éteinte ce jeudi ! Pendant les soixante-dix ans de son règne, on a vu le visage d’Elisabeth II sur des timbres, des pièces de monnaies, des billets de banque, à la télévision, mais aussi sur des tableaux d’ Andy Warhol, la pochette du single God Save the Queen des Sex Pistols en 1977, les affiches de The Crown de Netflix, d’innombrables tee-shirts et même des capsules de champagne ! Comment une souveraine aussi traditionnelle que la reine d’Angleterre est-elle devenue une icône de la pop culture ?

Elisabeth II, reine de la télévision

L’histoire de sa Majesté est intimement liée à l’évolution des médias. Le couronnement de la jeune Elisabeth II, le 2 juin 1953, le premier à être diffusé en intégralité en direct, fut premier événement majeur à être diffusé internationalement à la télévision. De nombreux téléviseurs furent achetés ou loués pour l’occasion. Depuis le Royaume-Uni, la France, le Danemark, les Pays Bas et la RFA, son couronnement marque la naissance de l’Eurovision. Dans les heures qui suivent, l’enregistrement est envoyé par avion dans d’autres pays, notamment au Canada, aux États-Unis et en Australie.

Un pari gagnant pour la nouvelle souveraine, puisque près de 20 millions de Britanniques - soit 40 % de la population en 1953 - suivent la cérémonie sur le petit écran, en noir et blanc, sur la BBC. L’accession au trône d’Elisabeth II est suivie par 277 millions de téléspectateurs dans le monde, entre le direct, le différé et la retransmission au cinéma.

Elisabeth II, soucieuse de l’image de Buckingham, a savamment contrôlé ses relations avec les médias durant les sept décennies de son règne. Elle a su, à la manière des Daft Punk, se faire rare pour créer l’événement à chacune de ses apparitions à la télévision.

Hormis ses traditionnels messages de Noël, elle n’a tenu un discours officiel qu’à cinq reprises durant son règne : en 1991 pour la première Guerre du Golfe, en 1997 lors du décès de Lady Diana, à l’occasion de la disparition de sa mère en 2002, lors de son jubilé en 2012, et enfin en plein cœur de la pandémie en avril 2020.

Elisabeth II, muse des artistes

La reine a posé pour plus de 175 portraits durant son règne. Elle a pris la pose devant des artistes comme Cecil Beaton, Lucian Freud et Annie Leibovitz. Lorsqu’elle fait la couverture de Vanity Fair pour son 90e anniversaire en avril 2016, prenant la pose avec ses chiens devant l’objectif d’Annie Leibovitz, le prestigieux magazine réalise sa 3e plus grande vente de l’année. Alors que les autres membres de la famille royale font la une des tabloïds, l’image et la parole de la souveraine restent épargnées.

Les portraits les plus connus de sa Majesté demeurent ceux réalisés par le pape du pop art, Andy Warhol, en 1985, où l’artiste a utilisé une photographie officielle de la monarque qu’il a retravaillée, à l’instar d’une autre icône, Marilyn Monroe. L’artiste Jamie Reid a représenté la monarque avec une épingle à nourrice sur la lèvre et des croix gammées à la place des pupilles.

Elisabeth II a aussi inspiré les musiciens de son royaume ! Sir Paul McCartney a avoué dans un documentaire avoir eu jeune un petit crush pour sa Majesté. Les punks Sex Pistols ont utilisé son effigie et hurlaient « God Save The Queen ». De nombreuses chansons ont été écrites sur la reine, souvent peu respectueuses, comme celle du groupe de rock alternatif The Stone Roses, Elisabeth My Dear, sorti en 1989, dans lequel ils clamaient qu’ils « ne connaîtront pas de repos tant qu’elle n’aura pas perdu son trône ». Dans le clip de U Don’t Know Me, le groupe de musique électronique britannique Basement Jaxx, imagine une Queen délurée, qui sort dans un club de strip-tease.

Elisabeth II, souveraine de la fiction

Il est crucial pour l’unité du royaume que la monarque n’exprime jamais ses opinions, du coup, personne ne connaît vraiment ses pensées. Elisabeth II est donc une sorte de toile aussi vierge que mystérieuse sur laquelle les scénaristes peuvent broder au gré de leurs envies.

Au cinéma, c’est la performance d’Helen Mirren dans The Queen de Stephen Frears, qui reste, à ce jour, la plus impressionnante et vaut à l’actrice l’Oscar de la meilleure actrice et la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise. Elle apparaît aussi petite fille incarnée par Freya Wilson dans le biopic sur le roi George VI, le père d’Elisabeth II, Le Discours d'un roi. Sarah Gardon joue aussi la jeune Elisabeth dans A Royal Night Out en 2015. Samantha Bond interprète la reine dans le documentaire The Queen and I en 2018.

La reine Elisabeth a inspiré de nombreux films parodiques : Jeannette Charles, un de ses plus célèbres sosies, l’incarne en 1988 dans Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? Neve Campbell prête ses traits à la monarque dans Churchill : The Hollywood Years. Elle est sauvée par les Charlots dans Bons baisers de Hong Kong en 1975 et caricaturée dans le désopilant Austin Powers dans Goldmember en 2002, dans Les Profs 2 en 2015,

Elisabeth II a aussi fait une apparition remarquée dans le film de Steven Spielberg, Le Bon Gros Géant. Elle est aussi au casting du film Les Minions, le spin-off de Moi, moche et méchant. La Reine a été croquée dans Royal Corgi, dessin animé sur ses adorables toutous ! La monarque saute dans des flaques de boue dans le dessin animé culte pour enfants Peppa Pig.

Last but not least… La vie d’Elisabeth II a inspiré les showrunners. Dans The Crown, qui porte sa vie à l’écran de son mariage à nos jours, elle est campée par Claire Foy pour les saisons 1 et 2, par Olivia Colman, récompensée pour son interprétation, pour les saisons 3 et 4 et enfin par Imelda Staunton pour les saisons 5 et 6. Emma Thompson campe la reine Elisabeth II dans la série d’anthologie Playhouse Presents en 2012.

Sa Majesté est aussi apparue à plusieurs reprises dans la série américaine Les Simpson, notamment dans un épisode où Homer, emboutit son carrosse au palais de Buckingham.

Sur scène, enfin, c’est Kristin Scott Thomas qui interprète Elisabeth II dans la pièce de théâtre londonienne The Audience en 2015.

Elisabeth II, égérie de la mode

A la manière d’un Karl Lagerfeld, elle a savamment construit son style vestimentaire pour créer une silhouette identifiable entre toutes. Ses ensembles et ses chapeaux colorés ont une raison d’être. La reine Elisabeth II était petite et devait lors de ses apparitions publiques être visible par tous ses sujets.

Elle a longtemps été habillée par des couturiers travaillant directement pour la famille royale britannique, comme Hardy Amies, qui a créé la plupart de ses tenues depuis son couronnement en 1952 jusqu’à la retraite du créateur en 1989, mais également de Norman Hartnell ou Angela Kelly. Le look si particulier de la reine a inspiré de nombreux créateurs bien plus célèbres, comme Stella McCartney, Chanel, Thierry Mugler, Givenchy, ou encore Christian Dior.

Monnaies et timbres ne suffisent pas… La figure de la reine a fait l’objet d’une longue série d’objets dérivés : puzzle, mug, parapluie, boite à biscuits, produit vaisselle, stylo, etc. Tout y est passé, à une exception près, tout objet destiné à être sali comme les bavoirs et autres torchons. Une manne pour l’économie britannique. Il existe même une Barbie chez Mattel à l’effigie de Queen Elizabeth II et la monarque trône avec sa figurine Pop ! de chez Funko parmi les superhéros Marvel, héros de Star Wars, et autres Harry Potter.

Elisabeth II, icône de la pop culture

Sa Majesté est source inépuisable de mèmes et autres Gifs sur Internet. Après avoir vu son image détournée pendant des années, la reine a pris les devants à la fin de son règne, faisant montre d’une bonne dose d’autodérision.

En 2012, elle participe à la surprise générale à un sketch à l’occasion de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres dans lequel elle donne la réplique à Daniel Craig. Entourée de bien-aimés corgis à Buckingham, elle salue James Bond. « Bonsoir, M. Bond », lance-t-elle, avant que le couple fasse semblant de monter dans un hélico et de survoler Londres pour sauter en parachute dans le stade olympique.

Plus forte encore est la vidéo surprise qu’elle avait réservée à ses sujets pour son jubilé de platine en juin dernier : elle avait tourné une petite vidéo où on la voit prendre le thé avec le célèbre et maladroit ours Paddington. Battant la mesure avec sa cuillère en argent sur sa tasse en porcelaine, elle donnait ainsi le coup d’envoi au concert géant devant le palais de Buckingham.

Dans cette séquence, assez émouvante et particulièrement maligne, en faisant face, d’égale à égal, à l’emblématique figure de la littérature enfantine britannique, la reine parachevait la construction de sa légende. Elle s’imposait alors en magistrale icône de la pop culture, au service, bien sûr, de sa Majesté.