« Thierry Mugler-Couturissime » : Une exposition en mode spectaculaire aux Musée des Arts décoratifs

MODE Quarante années de créations toutes plus folles les unes que les autres sont présentées dans une exposition immersive jusqu’au 24 avril 2022

Clio Weickert
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Thierry Mugler s'expose au musée des Arts Décoratifs de Paris.
Thierry Mugler s'expose au musée des Arts Décoratifs de Paris. — MAD Paris, Christophe Dellière
  • Du 30 septembre au 24 avril 2022, le Musée des Arts Décoratifs de Paris présente l’exposition « Thierry Mugler-Couturissime ».
  • La rétrospective met en lumière la folle créativité du couturier mais aussi son sens du spectacle, dans tous les sens du terme.

Votre vie manque de paillettes ? Un petit tour au Musée des Arts Décoratifs à Paris pourrait vous apporter une bonne dose de strass et de folie. Jusqu’au 24 avril, l’établissement propose de (re) découvrir le pays imaginaire de Thierry Mugler. Un monde aussi beau que mystérieux, extravagant, kitsch parfois, et peuplé de femmes à écailles et à plumes, de silhouettes carrossées, d’armures robotiques ou de parures fétichistes.

S’il y a un mot pertinent pour décrire cette rétrospective intitulée Thierry Mugler-Couturissime, c’est bien « spectaculaire ». Un terme défini ainsi par Le Larousse : « Qui frappe la vue, provoque l’étonnement par quelque aspect exceptionnel. » A peine entame-t-on le parcours, pensé comme les différents actes d’un opéra, qu’on en prend plein les yeux. Des créatures hybrides accueillent le visiteur aux sons de piaillements d’oiseaux. Dans la première pièce trône l’impressionnante et élégante Chimère et sa robe fourreau faite d’écailles peintes à la main et d’une traîne de crins de cheval. A ses côtés se dressent d’autres tenues conçues à la fin des années 1990 et inspirées du monde animal et des insectes : ici des robes ornées de majestueuses ailes de papillons, là des tailleurs d’où s’échappent des pattes reptiliennes brodées de cristaux.

Chaque pièce met en lumière une thématique différente, collection aquatique, faille spatio-temporelle robotique, trip de carrosseries automobiles… Le dédale de galeries montre la richesse et les multiples inspirations de l’univers Mugler. Ses créations sont à la frontière de la haute couture et du costume. Si la maîtrise des coupes et le travail d’orfèvre qu’ont nécessité certaines pièces sautent forcément aux yeux, l’expo sublime surtout la capacité de chacune de ces silhouettes à donner vie à un personnage et à un récit. « Thierry Mugler est un inventeur virtuose de formes, narrateur d’histoires fantastiques, baignées de visions futuristes et de connaissances artistiques profondes, où se mêlent le constructivisme russe et le Hollywood des années 1940 », explique ainsi Olivier Gabet, le directeur du musée, dans le catalogue de l’exposition. Le styliste a le sens du spectacle, dans tous les sens du terme.

Le « défilé-spectacle » et le clip-défilé

Créateur de sa propre maison de couture jusqu’en 2002, Manfred T. Mugler tel qu’il se nomme depuis, a aussi été danseur classique professionnel au ballet de l’Opéra national du Rhin dans les années 1960, photographe de mode, réalisateur de courts-métrages et de clips, ou encore metteur en scène. D’autres vies, d’autres passions qu’il a entremêlé tout au long de sa carrière, lui permettant de repousser sans cesse les limites de la mode. En 1984, s’inspirant d’Issey Miyake, il organise le premier « défilé-spectacle » en Occident et bouscule les codes classiques de la présentation de vêtements. Plus de 6.000 spectateurs ont assisté à cet « opéra-mode » au Zénith de Paris où ont défilé 60 mannequins présentant plus de 350 tenues. « Irréductible à aucun autre modèle, Thierry Mugler offre un spectacle, mêlant toutes les sensations, l’image de silhouettes inoubliables, la musique, la mise en scène, une chorégraphie singulière », souligne Olivier Gabet.

Il fut également l’un des premiers à convier des guests sur ses podiums. Diana Ross, Sharon Stone ou encore Tippi Hedren sont venues porter ses tenues et enflammer ses shows. Il a aussi réussi le pari de télétransporter le monde des catwalks sur la scène musicale. En 1992, il a réalisé le célèbre clip Too Funky de George Michael, filmant un défilé et ses coulisses avec pour protagonistes les stars de l’époque comme Linda Evangelista, Estelle Lefébure ou Tyra Banks, mais aussi les actrices Rossy de Palma et Julie Newmar ou la mannequin trans Connie Girl. L’exposition dédie toute une salle à cette vidéo et aux tenues délirantes portées par les actrices et conçues par Mugler, à l’image du bustier-guidon de moto arboré par Emma Balfour.

De David Bowie à Lady Macbeth

Thierry Mugler-Couturissime met aussi l’accent sur les nombreuses collaborations du créateur avec le monde des arts. Loin de se cantonner au seul monde de la mode et de la haute couture, il a collaboré très tôt avec des artistes et fait vivre ses créations à travers leurs œuvres. En 1979 David Bowie a fait sensation avec l’une de ses robes sirène rose à paillettes dans le clip Boys Keep Swinging. En 1989, c’est Mylène Farmer qui apparaissait toute de Mugler vêtue pour la première tournée de sa carrière. Plus récemment, le créateur a conçu tous les costumes de scènes de Beyoncé pour sa tournée I Am… en 2009.

Sa créativité imprègne aussi l’univers du théâtre pour lequel il a signé les costumes de plusieurs spectacles. Une salle de l’exposition est ainsi dédiée à ses créations majestueuses pour La Tragédie de Macbeth de Shakespeare produite à la Comédie-Française en 1985. Les costumes font ici face à une œuvre numérique du concepteur et réalisateur québécois Michel Lemieux, qui projette Lady Macbeth et sa robe-cage au milieu de la pièce, offrant au visiteur une scène fantasmagorique. Spectaculaire !