Fashion Week de Paris : Angoisse, besoin de changer d'air... Des défilés qui nous rappellent à notre triste réalité

MODE Coronavirus oblige, les défilés de prêt-à-porter ont dû se dérouler virtuellement une nouvelle fois

C.W.
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Images extraites des défilés virtuels de la saison, Lanvin à gauche, Balmain en haut à droite, Dior en bas à droite.
Images extraites des défilés virtuels de la saison, Lanvin à gauche, Balmain en haut à droite, Dior en bas à droite. — CHINE NOUVELLE/SIPA et Capture d'écran de la chaîne YouTube de Balmain
  • Une nouvelle fois, la Fashion Week de Paris a dû se dérouler virtuellement à cause du coronavirus.
  • Les grandes maisons de couture comme Lanvin, Dior ou Balmain ont présenté leurs modèles à travers des vidéos.
  • Confinement, frustration, envie d’évasion… Ces shows virtuels en disent beaucoup sur ce que notre monde est devenu.

Confinés à répétition depuis un an et condamnés à vivre éternellement avec un bas de pyjama troué et une chemise pas trop froissée (pour tenter de rester digne lors des réunions Zoom), on en aurait presque oublié l’existence de la mode. Mais contrairement à notre joie de vivre, quelques battements de cœur la maintiennent encore en vie. La preuve, comme chaque année s’est tenu la Fashion Week parisienne, qui se clôture ce mercredi. Et à l’image des saisons précédentes, ce sont des shows virtuels qu’ont proposés les grandes maisons de prêt-à-porter.

Lanvin, Dior, Balmain ou encore Chanel, toutes ont présenté leurs collections automne-hiver 2021-22 à travers de longues vidéos, toutes plus sophistiquées les unes que les autres. Des écrins originaux qui mettent en valeur différemment les looks et les mannequins, mais qui en disent aussi beaucoup sur ce que nous sommes devenus, et sur le monde dans lequel nous vivons désormais. Et heureusement que les vêtements en mettent plein les yeux, car sinon ça fiche un peu le cafard…

La menace plane

A l’image du défilé virtuel de Givenchy, qui se déroule dans un monde sous-terrain, ténébreux et humide, couronné de passerelles métalliques. Tourné dans la grande salle vide du Paris Défense Arena, le show nous projette dans un univers de science-fiction où nul espoir n’est permis. Les mannequins y déambulent d’un pas vif et nerveux, cagoules intégrales sur la tête pour certains, longs manteaux de cuirs ou fausses fourrures oversize sombres pour d’autres. Les chaussures, massives, arriment les corps au sol. Quelques lueurs d’espoirs éclairent tout de même l’obscurité. Des robes en sequins et plumes, dans un esprit très Années folles, s’invitent en toute fin de défilée, comme des réminiscences de la vie d’avant.

Dans un tout autre délire, c’est à Versailles que nous convie Dior. Mais dans un Versailles esseulé, et de nuit. Des danseuses vêtues de costumes chair nous accueillent dans la forêt (flippante évidemment), et nous emmènent dans la galerie des glaces dont certains murs sont couverts d’épines. Rien que ça suffit à vous flinguer le moral, en vous rappelant subtilement que tout ce qui à trait à la culture ou au monde du spectacle sommeille dans une lourde obscurité. Côté look, les silhouettes mixent tenues sages d’écolières (col Claudine et socquettes) et détails un peu plus déglingues comme des cuissardes ou des bottes massives en cuir noir. Comme chez Givenchy, quelques belles robes vaporeuses et colorées viennent illuminer la fin du show, une note d’espoir probablement. Ou des fusées de détresse, au choix.

Besoin d’ailleurs

Une petite envie de changer d’air après tout ça ? Les créateurs y semblent prêts. Que ce soit chez Givenchy ou Balmain, on retrouve une panoplie de sacs de voyage en tout genre, sacs à dos ou valises classiques, aux formats XXL. De quoi tenir une semaine tranquille hors de chez soi, loin du périmètre du « un kilomètre ». Et c’est d’ailleurs la thématique centrale du défilé d’Olivier Rousteing pour Balmain, qui décline durant plus de 10 minutes le transport aérien et spatial. Ici les mannequins défilent sur des ailes d’avions, des rêves d’évasion et d’ailleurs plein la tête, bien décidés à exploser leur empreinte carbone…

Mais pas de bol, comme dans la vraie vie les appareils sont à l’arrêt, sur le tarmac ou parqués sous un hangar. Et ça nous rappelle forcément tous ces projets de voyage fichus en l’air depuis des mois et ces vols qu’on ne reprendra peut-être plus jamais. Optimiste, Olivier Rousteing finit par transposer ces mannequins habillés d’or et d’argent dans l’espace, loin du coronavirus. Mais il nous laisse sur Terre, avec nos pyjamas informes et nos vouchers en attente.

Envie de bamboche

Pour terminer ce tour d’horizons des frustrations, direction le monde de la fête, bannie elle aussi de nos vies pour une durée indéterminée. Dans une vague de nostalgie, Chanel nous invite alors dans les coulisses d’un cabaret, où les mannequins à franges retirent délicatement leurs grands manteaux avant de monter sur scène. L’ambiance y est intime et tamisée, bien loin des shows monumentaux au Grand Palais (actuellement en travaux), où y planter une forêt ou un supermarché géant était possible. Finalement ce n’est peut-être pas plus mal comme ça.

Enfin, du côté de Lanvin, à l’occasion de cette Fashion Week la maison a réalisé une petite vidéo de trois minutes, comme un clip, où une bande de jeunes gens pleins de vie, fait la fête dans un hôtel de luxe parisien. On y retrouve notamment le jeune rappeur de l’Essonne Luv Resval, et une apparition surprise de la chanteuse Eve. Tout ce petit monde s’éclate dans une chambre d’hôtel, près de la piscine ou encore dans une salle de réception, sur la musique de Gwen Stefani Rich Girl. Luxe, insouciance et festivités, de vieux souvenirs de l’ancien monde…