Mort de Pierre Cardin : Le couturier s’est fait une fortune grâce aux licences

ECONOMIE Le couturier français décédé ce mardi a autorisé pendant des décennies des fabricants à apposer son nom sur leurs produits en échange de « royalties »

F.R. avec AFP

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Pierre Cardin à Théoule-sur-Mer dans les Alpes Maritimes en 2008.
Pierre Cardin à Théoule-sur-Mer dans les Alpes Maritimes en 2008. — Valery HACHE / AFP

Dans Retour vers le futur, Marty McFly voyage dans le temps et rencontre celle qui est alors encore une adolescente et qui deviendra sa mère. Cette dernière ignore bien évidemment tout de l’identité du jeune homme et l’appelle « Pierre Cardin » parce qu’elle se fie à ce qu’elle a lu sur l’étiquette de son sous-vêtement. Dans le dialogue en version originale, Marty est en réalité rebaptisé « Calvin Klein ». Mais la traduction française reste pertinente : le couturier français décédé ce mardi a apposé son nom sur des vêtements, mais aussi sur des parfums, de la vaisselle, des meubles et des réveille-matin…

Pierre Cardin a, pendant des années, multiplié à outrance les accords de licences, c’est-à-dire qu’il a donné le droit à des fabricants et distributeurs d’apposer son nom sur leurs produits en échange de « royalties ». « C’est très difficile d’avoir un nom dans la mode. Alors quand on en a un, il faut en profiter », assumait-il l’an passé. A de nombreuses reprises, il avait affirmé que sa marque valait « un milliard ». « Il y a la ligne [couture] mais aussi 800 produits, et si vous demandez un million minimum par produit, ça fait déjà 800 millions », arguait-il en 2011.

Draps, eau minérale, nécessaire à couture…

Pierre Cardin a été un des premiers dans la mode, dès les années 1960, à se lancer sur le créneau des licences. Le couturier-homme d’affaires commence par les cravates et va bâtir au fil des ans un empire qui décline son nom à l’infini : chemises, draps, eau minérale, nécessaire à couture, lieux culturels, design, en passant par les dérivés du restaurant Maxim’s dont il était propriétaire.

« Je me suis étendu sur tous les domaines et mon nom a inondé le monde entier, grâce à mes licences qui assurent une vraie solidité à l’entreprise », mettait-il en avant. En mai 2019, il avait réuni 350 « licenciés » dans son célèbre Palais Bulles à Théoule-sur-Mer, près de Cannes, une résidence futuriste toute en rondeurs, et avait fait défiler pour eux une nouvelle collection de 150 modèles. « Chine, Argentine, Brésil, Mexique, Australie ou Corée : ces licenciés viennent du monde entier, car on est partout. Et ça peut surprendre mais je les connais tous », confiait-il alors.

Une fortune évaluée à 600 millions d’euros

Précurseur de la mondialisation, Pierre Cardin a misé très tôt sur l’Asie pour y développer ses licences : il a ainsi mis le pied en Chine dès 1978, devenant un des premiers investisseurs étrangers à s’implanter sur ce marché et aussi le premier couturier occidental à défiler à Pékin en 1979.

En 2009, la maison avait cependant revendu une partie de son empire en Chine (soit une trentaine de licences textile et accessoires) à des partenaires chinois pour 200 millions d’euros. En 2018, la fortune de Pierre Cardin était évaluée à 600 millions d’euros, selon le classement annuel établi par Forbes. « J’ai toujours été indépendant, j’ai toujours été le patron de ma maison. J’étais libre. Les autres c’était Arnault, Pinault. Je suis un self made depuis le départ », s’enorgueillissait Pierre Cardin en 2019.