Paris Design Week : Des goûts et des couleurs pour réenchanter nos intérieurs

DESIGN La Paris Design Week, qui débute ce jeudi, dresse un état des lieux du style à la maison et de ce qui a pu changer depuis le confinement

Stéphane Leblanc
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Les deux tendances du design en septembre 2020, l'une chaleureuse et extravertie (à gauche) avec les émaux de India Madhavi, l'autre plus épurée et introverti, comme cet intérieur signé Muuto
Les deux tendances du design en septembre 2020, l'une chaleureuse et extravertie (à gauche) avec les émaux de India Madhavi, l'autre plus épurée et introverti, comme cet intérieur signé Muuto — EMAUX DE LONGWY ET INDIA MADHAVI/MUUTO
  • La Paris Design Week, qui se présente comme un parcours dans un ensemble de showrooms et de galeries de la capitale, est maintenue en septembre, contrairement au salon Maison et objet.
  • C’est l’occasion de dresser un état des lieux du style à la maison.
  • Effet de la crise sanitaire, deux tendances s’opposent : l’une minimaliste et introvertie, l’autre plus chaleureuse et extravertie.

Et si on revenait à la maison ? Matrice protectrice pendant le confinement, bulle étanche face au danger de l’extérieur… la maison a aussi été vue comme l’endroit d’où s’échapper dès que le soleil a pointé le bout de son nez. Pour s’y sentir mieux, pour s’y sentir bien, des aménagements se sont faits, des tendances sont apparues, d’autres se sont renforcées, dont on peut avoir un aperçu à la Paris Design Week (du 3 au 12 septembre).

Ses 250 participants proposent gratuitement au public de découvrir des installations éphémères réalisées par des designers dans des lieux patrimoniaux, des lancements de nouvelles collections de mobilier dans des galeries et des showrooms qui mettent en lumière les grandes tendances de la maison.

Le monde d’après n’est pas pour aujourd’hui

Vincent Grégoire, directeur du style chez Nelly Rodi, les a débusquées pour 20 Minutes à quelques heures de l’ouverture de l’événement. Tout en restant prudent. « On rêve tous d’un nouveau monde, du monde d’après, mais on est encore englué dans le contexte, dans une sorte de monde d’avant, en pire, avec ses égoïsmes, ses accès de violence, ses incivilités… Alors que, pendant le confinement, il y avait plus de bienveillance parce qu’on avait peut-être visualisé notre finitude… »

Selon lui, le confinement a amplifié deux attitudes qui s’opposent. Mais qui parfois, aussi, se rejoignent et s’enrichissent. « La déco aujourd’hui, il faut surtout que ça ait du sens », souligne Vincent Grégoire, qui prévient que « le diktat des couleurs est bien moins fort qu’avant ».

La maison comme repli sur soi

« Cocooning », « nesting », « bunkering ». Ces notions qui font référence au cocon, au nid, voire au bunker, sont très conceptuelles, mais elles ont le mérite d’être imagées pour illustrer ce que Vincent Grégoire pointe comme un repli sur soi. « En période de crise, il y a ceux qui voient le verre à moitié plein, ou le verre à moitié vide », s’amuse l’analyste. Ceux pour qui le verre est à moitié vide ne cachent pas leur crainte de ce qui vient de l’extérieur. « Ils ont tendance à transformer leur intérieur en bulle protectrice, stérilisée, détoxifiée ». Ils privilégient une déco minimaliste, des formes pures, des bois clairs, des matières naturelles, tout ce qui filtre l’air et la lumière. En couleurs, c’est une palette de blancs, d’écrus, de teintes minérales, d’abricot, de vert amande…. Globalement, « le design scandinave leur convient parfaitement ».

La maison comme invitation au voyage

A l’inverse, ceux pour qui le verre est à moitié plein privilégient les matières rares et précieuses, les couleurs soutenues. « C’est toute une gamme de jaunes, d’oranges, de rouges, des bleus turquoise comme chez Sarah Lavoine, souligne Vincent Grégoire. Ce sont des gens qui sortaient beaucoup avant le confinement et qui veulent faire entrer ce qu’ils considèrent comme le meilleur du monde extérieur dans leur intérieur. »Ils voient la déco comme une invitation au voyage, un lieu de créativité. Ils vont privilégier les pièces uniques dénichées dans les brocantes ou chez les antiquaires, voire le do it yourself pour les plus dégourdis ou les fauchés.