Le « collier de téléphone », nouvel accessoire des jeunes, s’impose en France

WALK, WALK, FASHION BABY Ce nouveau produit, qui permet de porter son téléphone autour du cou, s’inscrit dans une tendance plus large du « tout à portée de main »

Alexis Patri

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Collier de smartphone de la marque Xouxou
Collier de smartphone de la marque Xouxou — Xouxou

« Je sais que c’est ridicule, mais je ne peux plus m’en passer. Je ne sais pas comment je faisais avant ! », rigole Fanny, 33 ans. Il y a quatre mois, elle a été séduite par le « collier de smartphone ». Soit une coque agrémentée d’anneaux où passe un cordon qui permet de porter son téléphone autour du cou. « Un produit en train de buzzer », selon Vincent Grégoire, spécialiste en comportement des consommateurs pour le bureau de tendances Nelly Rodi.

Après les retours en grâce de la sacoche, puis de la banane, c’est désormais son smartphone qu’il serait de bon ton de porter en bandoulière. « Smartphone necklaces », « collier de téléphone », « coque à cordon », « étui tour de cou »… En France, le produit n’a pas encore trouvé d’appellation fixe. Ce qui ne l’empêche pas de fleurir sur les tenues des jeunes actives branchées des grandes villes.

Un élément de pouvoir ostentatoire

Fanny plébiscite l’objet pour sa praticité. Plus besoin de sortir son téléphone de sa poche. Fini les écrans fissurés après une chute. « Il me permet d’avoir mon téléphone – dont j’ai tout le temps besoin pour le travail – en permanence à portée de main », explique la trentenaire qui travaille dans l’évènementiel. « Je suis plus réactive, même si je rate toujours des appels, nuance Lisa, qui utilise, elle, cet accessoire depuis novembre 2019. En portant mon téléphone en bandoulière, je le sens rarement vibrer. »

« Certes, je ne gagne qu’une seconde à chaque fois, reconnaît quant à elle Fanny. Mais je me sens plus proactive. C’est quand même un accessoire ultra-capitaliste… » réalise-t-elle, mi-amusée, mi-dégoûtée. Une remarque pas anodine. Sa version archaïque (le talkie-walkie ou le Nokia 3310 scotché au chatterton des techniciens du spectacle) était uniquement utilitaire. Sa version 2.0, dont le public est largement plus féminin, est symbole de disponibilité permanente et d’ultra-connectivité. « Le collier de smartphone permet de montrer son téléphone comme un élément de pouvoir, analyse Vincent Grégoire. En lui donnant en plus un côté bijou, avec des embouts dorés, un cordon passementé, des strass. » Pas étonnant donc qu’il séduise les jeunes actives de la com et des start-up.

Encore confidentiel en France, l’objet est bien plus populaire en Allemagne. Et notamment à Berlin, où est née Xouxou (prononcez « chouchou »), première marque à proposer ce type de produit en Europe et leader du marché sur notre continent. C’est sur le compte Instagram de l’entreprise que Lisa a découvert le collier de téléphone. Cette journaliste de 25 ans, qui travaille pour un magazine féminin, a craqué pour le « côté cool » de l’objet. Ses amies et collègues, d’abord dubitatives, lui demandent désormais conseil sur le modèle à acheter. Elle reconnaît qu’elle s’en achètera peut-être un nouveau modèle plus coloré cet été, pour aller avec ses tenues de la saison.

Les colliers de téléphone Xouxou sont nés en 2017, après que la créatrice de l’objet a commencé à en fabriquer pour ses amies. Au même moment, des produits comparables naissaient au Japon et en Corée. Dans ces deux pays, le succès est immédiat, mais se concentre principalement sur un public d’adolescents. La marque berlinoise ne se lance en France qu’en avril 2019, ce qui explique en partie une popularité bien plus naissante des colliers de téléphone de notre côté du Rhin.

« Kit de survie en jungle urbaine »

L’essor de ce produit s’inscrit dans une tendance plus large du « tout à portée de main », déjà bien installée sur les podiums de la Fashion Week. Au-delà des micro-sacs, grands succès notamment de la marque Jacquemus, on trouve de plus en plus d’objets mono produits à porter autour du cou. Comme l’étui à paquet de cigarettes de Saint Laurent, ou le porte-gourde de chez Jacquemus, à nouveau. « C’est une réaction en opposition à la tendance passée des it-bags imposants, qui étaient très encombrants et où l’on ne trouvait rien », observe Vincent Grégoire.

Porte-gourde Jacquemus / Sac en osier Miu Miu / Smoking Box Saint Laurent / Porte-cartes et portefeuilles Prada
Porte-gourde Jacquemus / Sac en osier Miu Miu / Smoking Box Saint Laurent / Porte-cartes et portefeuilles Prada - Jacquemus / Miu Miu / Saint Laurent / Prada

Selon ce chasseur de tendances, cette évolution est symbolique de l’envie des consommateurs de posséder « un kit de survie face à la jungle urbaine. Il faut avoir les mains libres, avec l’essentiel à portée de mains. » Pour Vincent Grégoire, l’inspiration ne vient pas seulement de l’uniforme des techniciens, mais aussi de la réutilisation des tours de cou de salons professionnels et des pochettes Air France pour enfants voyageant seuls. Il nous précise même que les années 1970 ont connu des précédents comparables : « les colliers-briquet, les colliers-stylo, les colliers-flacon de parfum… »

Cette tendance implique cependant un risque. Celui d’accumuler beaucoup, voire trop, de mini-bandoulières, à force de multiplier les tours de cou mono produits. Que les plus angoissés se rassurent, cela ne veut pas forcément dire tomber du haut de la falaise du style. Pour Vincent Grégoire, on reste dans la tendance puisqu’on « se rapproche de l’idée kit militaire et de l’imagerie de l’uniforme ». L’idée n’est certes pas très flatteuse pour la silhouette si l’on recouvre le tout de notre manteau d’hiver. Mais cet été pourrait bien être synonyme de séjour au fond du placard pour nos tote-bags et sacs à main.