Jean Paul Gaultier fait ses adieux à la haute couture ce mercredi

COUTURE L’enfant terrible de la mode a annoncé dans un court communiqué en fin de semaine dernière que son « grand défilé show haute couture » ce mercredi au Théâtre du Châtelet à Paris sera son « dernier »

20 Minutes avec AFP

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Dernier tour de piste pour Jean-Paul Gaultier
Dernier tour de piste pour Jean-Paul Gaultier — Anthony Behar/Sipa USA/SIPA

L’enfant terrible de la mode tire sa révérence ! Après cinquante ans de carrière, Jean Paul Gaultier a annoncé dans un court communiqué en fin de semaine dernière que son « grand défilé show haute couture » ce mercredi au Théâtre du Châtelet à Paris sera son « dernier ». Tout en promettant pour la suite un « nouveau projet » dont il est l'« instigateur ».

Ses défilés sortent toujours de l’ordinaire : transgressifs et joyeux, ils sont accompagnés de notes pleines d’humour et de jeux de mots pour décrire les tenues inspirées par les punks, le burlesque ou les transgenres, mais toujours parfaitement coupées.

« Gender fluide » avant l’heure

Jean Paul Gaultier offrait des shows où il invitait des « beautés différentes » comme la pin-up américaine Dita Von Teese ou l’actrice espagnole Rossy de Palma à jouer des mini-spectacles. « Body positive » et « gender fluide » avant l’heure, il a fait porter des jupes et maquillages aux hommes et bousculé le monde élitiste de la mode avec sa vision subversive de la beauté.

Il crée la révolution en étant l’un des premiers à faire défiler des mannequins seniors et des femmes en surpoids ou tatouées. Ainsi dans les années 1980, il passe une petite annonce dans le journal Libération : « Créateur non conforme cherche mannequins atypiques. Gueules cassées ne pas s’abstenir ».

« Provoquant. C’est son style »

Il est l’auteur de créations devenues cultes comme le bustier à bonnets coniques porté par Madonna, ou son célèbre pull marin et ses marinières, un souvenir de sa grand-mère « qui l’habillait en bleu ». Depuis ses premières collections, Gaultier a mélangé les genres, les sexes, les époques, la gouaille des rues populaires et la distinction des beaux quartiers : rappeuses chics, geishas délurées, cocottes corsetées et mâles en jupe et talons hauts.

« Jean Paul Gaultier avait 17 ans quand il est entré chez moi, je l’avais lancé, j’y croyais et j’y crois toujours. C’est le seul que j’aie un peu soutenu », se souvenait récemment Pierre Cardin dans une interview. « Je suis pudique dans ma mode, lui, il est plutôt provocant. C’est son style, c’est déjà beaucoup », ajoutait-il.

« Le père spirituel de beaucoup de couturiers »

Son spectacle autobiographique Fashion Freak show aux Folies Bergère a eu énormément de succès en 2018 et « lui a donné des perspectives d’un avenir », analyse l’historien de la mode Olivier Saillard. Jean Paul Gaultier a vendu sa maison au groupe catalan Puig en 2011 et a arrêté les collections du prêt-à-porter en 2015.

« Il disait que la mode a terriblement changé, qu’il est malmené (…) Il a travaillé cinquante ans, ce n’est pas rien, et des décennies entières il a guidé la mode. Il a été le père spirituel de beaucoup de couturiers », souligne Olivier Saillard qui salue l'« élégance » du geste du couturier mais déplore une perte pour la semaine de la haute couture. « Il continuera de construire les apparences mais sous une autre forme », assure-t-il.