« Wonder Boy » : « La reconnaissance que je cherche aujourd’hui va au-delà de ma popularité sur les réseaux sociaux », confie Olivier Rousteing

« 20 MINUTES » AVEC... Prodige de la mode et star d’Instagram, le « Wonderboy » Olivier Rousteing est au cœur d’un documentaire, en salles le 27 novembre, qui le montre à la recherche de ses parents biologiques, lui qui est né sous X il y a 33 ans

Propos recueillis par Stéphane Leblanc

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Olivier Rousteing dans son bureau chez Balmain
Olivier Rousteing dans son bureau chez Balmain — Romuald MEIGNEUX/SIPA
  • Tous les vendredis, « 20 Minutes » propose à une personnalité de commenter une actualité, dans le rendez-vous « 20 Minutes avec… »
  • Le jeune directeur artistique de la maison Balmain se livre sans fards dans un documentaire « Wonder Boy, Olivier Rousteing, né sous X », qui sort au cinéma le 27 novembre.
  • La réalisatrice Anissa Bonnefont le suit pendant deux ans dans la recherche de ses parents biologiques.
  • Né en 1986, le styliste aux 5,7 millions de followers sur Instagram a été abandonné par ses parents à la naissance, puis adopté par une famille bordelaise d’un milieu modeste.

Olivier Rousteing n’est pas seulement celui qui a remis la maison Balmain à flot depuis son arrivée comme directeur artistique en 2011, et qui est suivi aujourd’hui par 5,7 millions de personnes sur Instagram. C’est aussi un jeune homme de 33 ans, abandonné par ses parents à la naissance, et dont la quête de ses origines fait l’objet d’un émouvant documentaire Olivier Rousteing, Wonder boy, né sous X qui sort mercredi 27 novembre au cinéma.

Touchant, sensible et profond, ce jeune homme issu d’un milieu modeste tranche, par son intelligence brillante, avec le milieu réputé futile et superficiel de la mode qui lui a pourtant assuré son succès.

Vous avez déjeuné ce midi [samedi 16 novembre] avec Brigitte Macron à l’Elysée, c’est pour ça que notre entretien a été repoussé d’une heure… De quoi avez-vous parlé ?

Le film l’a touchée, elle a voulu me rencontrer. Etre invité à l’Elysée, c’est un rêve d’enfant… On a parlé de ce que c’est que d’être né sous X en France, mais aussi de success story à la française, de cette nouvelle France composée de gens nés ici, comme moi, mais à moitié éthiopien, à moitié somalien…

Ces origines, c’est ce qu’on vous voit découvrir dans le documentaire Wonder boy, Olivier Rousteing, né sous X. Vous imaginez déjà la sortie du film le 27 novembre ?

Oui, le film sera présenté le soir même à l’Assemblée nationale, où une loi pour faciliter l'accès aux origines est en discussion. Mais plus que son aspect politique, c’est l’aspect générationnel qui m’importe : ce film est là pour dire qu’il ne faut plus avoir honte, ni pour un enfant d’être né sous X, ni pour une femme d’avoir abandonné son enfant…

En tant que célébrité, qu’est ce qui vous a poussé à accepter d’être filmé dans cette quête extrêmement intime de vos origines ?

J’ai beaucoup hésité. Avoir un biopic à 30 ans, c’est quand même délicat : à la fin de ma carrière, voire à ma mort, why not, mais là… En plus, on aurait très bien pu entreprendre cette recherche et ne rien trouver… C’est courageux de la part de la réalisatrice Anissa Bonnefont de s’être lancée dans une aventure dont ni elle, ni moi, ne connaissions la fin. Et je n’étais pas sûr non plus d’être prêt, humainement et émotionnellement, à l’assumer…

Est-ce que vous avez une idée un peu plus claire de ce qui s’est passé avant votre naissance ?

Je n’en sais pas plus que ce que vous voyez dans le film. Je n’ai pas abandonné l’idée d’en savoir plus, mais là je digère ce qui s’est passé. On a l’impression qu’avoir des réponses vous aide, mais quand on apprend que sa mère avait 14 ans et son père 25 au moment de sa conception, cela suscite beaucoup d’autres questions. Savoir si leur relation a été consentante ou pas, ne serait-ce qu’avoir ce doute-là… Il faut déjà que je digère ce truc-là pour avoir plus de force et affronter ce qui m’attend dans le futur.

Quand vous fondez en larmes, dans le film, on sent bien que c’est complètement improvisé !

Ah ça oui, sinon je n’aurais pas fait designeur chez Balmain mais acteur et je serais à Hollywood en ce moment !

Peut-on dire que ce film est dédié à votre mère biologique dans le secret espoir qu’un jour elle le voit et qu’en vous voyant, elle vous reconnaisse ?

C’est exactement ça. La lettre que j’écris à ma mère à la fin du film, je ne l’ai pas envoyée… parce qu’à la place, j’ai fait un film. Peut-être qu’elle ira le voir, peut-être jamais…

En quoi cette expérience vous a-t-elle transformé ?

Quand je suis à la DDASS et que je fonds en larmes, c’est aussi moi en fait. Donc oui, ça m’a énormément changé, humainement. La recherche de mes racines, c’est quelque chose qui me trottait dans la tête depuis très longtemps, mais j’avais peur de faire le parcours pour les trouver, donc oui, avoir certaines réponses m’a beaucoup changé, oui… Avoir une caméra autour de soi pendant deux ans et demi aussi, ça vous transforme. C’est une espèce de catharsis où vous vous laissez aller à être vous-même tout en observant le reflet de vous-même comme dans un miroir permanent où il faut apprendre à s’accepter, non pas sous cet angle glamour qu’on connaît de moi, mais sous l’angle tout simplement humain.

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En quoi l’image que vous renvoyez dans le film est-elle différente de celle que vous donnez de vous sur les réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux, c’est une vie imaginaire. Vous contrôlez votre vie sur les réseaux sociaux, vous choisissez ce que vous voulez soumettre au regard des autres. Là, on parle d’un film dont je suis le personnage principal, mais c’est aussi un moment de ma vie qui se joue et que je ne maîtrise pas.

Cet amour qu’on éprouve pour quelqu’un comme vous qui êtes célèbre et reconnu, cela ne suffit pas ?

Non, parce que les gens vous aiment pour ce qu’ils voient, pas pour ce que vous êtes vraiment. C’est très intéressant ce questionnement. On m’a demandé si mes followers sur les réseaux sociaux m’aimaient vraiment ? Cette reconnaissance que je cherche, elle va au-delà de cette popularité… Car plus vous êtes suivi, plus vous vous sentez seul d’une certaine manière, pris dans une espèce de raisonnement où vous prétendez vivre ce que vous ne vivez pas forcément. Ceux qui me suivent sauront désormais que je suis designeur de Balmain, mais aussi ce garçon né sous X qui se cherche…

Un garçon sensible aussi, en tout cas plus qu’on ne l’imaginait ?

Moi non plus, je ne le savais pas, je me suis découvert comme ça, je me suis découvert sensible…

Vous avez aussi beaucoup d’humour…

Vous imaginez bien que je ne pleure pas 24 heures sur 24, sinon je n’aurais pas terminé le film. Je suis quelqu’un qui a beaucoup d’humour, mais je vis dans une petite bulle, j’ai peur du monde extérieur et je n’ai que trois endroits pour moi où je me sens dans ma confort zone : mon bureau, mon Range Rover et ma maison, où je me lâche dès que je peux et où les personnes qui m’entourent sont mes confidents.

La notion de « wonder boy » qui donne son titre au film, vous trouvez qu’elle vous définit bien ?

Souvent on me décrit comme un enfant prodige de la mode. Une fois, un magazine a utilisé cette expression « wonder boy » et c’est beaucoup plus fort : « wonder boy », c’est un garçon dont le succès n’était pas censé arriver.

Le film parle assez peu de mode, mais il y a quand même ce moment où vous justifiez votre choix de physiques variés pour vos défilés…

Chacun travaille dans la mode pour des raisons qui le touchent. Pour moi l’important, c’est la diversité. De par d’où je viens et qui je suis, j’ai toujours pensé que tout type de beauté avait sa place sur un podium. La mode, je la vois comme un idéal, et cet idéal consiste aussi à échapper à un microcosme très white, très blanc.

L’autre référence à la mode, c’est quand vous parlez du succès des défilés qui ne se mesurent plus par des applaudissements mais par des likes sur Instagram… Ce n’est pas un peu paradoxal quand on a plus de 5,5 millions de followers ?

Je le regrette parce qu’un applaudissement, autrefois, ça se faisait par pur respect et émotion : la manifestation instantanée d’un sentiment personnel. On aime ou on n’aime pas et on le fait savoir avec du bruit, une agitation. Aujourd’hui, ceux qui postent un défilé sur Instagram, est-ce qu’ils le font parce qu’ils aiment vraiment le show ou veulent-ils juste montrer qu’ils sont là ? Le monde du clic et du flash, c’est un reflet de soi-même et le réseau social dont je suis l’un des plus fervents adeptes, une manière de tout ramener à soi.

Cela donne aussi de belles images ?

Oui c’est vrai, mais il faut voir le but pour lequel elles sont prises. Personnellement, quand je suis ému profondément par quelque chose, il ne me vient pas à l’esprit de prendre mon téléphone pour faire une photo. C’est à se demander si l’on éprouve encore de l’émotion aujourd’hui et cela renvoie à une parfaite solitude.

Et sur votre compte Instagram, c’est vous qui postez les photos ? Ce qui veut dire que vous êtes le témoin d’énormément de choses ?

Oui, mais la question que vous devriez me poser, c’est : « est-ce que je mets vraiment ce qui me touche le plus ? »

Je vous la pose…

Vous savez parfois, l’émotion ne s’exprime pas en photo. J’adore quand c’est le cas, mais ça ne l’est pas toujours…

Mais du coup, qu’est ce que vous attendez des réseaux sociaux, vous qui les utilisez à merveille ?

Moi ce que j’aime dans mes réseaux sociaux, c’est que c’est une réalité de vie qui défile chaque jour… Je poste quatre, cinq, six photos, les gens aiment voir ça, parce que je n’ai honte de rien dans mon Instagram, j’ose, je filtre et je m’amuse. Et j’aime le partager… Mais entre les photos, personne ne sait ce qui s’est passé…

Vous savez pourquoi vous avez autant de succès ?

Les gens se reconnaissent en moi comme quelqu’un qui n’a pas de limite, pas de chasse gardée… Beaucoup de gens ont des problèmes ou des secrets de famille et en voyant quelqu’un comme moi, qui est connu et qui ose affronter ces problèmes-là dans un film comme Wonder Boy, ils vont peut-être se dire « putain, moi aussi je devrais le faire ». En tout cas, je l’espère…