«Confort», «style» et «virilité»... Pourquoi Romain Granger encourage les hommes à porter des jupes

PORTRAIT Ce créateur de mode nantais de 32 ans est le président de l'association Homme en jupe

Julie Urbach

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Romain Granger est le président de l'association Hommes en jupe
Romain Granger est le président de l'association Hommes en jupe — J. Urbach/ 20 Minutes
  • Romain Granger porte des kilts et des jupes dans sa vie de tous les jours, et ce depuis plusieurs années.
  • « C’est vraiment hyper confortable, ça peut être chic, et c’est un sujet de conversation super intéressant », assure le trentenaire qui a lancé sa propre marque.

Après une petite heure à discuter avec lui, on ne remarque même plus que ses mollets tatoués sortent d’un kilt. Car Romain Granger, 32 ans, parle en toute simplicité et de façon très naturelle de ce bout de tissu à carreaux, qu’il porte ce mardi avec des baskets noires.

Samedi, le président de l’association Hommes en jupe animera d’ailleurs un stand place du Commerce à Nantes. Objectif : tenter de convertir d’autres hommes à cette tenue vestimentaire, encore taboue en France quand elle se décline au masculin, sauf sur Jean-Paul Gaultier. « C’est vraiment hyper confortable, ça peut être chic, et c’est un super sujet de conversation », promet pourtant le jeune homme, « jaloux de la diversité du vestiaire féminin ».

« Une fois qu’on a goûté à cette sensation, c’est difficile de s’en passer ! »

C’est à l’adolescence que ce passionné de culture celtique saute le pas, à l’occasion d’un festival, « où c’était plus facile d’assumer ». Mais après une première expérience professionnelle dans la restauration, « brimé en costume cravate », le Nantais décide de pousser à fond sa « liberté vestimentaire », d’abord pour se sentir à l’aise, mais aussi pour avoir davantage de choix pour s’habiller.

« Une fois qu’on a goûté à cette sensation, c’est difficile de s’en passer ! C’est évidemment plus agréable en été mais je porte la jupe dès que j’en ai envie : avec un tee-shirt en semaine, avec un gilet et des belles chaussures pour des événements importants… Le seul moment où ce n’est pas super pratique, c’est pour venir travailler à vélo ! »

Créateur de mode

Son parcours professionnel, justement, a évolué depuis que Romain assume complètement son style, il y a trois ans. Avec le soutien de sa compagne, cet autodidacte a lancé en 2018 la marque « Sous les jupes des hommes », et réalise lui-même ses jupes pour garçons dans un atelier de couture du quartier Saint-Félix. Si celles qu’il met arrivent parfois aux chevilles, celle qu’il coud s’arrête au genou et ressemble à de grands pans de tissu épais à rabattre, avec des plis et une sangle réglable (à partir de 150 euros). Sa préférée ? « Un modèle en jean avec plein de poches, facile à mettre et à entretenir ».

S’il n’a vendu qu’une soixantaine de pièces, à des clients aux profils et styles variés, le jeune créateur a la conviction que se passer parfois du pantalon pourrait même améliorer l’égalité entre les hommes et les femmes. « La société évolue, les questions de genre ont tendance à se libérer, mais pour cela les hommes ont un rôle à jouer, estime-t-il. Aujourd’hui, ceux qui hésitent me demandent "vais-je rester un homme si je suis en jupe ?" C’est intéressant car ça permet de réinterroger la notion de virilité. Moi je pense que les mecs ont le droit de montrer leur corps, et si l’on va plus loin, le droit d’exprimer leurs émotions. Etre autre chose que le plus fort ou le plus courageux. »

« Les femmes encouragent, voire trouve ça sexy »

A l’heure où la société semble parfois se diviser sur ces questions, Romain Granger assure ne pas avoir été trop confronté à des réactions hostiles. Même si ces « blagues », qui consistent à lui demander s’il porte quelque chose en dessous, voire à lui soulever la jupe, lui pèsent.

Il raconte aussi que parmi les membres de son association, certains ont été victimes de « discrimination » en entreprise. « Il y a encore beaucoup de barrières mais en général, les réactions sont tout de même positives, assure-t-il en souriant. Même chez les femmes, qui nous encouragent voire trouvent ça sexy. C’est carrément devenu l’outil de drague de l’un de mes amis ! »