Le chef Pierre Sang Boyer: «Taste of Paris est fait pour susciter la curiosité»

FOOD Les plats des plus grands chefs proposés entre 7 et 12 euros, l'événement Taste of Paris met la gastronomie à la portée de tous au Grand Palais jusqu'à dimanche

Stéphane Leblanc

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Pierre Sang Boyer et quelques fans lors de Taste of Paris en 2018 au Grand Palais
Pierre Sang Boyer et quelques fans lors de Taste of Paris en 2018 au Grand Palais — V.NAGEOTTE

« On a créé Taste of Paris pour que les plus gourmets d’entre nous puissent déguster, à moindre prix, les meilleurs plats des plus grands chefs d’aujourd’hui », rappelle Mathilde Dewilde, la directrice communication du festival culinaire qui fête sa cinquième édition. Ils sont encore une cinquantaine de cuisiniers et une vingtaine de pâtissiers a avoir répondu présent sous la nef du Grand Palais cette année.

De tous les chefs invités, Pierre Sang Boyer est le plus fidèle puisqu’il participe au festival depuis le début. « On ne vient pas là pour gagner de l’argent, mais pour participer à un moment de convivialité car ici, tout est fait pour susciter la curiosité du public », confie l’ancien Top Chef à 20 Minutes qui énumère ainsi ses rencontres des années précédentes : « Plutôt des jeunes en semaine, des familles le week-end, une clientèle que j’ai plaisir à voir se rassembler vu ce qu’on vit de nos jours. Parfois, on me reconnaît et on me demande des selfies, mais la plupart du temps, ce sont des gens qui n’auraient même pas l’idée de se déplacer jusqu’à mes restaurants du 11e arrondissement de Paris… »

Pour tous ces jeunes et toutes ces familles, Pierre Sang va proposer des dés de thon cru (de pêche durable) accompagnés d’une purée de céleri truffée et de gel citron-soja, en plus d’un traditionnel bibimbap coréen et d’une salade de fruits de saison… fumante !

Propositions inédites, thématiques alléchantes

Car à Taste of Paris, les propositions sont souvent inédites et les thématiques alléchantes, comme ce défilé de « chefs de gares » : Eric Fréchon, Thierry Marx, Michel Roth, Michel Rostang, tous à la tête de brasseries de voyageurs. Mais l’idée reste, pour la plupart des chefs, de faire goûter leur cuisine quand elle n’est pas connue. C’est le cas de  Mohammad Elkhaldy, chef syrien révélé par le Refugee food festival, association internationale facilitant la mise en contact de chefs réfugiés avec des restaurants partenaires.

20 Minutes l’a rencontré à Ground Control, le food court implanté (de manière éphémère) derrière la gare de Lyon, qui l’accueille actuellement en résidence. « J’ai voulu présenter des plats typiques de Syrie pour faire découvrir cette cuisine aux Français. Son bar mariné à cru, pistaches torréfiées, condiment pommes et zaatar révèle une belle fraicheur. « Le bar, c’est un produit qu’on mange beaucoup à Lattaquié, une ville de la côte méditerranéenne qui était, avant la guerre, une destination touristique prisée. Je l’assaisonne de zaatar, qui signifie thym et qui a donné son nom à une sauce typique de la cuisine syrienne. »

Une assiette de palace à dix euros

A l’autre bout de l’échelle du luxe, un événement comme Taste of Paris permet aux chefs des établissements les plus prestigieux d’aller à la rencontre d’un public qui ne fréquentent pas des restaurants parce qu’il les juge inaccessibles. Ici, on peut s’offrir une assiette du George V, du Ritz, du Plaza Athénée ou du Pré Catelan pour une dizaine d’euros.

Romain Meder, le chef exécutif d’Alain Ducasse au Plaza Athénée, après avoir supprimé la viande au menu, a permis au palace parisien de retrouver ses trois étoiles. « Si je veux montrer ce qu’on est capable de faire avec juste quelques légumes, c’est essentiel de participer à un événement comme celui-ci », martèle-t-il à 20 Minutes. Pour Taste of Paris, il propose notamment un pain aux céréales toasté, légumes du Château de Versailles, condiments épicés qui, pour l’avoir goûté, est un croque-monsieur végétarien des plus savoureux.

« La gastronomie est en train de se libérer d’un carcan et c’est ce que le public attend, surtout les jeunes, confirme à 20 Minutes le patron de la revue Omnivore Luc Dubanchet, qui s’apprête à accueillir, sur le même principe, d’autres chefs prestigieux comme Jean-François Piège au Mondial de la bière, du 17 au 19 mai au parc Floral de Vincennes. Ces moments festifs contribuent à jeter des ponts entre la simplicité d’une cuisine de rue parfaitement exécutée et le meilleur de la gastronomie. »