Attention, le bob revient à la mode ! (Etait-ce bien nécessaire?)

ROBERT Tout porte à croire que le chapeau en forme de seau (ou en forme de rien dirons certains), est en passe de squatter un max de têtes dans les mois à venir

Clio Weickert

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Des bobs Lacoste, Prada et Burberry.
Des bobs Lacoste, Prada et Burberry. — SIPA
  • Le bob, le chapeau en forme de seau, semble revenir à la mode.
  • « 20 Minutes » a enquêté sur le mystérieux retour de hype du bob.

Il. Est. De. Retour. Sa présence a secoué l’un des défilés les plus attendus de la semaine de la mode parisienne. Fin février, Dior marquait les esprits en déclinant le bob en de multiples versions : à carreaux, en cuir, en imprimé Vichy…

Trois looks issus de la collection fall winter 2019 de Dior.
Trois looks issus de la collection fall winter 2019 de Dior. - REX/Shutterstock/SIPA

Oui, le bob. Ce petit chapeau informe que votre papi porte pour aller pêcher, ce couvre-chef tout mou que votre petite-nièce de 4 ans arbore pour éviter une insolation. Certains signent avant-coureurs auraient pu sérieusement nous mettre la puce à l’oreille l’an dernier… Notamment le fait que de nombreuses marques, comme Prada, Lacoste ou encore Versace, assumaient haut et fort leur amour pour le bob lors des défilés automne-hiver 2018-19. Certes, le soufflé aurait pu retomber. Mais tout porte à croire que bien au contraire, le bob s’annonce comme l’un des hits de l’été.

Comment en est-on arrivé là ? La menace du bob plane-t-elle sur nous ? Et est-ce une si mauvaise nouvelle que ça finalement ? Les aventuriers du style n’ont-ils pas là une occasion en or de se démarquer ? 20 Minutes a enquêté sur le mystérieux retour de hype du bob.

Des G.I. à « l’outdoor »

Présent de manière significative deux ans de suite dans les collections, la résurgence de ce chapeau n’est pas une grande surprise. « On observe un retour du bob dans des milieux un peu plus couture, explique Dinah Sultan, styliste chez Peclers, une agence de conseil en tendances. Ça faisait déjà un petit moment qu’on le voyait revenir dans le street wear. Il se réimplante bien depuis 2016, et ce qui est intéressant c’est qu’il remonte chez les créateurs. » Mais où se cachait le bob avant ce récent come-back ? Et d’où vient-il finalement ?

Apparu au début du XXe siècle, le bob, ou « bucket hat » en anglais (« chapeau sceau »), a été utilisé par l’armée américaine, lors de la guerre du Vietnam notamment. « Il était souvent imperméable, avec des straps pour mettre les munitions, c’était un vrai chapeau utilitaire. Comme beaucoup de produits de surplus, il a très rapidement été repris dans la mode, précise Dinah Sultan. Il connaît son apogée dans les années 1980, grâce à la marque Kangol qui le met au goût du jour avec de nouvelles matières : éponge, velours, moumoute… Il reflète alors bien le New York de cette époque et fait partie de la signature style des B Boys [danseurs de break dance]. » Il s’est depuis bien enraciné dans le vestiaire streetwear, porté par de nombreux artistes, de LL Cool J, Jay Z, en passant par Rihanna.

En France, malheureusement, le bob ne connaît pas une telle hype, et se réduit vite au « bob Cochonou » du Tour de France. « Il a été très vite été catégorisé comme un accessoire "has been" », déplore la styliste.

Un bob Cochonou (oui, ça existe encore).
Un bob Cochonou (oui, ça existe encore). - C.WEICKERT

Mais son histoire ne s’arrête pas là. « En 2013-14, il est revenu avec le mouvement du "normcore" [qui consiste à piocher dans les vestiaires populaires et simplistes des parents et grands-parents pour créer son propre style]. Dans la pop culture il y a toujours une certaine admiration pour ce vestiaire militaire, et on a vu aussi un bob un peu plus fonctionnel revenir dans des collections outdoor [tenue de sport et activités plein air] ». Ajoutons à cela la place considérable du street wear dans nos armoires ces dernières années, et le tour est joué.

Pour qui, pourquoi, quand ?

Et aujourd’hui ? Le bob a investi les univers du luxe et du prêt-à-porter. « Quand on se balade au rayon chapeaux de n’importe quel site d’e-commerce, on voit qu’il y a une catégorie bob beaucoup plus développée qu’avant ». Un come-back de maboule que confirme le site de vente Asos. « Avec une tendance fortement influencée par les années 1990 et 2000 cette saison, nous avons en effet observé un retour du bob dans la rue et sur les réseaux sociaux (notamment Instagram), confirme Aisling McKeefry, la directrice artistique du site. Il y a définitivement une forte demande pour cet accessoire, sous différentes formes ; cela va de sa version hivernale avec des matières chaudes, au côté plus utilitaire dans des nylons fluo par exemple. »

En moumoute chez Asos.
En moumoute chez Asos. - Asos

 

Plus tradi chez Chevignon.
Plus tradi chez Chevignon. - Chevignon

Question budget, il y en a pour tous les comptes en banque, de 320 euros chez Prada (si l’envie de casser votre PEL vous prend), 55 euros chez Lacoste, à une dizaine d’euros sur le site Asos.

Pour qui ? On ne va pas se le cacher, pour le moment la tendance du bob cible plutôt un jeune public, relativement branché. L’idée étant de « cooliser » cet accessoire. « Si un bob est porté de façon non décalée, forcément il reprend sa teinte un peu plus ringarde, estime pour sa part Dinah Sultan. Il faut avoir un look en adéquation. Le bob vient plutôt signer une silhouette et c’est compliqué de le porter si le style ne correspond pas. Quand on feuillette des look books ou lors du défilé Prada, on voit que le look est ultra-soigné, ce n’est pas juste un bob, un jean et des baskets ».

Quand ? Faut-il attendre les beaux jours pour dégainer son bob ? Pour Aisling McKeefry, « le profil du bob est genderless et intersaisonnier, voire intemporel », donc non. Il tiendra chaud aux oreilles lors des périodes fraîches, et protégera du soleil lors de la belle saison. Et ça passe pour aller bosser ? On a envie de dire oui, libérons-nous de nos carcans (même à la Défense) !

Pourquoi ? Et pourquoi pas ? « C’est vraiment une alternative au fédora, au bonnet, à la casquette même. Ça apporte une touche un peu plus moderne », estime Dinah Sultan. Après, pour être franc, il faut reconnaître qu’il s’agit d’une belle prise de risque, tant une certaine ringardise colle toujours à la peau du bob. Mais ça se tente. D’autant qu’il y a de grandes chances que l’accessoire s’installe durablement, comme son petit copain le sac banane. Donc pour les plus réticents, courage.