Mort de Karl Lagerfeld : « Je ne voudrais pas que l’on ne retienne de lui que des petites histoires »

INTERVIEW Le grand couturier Julien Fournié réagit à la mort de Karl Lagerfeld pour « 20 Minutes »

Propos recueillis par Benjamin Chapon

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Karl Lagerfeld le 2 octobre 2018 au défilé Chanel
Karl Lagerfeld le 2 octobre 2018 au défilé Chanel — Christophe Ena/AP/SIPA

« Je pense qu’il était prêt à partir… » Julien Fournié, grand couturier français à la tête de sa propre maison de couture, créée en 2019, réagit pour 20 Minutes, à la mort de Karl Lagerfeld.

Que représente Karl Lagerfeld pour un grand couturier français ?

Il était incontestablement une figure qui compte. On nous a demandé, à nous grands couturiers, de devenir des directeurs artistiques puis de savoir faire de l’image. Karl Lagerfeld au cours de sa carrière a su s’adapter, toucher à tout et se réinventer. Il savait à la fois dessiner des vêtements et donner des ordres à ses ateliers pour les réaliser, mais il a également été un grand directeur artistique, et l’a démontré avec talent pour tellement de marques. Enfin, il était un grand créateur d’images. Il savait s’en amuser.

A quelle image en particulier pensez-vous ?

Il y en a eu beaucoup mais, par exemple, il y a eu cette campagne avec le gilet jaune pour la sécurité routière. Il a su montrer, en détournant l’image, qu’un gilet jaune pouvait sauver des vies. Ce n’est pas rien.

Est-il un modèle à suivre pour les couturiers français ?

En quelque sorte, oui, parce qu’il symbolisait le métier auprès du grand public. Mais il avait un talent unique. Son savoir-faire a touché un public qui ne s’intéressait pas à la haute couture parce qu’il savait projeter ses visions dans l’avenir. C’était un très bon photographe, il avait cette faculté à avoir des visions porteuses.

Comment expliquer son succès ?

J’entends beaucoup que Karl Lagerfeld était quelqu’un de drôle, de fun. Pas du tout, c’était un laborieux, un travailleur. Il se levait tôt, se couchait tard et travaillait sans cesse. Il a toujours été dans l’abnégation. Je ne voudrais pas que l’on ne retienne de lui que des petites histoires et des fadaises.

Son personnage médiatique n’explique pas une partie de son succès ?

Je ne sais pas. Il a décidé, sur la fin de sa vie, de faire du marketing et beaucoup l’argent, avec des marques et des vêtements moins onéreux. Au cours de sa carrière, il a créé des silhouettes, et à la fin, il les a fait descendre dans la rue.