VIDEO. Banane, Crocs et claquettes en fourrure… Comment en est-on arrivé là ?

TENDANCE Survet' et chaussettes dans les claquettes, comment le mauvais goût a conquis la mode…

Anne Demoulin

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Rita Ora en claquettes-chaussettes, la collection de sandales à fourrure imaginée par Rihanna pour Puma, la collection capsule Christopher Kane X Crocs.
Rita Ora en claquettes-chaussettes, la collection de sandales à fourrure imaginée par Rihanna pour Puma, la collection capsule Christopher Kane X Crocs. — Beretta/Sims/REX/REX/ Robert Altman/AP/SIPA/Crocs Inc.

Ugly chic is the new black ! Ce qui était hier moche et vulgaire est devenu chic et hype aujourd’hui. Le mauvais goût a conquis la mode, comme l’annonçait le cabinet de tendance prescripteur Nelly-Rody en 2016. Avec ses sacs banane, ses claquettes en fourrure et autres chaussettes dans les claquettes, l’éloge du moche et la réhabilitation du démodé semble avoir atteint son apogée cet été 2017. Comment en est-on arrivé là ?

L’anti-fashion ou les origines du « ugly chic »

La mode du moche, appelé le ugly chic, est née sur les catwalks. Tout a commencé en 2013 lorsque, revisités par Riccardo Tisci pour Givenchy, les bambis de Disney sont devenus le must have du luxe pop et que, revisités par Phoebe Philo pour Céline, la Birkenstock fut adoubée dans le monde du luxe, doublée de fourrure. On se souvient de Jonathan Anderson chaussant ses tops de claquettes de piscine en 2014 chez Loewe ou d’Hedi Slimane ressuscitant en 2016 la chemise hawaïenne de Magnum sur les podiums ou de Karl Lagerfeld célébrant sur le défilé Chanel printemps-été 2017 le retour de la casquette.

Avec ses tee-shirts au logo DHL et ses survêtements Juicy Couture, c’est le collectif Vetements et son fondateur, le designer le plus hype du moment, Demna Gvasalia, également DA de Balenciaga, qui a imposé le mauvais goût comme le statement mode du moment.

Un positionnement que l’on retrouve chez un autre chouchou des fashionistas, Gosha Rubchinskiy, qui a enflammé la dernière édition du Pitti Uomo avec des joggings en nylon Fila et Sergio Tacchini.

Des créateurs qui s’inscrivent dans la mouvance anti-fashion, qui renverse les paradigmes et dit non à la mode en érigeant ce que la mode a fait de pire dans le passé en combles de la hype contemporaine. Une tendance adoptée par les kids, comme un signe ultime de défiance à la bienséance vestimentaire.

« Ce que la presse trouve chic ennuie les gens dans la rue, ce qu’elle considère comme vulgaire, le public peut trouver cela cool », analysait en 2016 le chantre du bling Olivier Rousteing, le directeur artistique de la maison Balmain, au moment de l’exposition organisée par la prestigieuse Barbican Gallery de Londres baptisée « The Vulgar, fashion redefined ».

Derrière la réhabilitation du ringard et du moche, une autre revendication sociétale, le refus des diktats de la mode et un coup de pied dans la fourmilière du bon goût, bourgeois, par essence. Rien de tel qu’une tenue borderline pour signaler au monde qu’on est au-dessus des tendances.

Merci Rihanna pour les claquettes à fourrure

Un culte des fautes de goût qui voit son apogée cet été parce que ces tendances sont arrivées dans les rayons de nos magasins et e-shops préférés, amplement relayés par les people.

The #RihannaXStance Summer collection is here!

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Si les claquettes à fourrure figurent parmi les accessoires tendances de l’été, on peut remercier Rihanna qui a dessiné et fait la promotion du modèle le plus populaire du moment dans le cadre de sa collaboration avec Puma. Un accessoire que l’on a vu aussi aux pieds de Kim Kardashian, la muse « profondément chic » d’Olivier Rousteing, et de l’élégante Nabilla.

Merci Kendall Jenner pour le sac banane

Le sac banane avait fait timidement sa réapparition sur les podiums de Manish Arora, Chanel et Ground Zero en 2014.

Cet anti-it-bag, revisité par Chanel, Gucci, Burberry ou Balenciaga, ne quitte plus l’incroyable famille Kardashian de Kourtney Kardashian à Kendall Jenner en passant par Kylie Jenner. Il a bien sûr été repéré sur Rihanna, Lourdes, la fille de Madonna et Fergie.

Merci Alrima pour les claquettes-chaussettes

La presse spécialisée et les blogs étaient pourtant unanimes sur la question depuis des années : porter des chaussettes dans des sandales était le fashion-faux-pas suprême. Le look chaussettes-claquettes était jusqu’ici toléré chez les touristes allemands et les gangstas aux USA (« Shit it too GANGSTA. During the summer I rock nottin but socks and sandals my nigga »)

En 2013, le créateur anglais Shaun Samson osait les fameuses chaussettes-claquettes sur ses mannequins… En 2016, on les voyait chez Marni, Calvin Klein ou Margaret Howell. En 2017, chez Prada, Versace, Lou Dalton ou MSGM.

Mais si le look beauf a séduit tant d’ados, le clip du jeune rappeur Alrima, intitulé « Claquettes chaussettes », et ses 11 millions de vues, n’y est pas pour rien : « J’suis en claquettes-chaussettes/Claquettes-chaussettes/Claquettes-chaussettes/Tu connais c’est la tess ».

Merci Christopher Kane pour les Crocs

Now available for a limited time! #crocs #christopherkane #christopherkanecrocs

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Les Crocs, ce sont, comme le résume si bien notre confrère du Daily Rash, les chaussures de ceux qui ont laissé tomber, et du personnel hospitalier. Et pourtant, le créateur écossais Christopher Kane et son défilé printemps-été 2017 a réussi à remettre au goût du jour ce sabot en caoutchouc. « Particulièrement confortables, elles sont parfaites pour l’été. Et le fait qu’elles soient jolies est un atout supplémentaire. J’ai toujours été fan du sabot emblématique de Crocs. J’aime le fait que certains le voient comme assez “laid” et pas du tout féminin ou flatteur. Il est conçu pour être fonctionnel et c’est ce qui m’a attiré », explique-t-il.

Coming soon. The limited-edition Christopher Kane x Crocs Tiger Collection. #ChristopherKaneCrocs #Crocs

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Il faut dire que les Crocs sont à l’esthétique ce que PNL sans vocodeur est au rap ou Guillaume Mussot à la littérature. Et comme le créateur écossais s’apprête à sortir une collection capsule de 4 modèles zébrés à prix accessibles (69,99 euros), la tendance ugly chic n’est pas près de s’arrêter !