« Les Grosses Têtes » : « Dupond-Moretti et Darmanin sont des fournisseurs de blagues », prévient Roselyne Bachelot

INTERVIEW « Les Grosses Têtes » ont entamé une nouvelle saison sur RTL ce lundi. « 20 Minutes » s’est entretenu avec Laurent Ruquier et Roselyne Bachelot, qui revient dans l’émission après deux ans d’absence

Laurent Ruquier et Roselyne Bachelot, sur le plateau des Grosses Têtes, le 29 août 2022.
Laurent Ruquier et Roselyne Bachelot, sur le plateau des Grosses Têtes, le 29 août 2022. — Thomas PADILLA / AGENCE 1827 / RTL
  • Roselyne Bachelot a fait son retour dans Les Grosses Têtes ce lundi sur RTL. Elle en avait été absente deux ans, en raison de son portefeuille de ministre de la Culture.
  • « Participer à une émission aussi populaire que Les Grosses Têtes vous donne un capital sympathie considérable auprès de l’opinion publique », explique Roselyne Bachelot à 20 Minutes.
  • Laurent Ruquier, lui, fait sa rentrée. Côté télé, ce sera la première fois depuis seize ans qu’il n’apparaîtra pas en deuxième partie de soirée les samedis sur France 2 : « Que ce soit la chaîne ou l’audience, ce qui m’importe, c’est de faire ce qui me plaît dans la vie. Je vais pouvoir continuer à le faire, donc tout va bien », assure-t-il.

« Elle n’est plus ministre, mais elle est le seul bâtiment public encore illuminé. » C’est ainsi que Laurent Ruquier a présenté Roselyne Bachelot ce lundi en ouverture de la première des Grosses Têtes de la saison. La femme politique avait dû se mettre à l’écart des micros de RTL pendant deux ans, le temps de son passage au ministère de la Culture. « J’ai l’impression d’avoir quitté l’émission hier », a-t-elle confié à 20 Minutes ce midi, à l’issue de l’enregistrement.

Si Roselyne Bachelot s’est blessée à la jambe en tombant dans une gare, cela n’a pas entamé sa bonne humeur. C’est en fauteuil roulant - avec lequel elle va se déplacer les deux prochaines semaines - qu’elle a rejoint Laurent Ruquier dans les coulisses pour répondre à nos questions.

Roselyne, qu’est-ce que cela vous fait de revenir aux « Grosses Têtes » ?

Ce matin, le chauffeur de taxi m’a dit : « Je vous emmène à RTL ? Mais alors, c’est que vous reprenez les Grosses Têtes ! Oh, ça alors, c’est formidable ! » (rires). Arrivée ici, j’ai été saluée par les gens de l’accueil, l’équipe de l’émission… Tout le monde m’a dit : « On est content de vous revoir ! » Je me suis bu un bol de bonheur !

Laurent, c’est un retour que vous espériez ?

Laurent Ruquier : Que j’espérais, non, parce que j’espérais que Roselyne restât le plus longtemps possible…

Roselyne Bachelot : … Il me veut du mal (rires).

L.R. : … Rue de Valois ! Quand j’ai compris qu’elle ne conservait pas son portefeuille, je me suis dit qu’elle allait récupérer son maroquin des Grosses Têtes.

Est-ce qu’on rit beaucoup au Conseil des ministres ?

R.B. : Non, on ne rit pas beaucoup. Mais on peut rire avant le Conseil de ministres car il y a quelques joyeux drilles, en particulier Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin, qui sont des fournisseurs de blagues. Evidemment, j’en raconterai certaines ici, en citant leurs auteurs qui vont être terriblement ennuyés (rires).

Laurent, qu’apporte Roselyne Bachelot aux « Grosses Têtes » ?

Son humour, sa répartie. Quand je lui avais proposé à l’époque, ce n’était pas par hasard, on savait que parmi le personnel politique, elle était l’une des plus amusantes, qu’elle faisait rire ses camarades. Avec ses bons mots et son expérience, on savait qu’elle allait être un bon élément.

Votre humour a été une arme en politique ?

R.B. : Oui, ça permet de prendre de la distance. Participer à une émission aussi populaire que Les Grosses Têtes vous donne un capital sympathie considérable auprès de l’opinion publique. Quand j’étais en déplacement public ministériel, des gens m’interpellaient : « Alors, Roselyne, quand est-ce que tu retournes aux Grosses Têtes ? » C’est fou ça ! C’est le talent de Laurent, de l’équipe, et c’est la configuration de faire une émission vraiment populaire et pas vulgaire.

Si vous aviez croisé Caroline Cayeux au gouvernement, que lui auriez-vous dit après sa phrase sur les personnes homosexuelles qu’elle a appelé « ces gens-là » ?

R.B. : Il y a des vraies différences entre nous. On les connaît et je n’ai jamais faibli dans mes combats dans la lutte contre les discriminations, en particulier celles qui sont liées à l’orientation sexuelle. Mon fils, qui est père à son tour, m’a raconté que, quand il avait 7 ou 8 ans, je lui avais dit au cours d’une promenade : « Un jour, tu tomberas amoureux, ce sera d’un homme ou d’une femme et pour moi ce sera exactement pareil. » Des années plus tard, il m’a confié : « Maman, ce jour-là, tu m’as donné les clés de la liberté. » C’est un combat central, existentiel, sur lequel je n’ai jamais failli quoi qu’il m’en eut coûté. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer.

L.R. : J’ai envie de dire que Caroline Cayeux fait partie de « ces gens-là » chantés par Jacques Brel.

R.B. : Ce qui est intéressant dans cette déclaration, c’est plutôt l’acte manqué. Elle vient s’excuser en disant qu’elle a changé. Et elle dérape avec ça.

L.R. : C’est comme pour [le député LR] Aurélien Pradié et son histoire de variole du singe, quand il ose dire que ce n’est pas homophobe. Ce n’est pas vrai, ça l’est. S’il n’y a pas d’arrière-pensée quand il dit que « c'est surtout une honte pour les singes »​… Il n’y en a peut-être pas volontairement, d’ailleurs, c’est souvent inconscient, et c’est ça qui est dramatique. En fait, la question, c’est toujours d’où ça vient, qui le fait et à quel moment.

Vous faites référence à l’étude de l’Association des journalistes LGBT sur « Les Grosses Tête » en déplorant des propos, entre autres, sexistes et homophobes ? Cela vous a touché ?

L.R. : Quand on m’interroge là-dessus, je réponds, sinon, je m’en fous royalement. J’ai envie de dire : essayez d’avoir de meilleurs combats que ceux-là. S’il y a bien une émission qui a fait changer l’état d’esprit de certains auditeurs c’est Les Grosses Têtes. Je ne suis pas un militant, on le sait, quoique je le suis peut-être un peu plus qu’auparavant, mais quand même, quand on écoute l’émission, on voit bien que la diversité, y compris des orientations sexuelles, est plus grande qu’avant. A l’époque de Bouvard, il y avait aussi des homosexuels, mais, à part Jacques Chazot qui faisait l’homo de service, ils s’en cachaient pour la plupart : Thierry Le Luron, Jean-Claude Brialy… Ceux qui s’attaquent à nous choisissent les mauvais ennemis.

Roselyne, vous interviendrez régulièrement cette saison sur BFMTV, notamment les dimanches soir dans « BFMTVSD » et dans « 22 heures Max »… Continuer à parler de politique, de société, c’est important pour vous ?

R.B. : Je ne veux pas être enfermée dans une case. J’ai toujours fait en sorte de varier. Je voulais absolument reprendre une fonction éditoriale politique parce que je pense que j’ai des choses à dire dans le domaine. La politique, c’est ma vie. J’ai des combats que je mène depuis très longtemps, je pense que j’ai une parole qui peut être entendue et j’aime bien le faire dans un esprit de confrontation. Je regrette que la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ne m’ait pas autorisée à reprendre mon émission sur France Musique mais je continuerai à écrire des éditoriaux sur Forum Opera. Je vais aussi écrire des livres et reprendre mes activités caritatives.

Qui sont ?

R.B. : J’ai créé il y a dix ans une association qui organise des concerts pour les personnes Alzheimer, j’aime voir la lumière se rallumer dans leurs yeux avec la musique. Cela, comme le Fonds mondial de lutte contre le sida, structure ma vie sur le plan caritatif et, ce qui est absolument extraordinaire, c’est que je n’ai pas pu continuer parce qu’on vous demande de renoncer à toutes vos activités associatives quand vous êtes au gouvernement. Je trouve ça d’une stupidité sans nom.

Laurent, cela vous fait quoi de ne pas avoir d’émission le samedi en deuxième partie de soirée alors que ces seize dernières années vous y étiez habitué ?

L.R. : Ça fait que je suis bien content de récupérer mes week-ends ! Ce n’est pas le jour de diffusion qui compte. Ce qui est important, c’est ce qu’on fait. Je vais avoir, sur Paris Première, dès la mi-octobre, une émission où je vais pouvoir continuer à parler des livres, de la musique et du théâtre. Je prépare des primes pour France 2. Il y en a un que j’ai enregistré en juin et qui sera diffusé en septembre. Ensuite il y en aura un par mois. Je reprends aussi Les Enfants de la télé dimanche. Que ce soit la chaîne ou l’audience, ce qui m’importe, c’est de faire ce qui me plaît dans la vie. Je vais pouvoir continuer à le faire, donc tout va bien.