Affaire PPDA : « Il m’a juste montré qu’on pouvait être une star du JT et une ordure »

VIOLENCES SEXUELLES Vingt femmes ayant accusé l’ancien présentateur star de TF1, Patrick Poivre d’Arvor, de violences sexuelles et de comportements problématiques témoignaient ce mardi 10 mai sur le plateau de la rédaction de « Mediapart »

A. Le G.; M.P.; S.A.
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Le plateau de « Mediapart » où vingt femmes sont venues témoigner le mardi 10 mai 2022.
Le plateau de « Mediapart » où vingt femmes sont venues témoigner le mardi 10 mai 2022. — 20 Minutes

Elles sont vingt femmes, dont deux de dos, venues témoigner de la violence dont elles auraient été victimes de la part de Patrick Poivre d’Arvor (PPDA). Certaines ont été victimes d’agressions sexuelles, de faits de harcèlement, d’autres de viol. Mais tous leurs témoignages sont poignants. Elles étaient réunies pour la première fois ce mardi soir sur le plateau de Mediapart. Les témoignages de deux autres femmes, pas présentes sur place, ont également été diffusés. De son côté, PDDA a refusé l'invitation du média de participer à l'émission. 

Parmi elles, certaines, comme Justine Ducharne, n’avaient jamais pris la parole. « C’est en effet la première fois que je prends la parole sur cette affaire, sur cette horreur qu’il m’a fait subir. Jusque-là, je préférais rester cachée, parce que je préférais réserver ma parole à la justice. J’espère d’ailleurs être réentendue, réauditionnée. J’avais témoigné assez rapidement après l’émission de « Quotidien », pour soutenir la parole de Florence Porcel. Je savais qu’elle disait vrai. Parce que je l’avais vécu moi-même. Je pensais que j’étais seule en 1995. J’y étais allée dans cette démarche de soutien. Depuis j’ai fait un long chemin. Pour beaucoup grâce à ces femmes exceptionnelles que j’ai rencontrées dans ces terribles circonstances. Je voudrais pouvoir en parler à nouveau à la police et leur expliquer toutes les conséquences que ça peut avoir dans une vie ».

« Nous sommes des sœurs d’infortune »

L’affaire éclate en février 2021 avec le témoignage de Florence Porcel dans Le Parisien et un dépôt de plainte pour des faits de viol datant de 2004 et 2009. Au total et depuis cette première plainte, 17 plaintes ont été déposées à l’encontre de l’ancien présentateur du JT de TF1. De son côté, PPDA nie les accusations et a porté plainte avec constitution de partie civile pour dénonciation calomnieuse contre 16 femmes. Sur le plateau de Quotidien, PPDA a récusé les accusations dont il fait l’objet. « C’est une accusation qui me révolte », a-t-il affirmé.

« Nous sommes des sœurs d’infortune », ont déclaré toutes ces victimes présentes sur le plateau de Mediapart. A plusieurs reprises, elles témoignent de leur honte, de leur malaise quant aux faits dont elles ont été victimes. « Un viol, c’est compliqué d’en parler avec l’entourage amical, professionnel. Certains se détournent. J’ai choisi d’être anonyme jusque-là, parce que j’ai peur de vivre les choses de façon encore plus douloureuses que la façon dont je les ai vécues jusqu’à présent en prenant la parole aujourd’hui », dit l’une d’entre elles. L’enquête à laquelle Mediapart a eu accès décrit un mode opératoire systémique de la part de PPDA, dépeint comme un prédateur qui abuse de sa notoriété, use de questions intrusives et agit dans la brutalité.

Un mode opératoire

Ce mode opératoire est décrit par chacune des femmes présentes sur le plateau ce mardi 10 mai. Ainsi, Armelle Hervieu, une journaliste indépendante, âgée de 43 ans, raconte sa rencontre avec PPDA à 24 ans, en 2003, alors qu’elle souffre d’anorexie, comme sa fille Solène qui mettra fin à ses jours en 1995​. « Il a pris mon visage dans ses mains et m’a forcé à un baiser et j’ai eu un mouvement de recul et il me dit comme un petit garçon “C’est pas bien ce que j’ai fait”… Elle lui réécrit lorsqu’il sort des livres sur l’anorexie de sa fille pour lui reparler du baiser volé qu’elle décrit comme une rencontre malsaine qu’il pourrait bien payer un jour ». PPDA lui répondra en évoquant un geste affectueux, destiné à lui redonner confiance. « Il m’a juste montré qu’on pouvait être star du JT et une ordure. Il n’a pas le droit de se servir de Solène pour profiter de jeunes filles vulnérables ».

« Quand Armelle dit que c’est un prédateur, c’est oui », renchérit Charlotte Crenn, qui a rencontré Patrick Poivre d’Arvor dans un train. La jeune femme de 29 ans raconte comment il l’a invité à prendre un café chez lui. « On descend voir ses livres au sous-sol et, quand je me retourne, il est à deux centimètres de mon visage et là, j’ai eu peur. J’étais figée. Il a enlevé ses mains, il m’a dit “vous avez de très beaux yeux” et “nous allons prendre congé” ».

TF1 pointée du doigt

Fétichisation, consentement, vulnérabilité… Ces 20 femmes relatent au travers de leurs témoignages douloureux les conséquences sur les plans personnel et professionnel. "Parler dans le milieu de la télé, c’était la certitude de se faire pulvériser. J’étais grillée pour toujours à TF1, je suis partie", raconte Hélène Devynck, ancienne assistante du présentateur.

Plusieurs agressions décrites ont eu lieu au sein du bureau de PPDA à TF1. La direction de l’entreprise, contactée par Mediapart, a répondu qu’elle a communiqué dès le début de l’affaire « pour mettre en place une expression libre notamment au sein de la rédaction », insistant sur son engagement moral contre les violences sexuelles au travail. Une prise de position jugée insuffisante par les syndicats de la CGT, qui reproche à la chaîne de pas s’être exprimée publiquement. De son côté, Nonce Paolini, ancien patron de TF1 soutient la démarche des femmes qui ont témoigné. « J’espère qu’elles pourront obtenir la possibilité que leur affaire soit revue par la justice », a-t-il déclaré dans le cadre de l’émission.