Boris Johnson veut privatiser Channel 4 et met en colère les Britanniques

PRIVATISATION La chaîne publique – pas souvent pro-conservateurs – n’est pas financée par le contribuable

Caroline Madjar (Cover Media)
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Le premier ministre britannique Boris Johnson
Le premier ministre britannique Boris Johnson — Zuma / Starface

L’idée était dans l’air depuis un moment côté Tories et la lettre est tombée : le gouvernement de Boris Johnson veut privatiser Channel 4. La volonté, selon la ministre de la Culture Nadine Dorries, est, entre autres, de rendre la chaîne « compétitive face aux géants du streaming comme Netflix et Amazon ». Seulement, comme le rappelle Charlie Parsons, fondateur de la société de production Planet 24, « Netflix se nourrit de Channel 4 et de la BBC », et non l’inverse. En effet, sur la plateforme, on trouve de nombreux programmes diffusés à l’origine sur le réseau britannique, comme The IT Crowd, Father Ted ou encore Black Mirror.

La particularité de Channel 4 est qu’elle n’est pas financée par le contribuable (contrairement à la BBC), tout en étant une chaîne du service public. C’est la publicité qui lui permet d’investir dans des programmes, souvent novateurs et créatifs, produits par des sociétés indépendantes. « (La chaîne) existe pour fournir un service public aux Britanniques avec des programmes vraiment importants, comme Channel 4 News ou Unreported World, que Netflix ou Amazon ne feraient jamais », résume Dorothy Byrne, ancienne responsable de l’information de la chaîne, à la BBC. Dès lors, pourquoi se passer d’un fleuron qui ne coûte pas d’argent et risquer la pérennité d’entreprises de production parfois confidentielles ?

Décision politique

Eh bien, dans ces programmes novateurs, une grande liberté de ton est laissée. Que ce soit Black Mirror qui reprend une rumeur sur un ancien premier ministre pour en faire un épisode (The National Anthem) ou bien les journalistes du JT, comme Jon Snow qui n’a jamais hésité à dire ce qu’il pensait de Boris Johnson, ça ne plaît pas à tout le monde. Par ailleurs, la chaîne s’est, dès le début, montrée hostile au Brexit, détaillant, dans divers reportages, ce à quoi pourrait mener un retrait de l’Union européenne : augmentation des prix sur les produits de première nécessité, pénuries de main d’œuvre, problèmes avec l’Irlande du nord (autant de situations qui s’avèrent vraies aujourd’hui).

Une décision politique, donc, dénoncée, entre autres, par le réalisateur Asif Kapadia (Amy, Maradona), qui a pu être subventionné, au début de sa carrière par la chaîne. « Boris Johnson et son gouvernement conservateur vendent C4 parce qu’ils détestent ce que C4 fait. Les Tories attaquent la démocratie, la culture, l’art et quiconque ose leur demander de rendre des comptes comme Channel 4 News (le JT). Ils sont de sortie pour détruire le pays. Nous devons contre-attaquer », a-t-il écrit sur Twitter.

La mise en vente de la chaîne doit encore être validée par le parlement et le sujet divise, même au sein du propre parti de Boris Johnson – déjà passablement affaibli entre ses problèmes de soirées pendant les confinements ou bien les liens de son parti avec des donateurs russes, sans oublier le Brexit qui ne marche pas. L’ancien ministre de la Culture, Jeremy Hunt (Tory), a ainsi déclaré à Sky News que « Channel 4 offre une concurrence à la BBC sur les programmes de service public qui ne sont pas commercialement viables – et ce serait dommage de perdre ça ». Une pétition sur Change.org a également été lancée et a recueilli près de 315.000 signatures.