Un journaliste du « Canard Enchaîné » aurait été un espion du bloc de l'Est dans les années 1960

GUERRE FROIDE Jean Clémentin, une des grandes plumes du « Canard », aurait été un espion au service de la Tchécoslovaquie, pays vassal de l’Union soviétique

20 Minutes avec agences
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«Le Canard enchaîné». (Illustration)
«Le Canard enchaîné». (Illustration) — LIONEL URMAN/SIPA

Jean Clémentin, l’un des piliers de l’hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné a travaillé dans les années 1960 pour les services secrets de la Tchécoslovaquie. C’est qu’affirme ce mardi L’Obs. Citant un dossier du StB, les services secrets tchécoslovaques, exhumé par l’historien tchèque Jan Koura, l’hebdomadaire relate que cette grande plume du Canard a espionné pour le compte de ce satellite de  l’Union soviétique.

« De 1957 à 1969, Jean Clémentin a aussi été un espion stipendié des Tchécoslovaques, donc du camp soviétique », explique L’Obs dans son enquête. « Nous ne sommes évidemment pas au courant, nous sommes sidérés », a affirmé à Nicolas Brimo, directeur actuel du Canard Enchaîné, ajoutant que « s’il y avait quelque chose de plus à ajouter, nous le ferons dans notre journal ».

Des articles conçus par les services secrets

Entre 1957 et 1969, « Pipa », le nom de code de Jean Clémentin, a « remis pas moins de 300 notes, au cours de 270 rencontres en France et à l’étranger. Il a également participé activement – et consciemment – à trois opérations de désinformation, en publiant dans Le Canard enchaîné des articles conçus par la StB », affirme l’enquête. « Il a même été envoyé à Londres et à Bonn par le service secret dans le but de récolter des renseignements. »

Jean Clémentin, toujours selon la même enquête, aurait assumé ses premières sympathies pour le bloc de l’Est lors de sa couverture de la guerre d’Indochine (1946-1954), où il fut écœuré par les méthodes de l’armée coloniale française. C’est sur ce thème que commence sa collaboration avec un membre de l’ambassade tchécoslovaque à Paris, qui deviendra son officier traitant.

Des doutes du contre-espionnage

Le journaliste avoue son attirance pour les « démocraties populaires » de l’Est, « mais (…) il y a aussi l’appât du gain », assure l’enquête. « Il aime l’argent », écrira son officier traitant, relevant que l’homme déjà marié à deux reprises, qui revendique avoir « cinq maîtresses », n’a pas les revenus suffisants pour subvenir à son train de vie. « Au total, dans les cinq premières années de sa collaboration active, ses officiers traitants (…) lui confieront de la main à la main 23.600 francs, soit environ 40.000 euros d’aujourd’hui », explique L’Obs, qui évoque aussi « une maison à Meudon, dans la banlieue bourgeoise de la capitale ».

L’enquête indique également qu’à Paris, la Direction de la surveillance du territoire (DST, en charge du contre-espionnage, assuré aujourd’hui par la DGSI, Direction générale de la Sécurité intérieure) avait bien des doutes sur le rôle du cadre du Canard, sans jamais déclencher de poursuites. Jean Clémentin a pris sa retraite en 1989, année de la  chute du mur de Berlin. Soit vingt ans après sa dernière rencontre avec un officier de la Tchécoslovaquie, scindée depuis 1993 en deux Etats, la République tchèque et la Slovaquie.

Le journaliste, actuellement âgé de 98 ans, est protégé de toute poursuite par la prescription.