« Zone Interdite » : Ophélie Meunier et un Roubaisien placés sous protection policière après la diffusion d’un reportage

MENACES La polémique autour d’un reportage de « Zone Interdite » sur l’islamisme à Roubaix prend un nouveau tournant

20 Minutes avec AFP
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La présentatrice Ophélie Meunier.
La présentatrice Ophélie Meunier. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Menacés. La présentatrice de M6 Ophélie Meunier et un jeune Roubaisien ont été placés sous protection policière, à quelques jours du procès du maire de  Roubaix sur des faits dénoncés dans un reportage diffusé dans l’émission Zone Interdite. Dimanche, ce reportage sur un sujet inflammable en pleine campagne présidentielle avait provoqué de vives réactions sur les réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu, faisant réagir jusqu’au ministre de l’Intérieur,  Gérald Darmanin, à l’Assemblée nationale.

Dans le même temps, Ophélie Meunier et un jeune originaire de la ville, Amine Elbahi, témoin dans l’émission, recevaient des menaces, contraignant les autorités à les placer sous la protection du SDLP, selon une source policière. « J’ai donné instruction qu’à chaque fois qu’un journaliste fait l’objet de menaces caractérisées, il bénéficie d’une protection policière », a réagi Gérald Darmanin ce samedi sur Twitter.



Sollicitée par l’AFP, M6 a fait savoir qu’elle ne ferait « aucun commentaire pour l’instant ».

Déferlement de haine

« Ce que j’ai dit dérange. Je dois avoir visé juste au regard des menaces », a déclaré Amine Elbahi. Le jeune homme raconte dans le reportage avoir alerté la préfecture du Nord fin 2020 sur une association de la ville, Ambitions et initiatives pour la réussite (AAIR). Il la suspectait de dispenser des « cours coraniques » sous couvert de soutien scolaire, en bénéficiant de subventions publiques, notamment municipales. En arrière-plan, des soupçons de clientélisme à l’encontre du maire DVD, Guillaume Delbar.

Le jeune homme a déposé plainte vendredi après avoir reçu de nombreuses menaces sur les réseaux sociaux, par SMS ou sur WhatsApp, ainsi que des enregistrements vocaux « constatés par huissier », selon son avocat Jean Tamalet. Amine Elbahi est notamment qualifié de « kouffar » (mécréant, en arabe) et « on lui dit qu’il va être décapité », précise l’avocat. Se disant victime d’un « déferlement de haine et de menaces », le maire Guillaume Delbar a annoncé son intention de porter plainte lui aussi.

L’alerte d’Amine Elbahi avait abouti à une enquête de la préfecture, qui explique avoir constaté que « des cours d’arabe à caractère cultuel » étaient effectivement dispensés, puis fait un signalement au parquet.

Face à la justice

Guillaume Delbar, ainsi que trois membres de l’association sont convoqués mardi devant le tribunal correctionnel de Lille, le premier pour détournement de fonds « par négligence », les autres pour « abus de confiance ». Une date fixée bien avant la diffusion du reportage. Ce procès pourrait cependant être renvoyé : deux avocats ont réclamé du temps pour étudier le dossier. Et Guillaume Delbar, ainsi que son conseil, étaient positifs au Covid-19 en fin de semaine.

« Je peux avoir été trompé, j’ai pu me tromper » en soutenant « une association qui venait de faire scission avec une mosquée devenue salafiste », a avancé cette semaine l’édile. Guillaume Delbar vient d’être condamné à six mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité pour sa participation à un système frauduleux de défiscalisation via des micro-partis. Il a fait appel.

Subventions publiques

Contactée par l’AFP, la préfecture du Nord a refusé de préciser les montants versés par l’Etat à l’association depuis 2016, dont elle demande le remboursement. La municipalité a indiqué que l’AAIR devait bénéficier en 2020 de 64.640 euros de subventions, mais que l’argent n’avait jamais été versé. « Quand je lis dans la presse que c’est « une association prosélyte », ça me tord le ventre », a déclaré l’avocate Muriel Cuadrado, qui défend la secrétaire de l’association.

L’AAIR « a emmené des gamins jusqu’au brevet, jusqu’au bac », le tout avec « des tarifs pour une population modeste » dans « la ville la plus pauvre de France », a-t-elle plaidé. Les avocats des autres prévenus n’ont pas souhaité s’exprimer.

Amine Elbahi s’était auparavant fait connaître pour son combat afin de rapatrier ses deux neveux de 4 et 6 ans, détenus dans un camp syrien. Sa sœur, mère des deux enfants, était partie rejoindre l’organisation Etat islamique et est selon lui détenue dans une prison kurde.