Coronavirus : Pour traduire le verbe « emmerder » prononcé par Macron, la presse étrangère est bien embêtée

EXCUSE MY FRENCH ! « 20 Minutes » a fait une petite revue de presse pour voir comment nos confrères journalistes non-francophones ont traduit dans leurs langues respectives l’expression fleurie employée par le chef de l’Etat

L. Be., avec F. R.
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Des titres de sites Internet de médias (de haut en bas, de gauche à droite: The New York Times, Il Corriere della Sera, The Guardian, El Pais ; au centre: Die Welt), évoquant la volonté d'Emmanuel Macron d'«emmerder» les non-vaccinés.
Des titres de sites Internet de médias (de haut en bas, de gauche à droite: The New York Times, Il Corriere della Sera, The Guardian, El Pais ; au centre: Die Welt), évoquant la volonté d'Emmanuel Macron d'«emmerder» les non-vaccinés. — Capture d'écran
  • Dans une interview publiée sur le site du Parisien mardi, Emmanuel Macron a déclaré : « Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. »
  • Les médias étrangers qui ont relayé les propos du président français ont chacun cherché la traduction la plus pertinente pour rapporter le terme « emmerder ».
  • « 20 Minutes » a remarqué que, d’un titre à l’autre, les traductions varient : certains ont opté pour la trivialité (Le Corriere della Sera parle de « casser les c*uilles »), tandis que d’autres ont préféré arrondir les angles à l’instar de la chaîne américaine CNBC qui emploie le verbe « annoy » («ennuyer, agacer »).

La langue française, en toute subtilité. « Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder », c’est l’une des phrases chocs prononcées par Emmanuel Macron dans  une interview du Parisien, parue mardi soir. Le chef de l’Etat a ainsi renoué avec ses accents provocateurs, en pleine vague d’épidémie de  Covid-19 et à trois mois de la  présidentielle pour laquelle il a dit avoir aussi « envie » de se représenter.

En plein débat houleux à l’Assemblée sur le futur pass vaccinal, c’est par ces mots crus qu’il a assumé de vouloir instaurer « quasiment une obligation vaccinale ». Un choix de vocabulaire qui, en plus de faire se déchaîner ses adversaires, a poussé les journalistes des médias non-francophones à se triturer les méninges pour trouver la bonne traduction, dans leur langue, de ce terme si courant dans la langue de Molière et inconnue dans la leur.

« We need the merde »

Du côté des anglophones, certains ont opté pour un timide « annoy », à l’instar du site de la chaîne américaine CNBC, qui écrit que « Macron suscite l’indignation en promettant d’agacer [« annoy » peut aussi se traduire par « ennuyer »] les non-vaccinés ». L’agence  Associated Press fait dans le suggestif en indiquant qu'« avec un langage salé, Macron réprimande les non-vaccinés de la France. » Le très sérieux New York Times, lui, mise sur une périphrase polie : « Macron sous le feu des critiques après avoir déclaré que la France devrait rendre la vie misérable aux non-vaccinés. » Dans l’article, « emmerdé » est traduit par « piss off » («  faire chier »).

Une traduction récusée par Lauren Collins, journaliste du New Yorker : « "Piss off" ne le fait pas pour moi »,  tweete-t-elle, ajoutant dans  un second message : « We need the merde » [est-ce utile de traduire ?]. Même si vous ne parlez pas anglais, il ne vous aura effectivement pas échappé que le verbe « piss off » renvoie au fait d’uriner et non à celui de « couvrir d’excréments » impliqué par l’étymologie du terme employé par le chef de l’Etat.

Outre-Manche, si le Guardian s’est rangé dans la « team "piss off" », la BBC reste polie (« Macron prévient qu’il va embêter ["hassle"] la France des non-vaccinés »).

Selon les Italiens, Macron veut « casser les c*uilles » des non-vaccinés

De l’autre côté du Rhin, Die Welt y va d’un gentillet « Macron veut énerver les non-vaccinés » sans jamais évoquer, dans  l’article publié en ligne, la trivialité du terme employé par le président français. Le tabloïd Das Bild a traduit « emmerder » par le verbe « schikanieren » qui présente une proximité étymologique avec notre « chicaner ». Dans la langue de Goethe, cela signifie « embêter », « intimider », « harceler »… A noter que ce journal au lectorat populaire n’a pas titré sur l’expression vulgaire d’Emmanuel Macron, mais sur la suite de sa déclaration : « Je ne vais pas les [les non-vaccinés] mettre en prison, [mais]… ».

En Italie, le quotidien en ligne Today titre sur la volonté d’Emmanuel Macron d' « énerver » («far arabbiare ») les non-vaccinés, et écrit ensuite plus frontalement : « J’ai très envie de leur casser les c*uilles » (« Ho molta voglia di rompergli le p*** »). L’article souligne que le chef d’Etat a « employé un terme fleuri et intraduisible » en italien et se permet d’ajouter : « "Emmerder", l’étymologie ne ment pas. » Le Corriere della Sera a aussi eu recours à l’expression  « casser les c*uilles » en titre mais, dans l’article, le quotidien transalpin préfère l’expression plus soft « rompere le scatole » (en quelque sorte l’équivalent de notre « casser les bonbons », « embêter »).

« Rendre la vie impossible »

Finissons cette revue de presse en Espagne où El Pais fait dans la traduction consensuelle en écrivant que le président français entend « rendre la vie impossible à ceux qui ne sont pas vaccinés afin de les faire changer d’opinion ».

Le quotidien emploie tout de même le terme « joder », qui signifie « niquer » ou « merde » et peut aussi s’entendre comme « faire chier ». Amis et amies de la poésie, vous pouvez désormais aller lire du Ronsard.