Danièle Obono en esclave dans « Valeurs Actuelles » : La « banalisation du racisme » au cœur du procès

JUSTICE Un récit de sept pages a été publié en août 2020 dans lequel l’hebdomadaire ultra-conservateur dépeint la députée Danièle Obono en esclave

20 Minutes avec AFP

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Le magazine Valeurs actuelles en 2013 (illustration)
Le magazine Valeurs actuelles en 2013 (illustration) — A. Gelebart / 20 MINUTES/SIPA

« Satire » relevant de la « liberté d’expression » ou succession de « poncifs les plus éculés de la pensée raciste ». Le tribunal de Paris s’est penché mercredi sur un récit dans lequel le magazine Valeurs actuellesa dépeint en esclave la députée LFI Danièle Obono.

Au cœur de cette audience de plus de dix heures, qui s’est achevée bien au-delà de minuit, c’est un débat sur de la « banalisation du racisme » qui s’est tenu, autour de ce récit de sept pages publié fin août 2020 par l’hebdomadaire ultra-conservateur, jugé pour « injure publique à caractère raciste ».

L’article intitulé « Obono l’Africaine »

Intitulé « Obono l’Africaine », cet article, dépeint comme un exercice de « politique-fiction », racontait selon le journal comment la députée de Paris, née au Gabon, expérimentait « la responsabilité des Africains dans les horreurs de l’esclavage » au XVIIIe siècle. Danièle Obono était ainsi transportée dans un village d’Afrique au XVIIIe siècle, puis vendue comme esclave à un notable arabe, avant d’être rachetée par un religieux français et ramenée en France.

L’article, accompagné de dessins de la députée LFI de Paris collier en fer au cou, avait été condamné unanimement par la classe politique. Emmanuel Macron avait appelé Danièle Obono pour lui faire part de sa « condamnation claire de toute forme de racisme ».

« Nous étions en pleine montée de l’idéologie racialiste », s’est justifié à la barre Laurent Jullien, rédacteur de cet article, renvoyé devant le tribunal, aux côtés du directeur de la rédaction Geoffroy Lejeune et du directeur de publication du magazine Erik Monjalous. Pour les trois hommes, Danièle Obono serait proche de ces thèses.

« Ces excuses sont une insulte supplémentaire »

Il s’agissait de pointer « une forme de déni de ce courant racialiste vis-à-vis de l’esclavage opéré par des Africains vis-à-vis d’autres Africains », a fait valoir le prévenu, réfutant à plusieurs reprises tout « caractère raciste » dans la publication et invoquant la « satire » politique. Cité comme témoin par le magazine, Philippe Val, ancien directeur de la publication de Charlie Hebdo, a estimé que c’était « au débat démocratique de régler ces affaires-là » et non aux tribunaux.

« Je regrette la tournure qu’a pris cette polémique », s’est défendu Geoffroy Lejeune. L’hebdomadaire avait fait amende honorable après l’indignation soulevée par son article.

« Je pense que ces excuses sont une insulte supplémentaire », a rétorqué Danièle Obono. « Après m’avoir mis moins que rien, moins qu’un animal, on me promet la sainteté », a-t-elle ironisé.