En 2020, les femmes n’ont eu que 35% du temps de parole dans les médias audiovisuels, selon le CSA et l'INA

AU RAPPORT Le temps de parole des femmes dans les médias est en baisse par rapport à 2019, s’établissant à 35 % contre 37 % l’année d’avant

Aude Lorriaux
— 
Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a rendu un rapport sur la représentation des femmes dans les médias.
Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a rendu un rapport sur la représentation des femmes dans les médias. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • En 2020, la présence des femmes sur les radios et télévisions est restée stable pour la deuxième année consécutive, selon le rapport du CSA rendu public ce jeudi 4 mars.
  • Mais leur temps de parole est en baisse, et se révèle très inférieur au temps de présence à 35 %. Il est également en baisse de deux points par rapport à l’année précédente.

C’est une bonne nouvelle, assombrie par un chiffre négatif : en 2020, la présence des femmes sur les radios et télévisions est restée stable pour la deuxième année consécutive, à 41 %, selon le rapport du Conseil supérieur de l’audiovisuel ( CSA) rendu public ce jeudi 4 mars. Mais lorsque l’Institut national de l’audiovisuel (INA) a mesuré leur temps de parole, via son outil inaSpeechSegmenter, il s’est révélé très inférieur au temps de présence, et en baisse par rapport à 2019, s’établissant à 35 % contre 37 % l’année d’avant. Huit chaînes présentent même un temps de parole de femmes inférieur à 30 %, dont Canal+ (25 %) et Cnews (27 %), avec L’Équipe en queue de peloton (13 %).

L’analyse du temps de parole des femmes par genres de programmes donne des résultats comparables. Pour le genre « documentaire » par exemple, les chaînes affichent 55 % de femmes en présentiel, alors que l’INA mesure 38 % en temps de parole. Et la case 18h-20h, qui s’affiche en large hausse lorsque l’on considère le présentiel (40 % contre 33 % en 2019) est largement en baisse lorsque l’on regarde le temps de parole (35 % contre 37 % en 2019).

« Manterrupting » et erreurs de déclarations ?

Cet écart s’explique par plusieurs raisons. D’abord, parce que si les femmes peuvent être invitées à parité dans un programme, cela ne certifie pas qu’elles auront autant la parole. C’est notamment dû à ce qu’on appelle le « manterrupting », contraction de « man » («homme ») et « interrupting » («interrompre »), soit le fait qu’en moyenne, les hommes interrompent les femmes plus que l’inverse, notamment parce qu’ils ont été plus encouragés à la prise de parole dans leur enfance. Par exemple, alors que la représentation des femmes à l’Assemblée nationale s’est grandement améliorée après les élections législatives de 2017, pour atteindre près de 39 %, les femmes n’ont occupé que 3,58 % du temps de parole les deux premières semaines du quinquennat, selon un décompte du média Brut.

Mais pour David Doukhan, ingénieur de recherche à l’INA, il existe d’autres raisons. Les données récoltées par le CSA sont déclarées par les chaînes, sur lesquelles l’institution de contrôle n’a pas la main, et qui sont susceptibles d’être « gonflées ». Les données de l’INA sont automatisées, et elles prennent en compte à la fois ce qui se passe en plateau et hors plateau. Pour un documentaire lancé par un présentateur et suivi d’un plateau d’invités et d’invitées, les données transmises par les chaînes seront donc moins exhaustives. S’ajoutent à cela de possibles erreurs de déclaration côté chaines, et bugs de logiciel du côté de l’outil « inaSpeechSegmenter », sur lesquelles les deux institutions vont se pencher plus concrètement dans les mois à venir.

Des engagements non tenus

Au rayon des mauvaises nouvelles de cette année, le CSA observe que certaines chaînes n’ont pas tenu leurs engagements. Radio France par exemple s’était engagé en 2017 à ce que la présence des femmes sur ses antennes progresse de 5 % par an et affiche pour l’an passé 42 % de femmes contre 43 % en 2019. Les femmes sont par ailleurs encore très largement sous-représentées dans les programmes relevant du genre « Sport » (18 %) et le taux d’invitées politiques, télévision et radio confondues, présente une légère baisse.

Mais cette baisse est relativisée par le fait que le taux d’intervention de femmes politiques dans les médias audiovisuels est monté à 45 % pendant la campagne pour les élections municipales. Du côté des satisfecits, le taux d’expertes, télévision et radio confondues, continue de progresser, et s’établit à 41 % cette année, soit 3 points de plus qu’en 2019.

Ces chiffres de l’INA et du CSA sortent au même moment que les résultats préliminaires du Global media monitoring project (GMMP), qui étudie depuis 1995, tous les cinq ans, dans 114 pays, sur une journée, la présence des femmes comme sujet et sources des informations à la radio, télévision, dans les journaux et sur Internet. En 2020, le taux de femmes a progressé dans toutes ces catégories, sauf celle des journaux, mais reste en dessous de 30 %. Les résultats finaux, notamment pour la France, seront connus dans quelques mois.