PPDA accusé de viol : D’autres femmes témoignent de violences sexuelles et de comportements déplacés

ENQUETE Après la plainte pour viols de l'écrivaine Florence Porcel, d'autres femmes témoignent auprès de « 20 Minutes » avoir subi de la drague lourde, voire des violences sexuelles, de la part de Patrick Poivre d'Arvor

Aude Lorriaux (avec Thibaut Chevillard)

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PPDA le 8 octobre 2020.
PPDA le 8 octobre 2020. — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Plusieurs femmes ont décrit à 20 Minutes et sur les réseaux sociaux avoir subi des invitations insistantes, voire des faits relevant de harcèlement sexuel, de la part de Patrick Poivre d’Arvor.
  • L’ancienne star du 20 heures est accusé de viols par l’écrivaine Florence Porcel. Une enquête judiciaire a été ouverte.
  • Sur les réseaux sociaux, des témoignages viennent s’ajouter à ceux recueillis par Le Parisien et 20 Minutes.

« Des dizaines d’appels insistants, et des questions très, très intimes » : c’est en ces termes que Nathalie*, journaliste indépendante, décrit, sur Twitter, sa brève rencontre avec Patrick Poivre-d'Arvor. Un entretien pour la revue Charles, sa « première pige » au sortir de l’école de journalisme en 2015, suivi d’une invitation à dîner, et de multiples coups de fils. La journaliste ne répond pas, elle « laisse courir », mais apprend plus tard que l’homme a appelé la rédaction du magazine pour leur dire qu’elle « n’était pas professionnelle », qu’il « fallait la virer ». « Il était tellement puissant, et j’étais tellement une petite fourmi… », dit-elle par téléphone à 20 Minutes, se disant persuadée que l’homme a construit un « système » de prédation. « Elle nous en avait parlé », se souvient Alexandre Chabert, éditeur à l’époque pour la revue Charles, contacté par 20 Minutes.

Des alertes comme celle-ci, 20 Minutes en a recueilli d’autres par le passé, de femmes témoignant de comportements insistants, et préférant pour certaines s’exprimer sous couvert de l’anonymat après la plainte de la youtubeuse et écrivaine Florence Porcel, qui accuse le journaliste Patrick Poivre d’Arvor de viols et a sorti un livre en parallèle où elle narre cette histoire sous couvert de fiction.

Il pénètre dans sa chambre sans autorisation

Nora Arbelbide, journaliste à Berria, à Bayonne, raconte s’être sentie « juste un bout de viande pour lui » après l’avoir contacté lors d’un colloque sur les médias, en décembre 2003. Elle explique qu’à la suite de ce colloque, où elle avait essayé de lui parler pour l’alerter sur la situation de son journal, PPDA s’est procuré le numéro de sa chambre d’hôtel, avant d’y pénétrer sans son autorisation. « Je ne lui avais pas du tout donné de signe, ni mon numéro. J’ai senti qu’il y avait un problème. Il ne m’a pas touchée mais ce pouvoir-là, qui fait qu’un homme peut entrer dans ma chambre sans me demander, j’avais trouvé cela hyper bizarre et malsain ».

Une autre femme, Marjolaine, avait déclaré en 2009 sur la radio Hit et sport : « PPDA ? Il est spécial… Ben il est un peu chaud quoi. Il a un peu la réputation de draguer tout ce qui bouge. Oui, PPDA m’a draguée. Il m’a fait le plan de "Ca te dirait de venir manger un bout chez moi ? !" J’ai dit non. Il a appelé deux trois fois mais, comme je ne répondais pas, il a laissé tomber. C’était il y a quatre-cinq mois. »

Des faits relevant de harcèlement sexuel ?

Ces témoignages de drague lourde constituent déjà des alertes, mais d’autres sont plus graves. Une journaliste a témoigné auprès de 20 Minutes avoir eu une proposition de stage en échange d’un acte sexuel. Une autre personne décrit une scène de même acabit sur Twitter : « En 2002, j’ai eu un entretien surréaliste avec #PPDA. Jeune journaliste, il m’a fait venir assister au JT en plateau. Toujours impressionnant la 1re fois. Puis entretien dans son bureau. Cordial au début, un peu parlé du poste pour lequel j’étais là, puis venant de nulle part il me demande si je suis avec quelqu’un. Ma réponse a été sèche. Il m’a dit que le poste n’était plus à pourvoir. Voilà comment PPDA fait passer des entretiens d’embauche », écrit-elle.

Toujours sur Twitter, les témoignages continuent d’affluer, évoquant des mises en garde et des comportements déplacés. « J’ai 23 ans, je suis chargée de le maquiller pour un plateau TV à Cannes, il effleure mon corps à plusieurs reprises évoquant la maladresse et la tentation trop forte », raconte l’une.

Une enquête ouverte à TF1 dès 2008 ?

Des témoignages qui s’ajoutent à ceux collectés par nos confrères du Parisien, qui rapportent des faits d’agressions sexuelles et de tentative de viol par témoignage indirect. Et qui décrivent un petit monde de la télévision, où cette affaire « ne surprend personne ». Selon un haut dirigeant de TF1 de l’époque, cité par le journal, « aucune affaire de harcèlement contre PPDA n’a jamais été signalée aux ressources humaines ».

Selon nos informations, la direction des ressources humaines était bien au courant d’agissements problématiques de la part de son présentateur vedette. Anne*, journaliste arrivée à TF1 en 2008, raconte avoir entendu des mises en garde à son sujet dès son arrivée dans la chaîne : « Quelqu’un de la DRH m’a reçu pour me remettre mon badge et m’a dit "On a un problème avec PPDA, je vous recommande de ne pas prendre l’ascenseur [avec lui], on a des soucis avec les femmes". Je peux affirmer que c’était de notoriété publique, que la direction de TF1 était au courant. Elle m’a aussi dit qu’une "enquête" était en cours à l’époque. » Plusieurs journalistes contactés par 20 Minutes rapportent avoir eu vent de cette enquête en cours.

Du côté de Patrick Poivre-d’Arvor, une plainte pour dénonciation calomnieuse sera déposée ce vendredi après-midi auprès du parquet de Nanterre, apprend 20 Minutes auprès de l’avocat du journaliste, Me François Binet. PPDA « attend d’être entendu avec tous les éléments de défense dont il dispose », explique-t-il, ajoutant que son client est « révolté par la manière dont on cherche à l’instrumentaliser pour assurer la promotion d’un roman ».


* Le prénom a été modifié