« L’Equipe » : Après cinq jours sans journal, pourquoi la grève dure-t-elle ?

PLAN SOCIAL Ce mercredi marque le cinquième jour de grève consécutif pour les journalistes de « L’Equipe »

20 Minutes avec AFP

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La Une de « L'Équipe » après la victoire des Bleus en 2018
La Une de « L'Équipe » après la victoire des Bleus en 2018 — Copyright 2018 The Associated Press. All rights reserved.

Que ce soit en kiosques ou dans votre boîte aux lettres, vous ne trouverez toujours pas L'Equipe ce mercredi pour le cinquième jour consécutif. La raison : les salariés s’opposent à la suppression d’une cinquantaine de postes et reconduisent  leur grève, la plus longue de l’histoire récente du quotidien. A l’issue d’une réunion avec la direction, suivie d’une assemblée générale, l’intersyndicale SNJ – SNJ-CGT – UFICT-CGT – SGLCE-CGT a décidé de prolonger le mouvement lancé vendredi et ce tant que le plan social ne sera pas suspendu.

« La grande majorité des journalistes de L’Equipe a choisi de faire grève » pour « défendre nos emplois, nos conditions de travail et l’idée que nous avons de L’Equipe et de nos titres », avaient résumé lundi plusieurs plumes du journal sur Twitter où affluent les témoignages de soutien. « Ceux et celles qui ont un "besoin essentiel" de L’Equipe chaque matin sont forcément solidaires », a notamment tweeté le journaliste Pierre Lescure. Un rassemblement de salariés est envisagé ce mercredi à 14 heures, en parallèle d’une nouvelle réunion avec la direction.

Éviter six millions de pertes en 2021

A l’origine du mouvement, le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qu’elle a dévoilé cet automne pour réaliser 5 millions d’euros d’économies et éviter six millions de pertes en 2021. Arrêt total des compétitions sportives au printemps, nombreuses annulations ou reports depuis… Déjà fragilisé par la baisse de ses ventes papier, le quotidien a souffert de la crise sanitaire. En novembre, sa diffusion a reculé de 12,61 % par rapport à la même période un an plus tôt, à 192.499 exemplaires (papiers et numériques) par jour, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM).

C’est dans ce contexte que la direction avait proposé en juin un projet d’accord de performance collective (APC), prévoyant une baisse des rémunérations et du nombre de jours de RTT, en échange de la préservation des emplois jusqu’en 2024. Plan rejeté par les syndicats. Le PSE présenté en réponse vise la SAS L’Equipe, qui emploie 350 personnes et édite le quotidien et son magazine, ainsi que Vélo Magazine et l’hebdomadaire France Football, en passe de devenir un mensuel.

Au total, 47 postes de journalistes et huit administratifs doivent être supprimés. Parallèlement, 12 créations de postes sont prévues, ramenant le total de postes supprimés à 35 chez les journalistes. Objectif, selon la direction, renforcer l’offre Internet pour atteindre le nombre de 450.000 abonnés numériques payants en 2025, contre près de 300.000 aujourd’hui.

« Mauvais signal »

Mais comment y parvenir si cela passe par « dégrader la qualité » du journal, s’interroge Francis Magois (SNJ). « On va abandonner des pans entiers de l’éditorial », poursuit-il, citant une moindre couverture des clubs de foot de Ligue 1 ou du rugby, la quasi-fin du traitement de la deuxième division de foot, « sans parler des petits sports ». « On est en train de sacrifier ce qui fait notre force, c’est un sabordage », ajoute-t-il.

« Le signal envoyé est très mauvais » à l’approche des Jeux de Paris 2024 ou de la coupe du monde de Rugby, également prévue en France en 2023, explique un journaliste de L’Equipe qui a requis l’anonymat. Lors d’une réunion mardi, le directeur général de L’Equipe Jean-Louis Pelé a proposé des conditions de départ améliorées mais pas d'« évolution significative », selon Francis Magois.

Incompréhension et prudence

Dans un communiqué, la direction a précisé proposer aussi une « solution alternative » au PSE, un APC modifié comprenant notamment l’abandon de 10 jours de RTT et une diminution temporaire des salaires de 5 %. « J’ai bien entendu le mécontentement », a indiqué Jean-Louis Pelé dans un courrier envoyé mardi soir aux salariés. Mais « se restructurer aujourd’hui est indispensable pour construire L’Equipe de demain », insiste-t-il.

Face à la perspective d’une grève longue, les syndicats, qui déplorent aussi la suppression d’au moins cinq postes avec la fin du supplément Sport et Style, indépendante du PSE, ont lancé une cagnotte en interne. Ils ont aussi reçu le « soutien » des représentants du personnel du CSE de L’Equipe 24/24, l’éditeur de la chaîne de télé, qui partagent leur « incompréhension » face à la « confortable trésorerie » du groupe Amaury, propriétaire de L’Equipe. De son côté, la direction répond que le groupe « doit rester prudent », compte tenu « des importantes incertitudes qui demeurent » sur le sport.