Sud Radio : Pourquoi Rokhaya Diallo porte-t-elle plainte contre l’auditrice et pas contre la station ?

RACISME Une auditrice de Sud Radio a tenu des propos empreints de racisme et de stéréotypes, dirigés contre la journaliste Rokhaya Diallo

Aude Lorriaux
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La journaliste Rokhaya Diallo en avril 2020.
La journaliste Rokhaya Diallo en avril 2020. — BALTEL/SIPA
  • La journaliste Rokhaya Diallo, visée par des propos à connotation racistes d’une auditrice, attaque l’auditrice en question. Mais pourquoi pas la radio elle-même ?
  • D’un point de vue juridique, la journaliste aurait tout à fait pu attaquer la station, explique une avocate spécialiste de droit des médias, Zoé Vilain.
  • « Je ne tire pas de plaisir à engager des procès aussi j’accepte les excuses et espère que de tels propos feront à l’avenir l’objet d’une condamnation ferme et immédiate », réagit la journaliste auprès de 20 Minutes.

« Parce que Mme Diallo, elle n’aurait pas bénéficié de tout ce que donne la France, je crois qu’il y a de fortes chances qu’elle serait en Afrique, avec 30 kilos de plus, 15 gosses en train de piler le mil par terre et d’attendre que son mari lui donne son tour entre les quatre autres épouses ». En une phrase, une auditrice de Sud Radio a mis bout à bout dans l’émission Les Vraies Voix les pires clichés sur l’Afrique, réduisant un continent à la pauvreté et à la polygamie. La journaliste Rokhaya Diallo, visée par ses propos, a répliqué deux mois plus tard en attaquant en justice l’auditrice en question. Mais pourquoi, au fait, n’avoir pas attaqué la radio elle-même ?

D’un point de vue juridique, la journaliste aurait tout à fait pu attaquer la station. « Les médias sont considérés comme des éditeurs et sont responsables de leurs publications », explique Zoé Vilain, avocate spécialiste de propriété intellectuelle et de droit des médias. A tout le moins, il aurait fallu modérer les propos, explique l’avocate. Ce qui n’a pas été franchement fait : « Attention (la députée LFI) Danièle Obono va vous tomber dessus », a au contraire ironisé le magistrat honoraire Philippe Bilger. « Il suffit de dire comme vous l’avez dit que Rokhaya Diallo a eu de la chance d’être en France et d’avoir une vraie liberté d’expression », a timidement tenté de son côté le présentateur Philippe Rossi.

Rares excuses

Si Rokhaya Diallo n’a pas voulu attaquer la radio, c’est plutôt parce que cette dernière a présenté des excuses: « Ces propos ne représentent en rien notre rédaction et notre radio (…) On ne cautionnera jamais les propos de haine, racistes, antisémites ou encore homophobes », avait déclaré le directeur général de Sud Radio, Patrick Roger.

Des excuses qui semblent rares à la journaliste régulièrement victime de propos racistes : « Le CSA a été saisi et la radio a présenté des excuses et s’est engagée à davantage de vigilance. Il est dommage qu’il ait fallu que deux mois s’écoulent et le surgissement d’une polémique pour que cette réaction se produise mais elle a eu lieu ce qui est rare. Je ne tire pas de plaisir à engager des procès aussi j’accepte les excuses et espère que de tels propos feront à l’avenir l’objet d’une condamnation ferme et immédiate », réagit la journaliste auprès de 20 Minutes.

Enfin, si vous vous demandez si la journaliste aurait pu attaquer Twitter, Facebook ou tout autre réseau social en cas de propos tenus sur ces plateformes, la réponse est différente, explique Maître Vilain : « A la différence des médias, les plateformes d’hébergement n’ont une responsabilité qu’a posteriori, à partir du moment où on leur a notifié le contenu ».